Publié le 28 juin 2017

ÉNERGIE

La production hydraulique française en danger

Les acteurs de l’hydroélectricité tirent la sonnette d’alarme dans un livre blanc (1) publié ce mardi 27 juin. Ils appellent le gouvernement à prendre des mesures fortes pour pérenniser et continuer de développer cette énergie qui fournit aujourd’hui 60% de l'électricité renouvelable en France.

Barrage nievre pixabay luctheo

LucTheo / Pixabay

"On arrive à la fin de la résilience de la filière" déplore Anne Pénalba, présidente de France Hydro Électricité. "Tout le monde compte sur le rôle pivot joué par l’hydroélectricité mais le parc existant est aujourd’hui menacé et sans cette énergie il ne pourra pas y avoir de transition énergétique".

L’hydroélectricité est la première des énergies renouvelables en France et représente 13 % du mix énergétique global. Son développement ne va pas être spectaculaire dans les prochaines années - la Programmation pluriannuelle de l’énergie prévoit d’augmenter sa capacité de seulement 700 MW sur un total de 25 000 MW – mais il est indispensable que la filière se maintienne pour accompagner l’essor de l’éolien et du solaire, expliquent les professionnels.

"Son caractère stockable et mobilisable rapidement en font un élément central dans la transition énergétique et pour la sécurité du système électrique", argumente Jean-Louis Bal, le président du Syndicat des énergies renouvelables (SER). "Seulement le prix de marché de l’électricité et l’inflation normative mettent la filière en difficulté".

Un développement bridé

Dans un livre blanc (1) publié mardi 27 juin par l'Union française de l'électricité, le Syndicat des énergies renouvelables et France Hydro Electricité, les acteurs de l’hydroélectricité développent plusieurs propositions à destination du gouvernement. La première d’entre elles concerne la cohérence des politiques nationales et européennes. "Nous demandons plus de bon sens et l’arrêt du stop and go, précise Anne Pénalba. Par exemple, l’État a lancé un appel d’offres pour de nouvelles capacités au niveau national, mais dans le même temps les classements de cours d’eau freinent le développement de la filière."

Les professionnels estiment le potentiel de développement à 11,7 TWh contre une production moyenne actuelle de 67 TWh par an. Mais avec le classement des cours d’eau qui interdit la construction de centrales hydrauliques, le potentiel effectif n’est plus que de 3 TWh. "Nous demandons la révision de ces classements" ajoute la présidente de France Hydro Electricité.

Baisse des taxes locales

Le secteur fait également face à un prix de marché qui s’écroule. Il est passé de 90 euros par MWh en 2008 à moins de 40 euros aujourd’hui. Or "les coûts d’exploitation eux n’ont cessé d’augmenter notamment à cause des taxes locales qui pèsent pour un tiers du chiffre d’affaires", précise Anne Pénalba. "Nous sommes à la limite de la couverture de nos coûts de production. Ce constat économique est valable pour la petite hydro mais plus globalement pour l’ensemble de la filière. Et un matériel qui se dégrade c’est autant de production en moins."

Les professionnels demandent une baisse de la fiscalité locale à travers des exonérations de taxe foncière pour les investissements à visée environnementales (comme des passes à poissons) et pour les nouveaux projets ainsi qu’un allégement fiscal pour le parc existant. Ils souhaitent également la mise en place d’un mécanisme de soutien pour la rénovation des centrales au-delà de 1 MW et une rémunération plus juste des stations de transfert d’électricité par pompage (STEP) et de la réactivité de l’hydroélectricité qui permet d'ajuster très rapidement la production aux besoins.

Prix carbone

Surtout, la filière demande la mise en place d’un prix du carbone. "Si on veut vraiment lutter contre le changement climatique, le plus sein serait d’avoir une fiscalité écologique à la hauteur de nos ambitions, sinon on ne pourra survivre qu’avec des subventions et des mécanismes de soutien", conclut Jean-Louis Bal du SER.

20 000 emplois directs, indirects et induits sont par ailleurs en jeu, et 10 000 emplois supplémentaires pourraient être créés dans le secteur.

Concepcion Alvarez @conce1

(1) Livre blanc de l'hydroélectricité


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