Publié le 09 janvier 2014

ÉNERGIE

Masdar City, une enclave verte sans vie

Masdar City, la ville zéro carbone d'Abou Dhabi suscite depuis les premières ébauches de réflexion un intérêt planétaire. Surgie des sables en 2008, Masdar City fut conçue dans l'idée de préparer l'après pétrole. Cinq ans après, qu'est devenu ce projet ? Tient-il ses promesses ? Ou ne faut-il y voir qu'un coup de peinture verte de la part d'un Etat dont l'empreinte carbone se classe parmi les plus élevées du monde ?

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Masdar city
© C.S

Il fait bon parcourir les allées et les cours de Masdar City. Les bâtiments, qui allient techniques architecturales traditionnelles et innovations technologiques, sont conçus de telle façon qu'ils abritent le visiteur du puissant soleil d'Abou Dhabi. Chaque détail architectural vaut son pesant vert: la couleur des briques, la hauteur des bâtiments, leurs emplacements...Masdar ne laisse pas de place au hasard, tout a été scrupuleusement planifié avec une boussole environnementale dans la main. Mais très rapidement, le visiteur s'étonne : il ne voit qu'un café, le Caribou Coffee, de la terrasse duquel il peut apercevoir le champ photovoltaïque qui alimente la ville en électricité verte. En fait de commerce, il ne trouve qu'un petit supermarché vendant des produits biologiques. Son regard ne rencontre que de rares piétons, quelques étudiants occupent les bancs ombragés des places publiques. Est-ce là la ville écologique du futur ? Un rêve d'architecte vide de tout habitant ?

Une ville encore vide d'habitants

Le doute s'installe, d'autant que le visiteur a vent des quelques grains de sable venus faire crisser les rouages de cette gigantesque entreprise. Ainsi, un étudiant rencontré rapporte que des ouvriers doivent enlever le sable qui recouvre les panneaux solaires parce qu'il en réduit l'efficacité énergétique. Tous les jours. Par ailleurs, le budget consacré à la ville décarbonée a été revu à la baisse en 2010, officiellement en raison de la crise économique et financière qui a éloigné les investisseurs potentiels. Selon une dépêche de l'AFP citant Alan Frost, le directeur de Masdar City, le budget oscille entre 18.7$ et 19.8 milliards de dollars, contre 22 milliards $ prévus initialement. Mais c'est surtout la dimension humaine qui fait ici entièrement défaut. Il manque à Masdar le maillon essentiel à toute véritable communauté urbaine : ses habitants. Sortie tout droit de la planche à dessin, la ville fait figure de belle endormie. Lancée en 2008, Masdar aurait dû initialement fonctionner dès 2016, mais après plusieurs reports, l'objectif officiel actuel a été fixé à 40 000 habitants et 1 500 entreprises d'ici 2025. La ville nouvelle ne compte actuellement guère plus qu'une centaine d'étudiants.

Qui va vivre dans cette ville ? Certainement pas les travailleurs migrants, relégués dans des quartiers situés à l'extérieur de la ville d'Abou Dhabi. Des ressortissants de la communauté internationale ? Alors que Masdar city était censée être un projet vitrine de la ville zéro carbone, attirant ingénieurs, entreprises vertes et curieux des méthodes de conception de l'urbanisme de demain, on déplore aujourd'hui un manque criant d'information. Aucune visite au public n'est prévue. S'il souhaite en savoir plus, le visiteur est invité à se rendre sur le « kiosque interactif » du site de la ville. Les derniers communiqués qui s'y trouvent datent du 30 juillet 2012. Quant aux demandes d'entretiens adressées par Novethic, elles sont restées sans suite.

L'après-pétrole se dessine à l'extérieur de Masdar City

« Les ingénieurs allemands ont été sollicités à se rendre à Masdar City mais à ma connaissance, ils n'ont pas été nombreux à faire le déplacement. Ils y déplorent le manque de dynamisme économique », observe Sven Harmeling, responsable des questions climat au sein de l'ONG Care international. Pourtant, un des objectifs de Masdar City est d'attirer précisément experts et entreprises. Mais des PME comme juwi, concepteur de projets éoliens et solaires, championne dans son domaine, préfère s'installer dans l'Emirat voisin de Dubaï plutôt qu'à Masdar. « L'éco-cité n'a pas joué de rôle majeur dans notre décision d'ouvrir une succursale dans la région. En revanche, le statut de Dubaï en tant que la métropole financière et économique dans la région du golfe a été l'élément déterminant pour nous », explique Felix Wächter, porte-parole de la société.

Alors quel est l'avenir de Masdar City ? « La région du golfe offre des conditions idéales pour mener à bien des projets solaires », poursuit Felix Wächter. « Elle en est encore à ses balbutiements quant à l'utilisation des énergies renouvelables. Cela dit, nous sommes convaincus que les nouvelles énergies y sont appelées à jouer un rôle prédominant ». En écho, Sven Harmeling, qui court toutes les négociations climatiques pour son ONG, relève un changement d'attitude dans les pays du Golfe vis-à-vis des questions climatiques en général et des énergies renouvelables en particulier. « Mais cela n'a rien à voir avec Masdar City. En investissant à l'étranger, ils ont tout simplement découvert tout le potentiel économique des nouvelles énergies ».

Clair Stam, envoyée spéciale à Masdar City
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