Publié le 15 novembre 2018

ÉNERGIE

Il serait périlleux pour la France d’anticiper la fermeture des centrales à charbon et des réacteurs nucléaires, selon RTE

La France pourra fermer ses centrales à charbon d'ici 2022, suivant l'engagement d'Emmanuel Macron, mais à condition de ne pas arrêter de nouveau réacteur nucléaire d'ici cinq ans, a prévenu le gestionnaire du réseau d'électricité (RTE) dans un rapport sur la sécurité d’approvisionnement du pays d’ici 2023.

Centrale à charbon de Saint-Avold en Lorraine.
@DR

Ce constat du gestionnaire français du réseau de transport électrique (RTE) n’est pas lancé au hasard. Il intervient quelques jours avant que le gouvernement ne publie sa programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) qui doit donner la feuille de la route de la France jusqu’à 2028. La fermeture d’actifs nucléaire et fossile sera au cœur de ce document.

Toutefois, François Brottes, le Président de RTE, filiale autonome d’EDF, prend des précautions face à ceux qui l’accuseraient de lobbying : "Ce sont des hypothèses réalistes, nous n’inventons rien". Comprendre : la PPE doit aussi se soumettre à la réalité physique du réseau énergétique. Il ajoute :  "Ce n'est pas notre rôle, à RTE, de faire la PPE", se contentant d’assumer un rôle "d'éclaireur" pour les décideurs.

Des marges en 2020… pas avant

Selon son rapport sur la sécurité d'approvisionnement 2018-2023, "après l'hiver 2020, des marges de sécurité devraient réapparaître" et permettre de favoriser la transition énergétique. Il s’agit en priorité de fermer progressivement les quatre centrales à charbon de l’Hexagone en plus de l'arrêt de la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin), déjà acté.

RTE émet quelques conditions toutefois, il faudra que la fermeture des deux réacteurs de Fessenheim (Haut-Rhin) et le lancement du réacteur EPR de Flamanville (Manche) se déroulent "hors période hivernale", donc à l'été 2020, afin de laisser le temps au nouveau réacteur nucléaire de monter en puissance pour l’hiver suivant.  Cela implique de "ne fermer aucun autre moyen de production", explique le gestionnaire.

RTE émet d’autres recommandations. D’une part, une accélération du développement des renouvelables, en particulier du photovoltaïque et de l’éolien offshore, pour être en ligne avec la PPE de 2016. D’autre part, la mise en place de trois nouvelles interconnexions avec l'Italie et la Grande-Bretagne. Enfin, la mise en service de la centrale au gaz de Landivisiau dans le Finistère.

Stocks hydrauliques présents

Pour ce qui est de l’hiver 2018-2019, RTE assure qu’il ne devrait pas y avoir de tensions, grâce à une bonne disponibilité des outils de production, en particulier des stocks hydrauliques. Ils compensent la fermeture de la centrale au fioul de Cordemais (Loire-Atlantique) de 700 MW. Le gestionnaire parle quand même d’une période de vigilance entre mi-janvier et mi-février 2019 alors que quatre à cinq des 58 réacteurs français seront indisponibles, contre seulement trois lors de l’hiver prochain.

En cas de froid important, entre 4 et 6°C en dessous des normales saisons, RTE pourrait faire appel à des outils "post-marché" qui sont, dans l’ordre, l’appel à des gestes citoyens (pour quelques centaines de MW), l’interruptibilité chez des industriels volontaires (1 500MW), la baisse de la tension de 5 %, et des délestages programmes dans des cas extrêmes.

Ludovic Dupin avec AFP


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