Publié le 27 octobre 2015

ÉNERGIE

100 % d'électricité renouvelable : un atout pour l'économie locale

Des centaines de projets fleurissent aux quatre coins de l’Hexagone pour fabriquer de l’énergie à partir de sources renouvelables avec des effets positifs sur l’environnement, mais aussi sur le développement économique et social des communes. C’est ce que démontre Greenpeace, qui a étudié 4 territoires ayant mis le cap sur les énergies renouvelables. Des cas d’écoles qui font écho au rapport publié la semaine dernière par l’Ademe sur un scénario 100 % d’électricité verte en 2050. Explications.

Le parc agri solaire d Ortaffa dans les Pyrénées Orientales a permis le maintien de 30 emplois RAYMOND ROIG AFP
Le parc agri-solaire d'Ortaffa dans les Pyrénées-Orientales a permis le maintien de 30 emplois agricoles (berger, ouvriers viticoles et vignerons).
RAYMOND ROIG / AFP

Une électricité 100 % verte en France en 2050, c’est possible. C’est en tout cas ce qu’affirme l’Ademe, qui a sorti le 22 octobre dernier son rapport tant attendu sur la question et dont la publication avait été reportée à deux reprises. Et c’est même possible à un coût à peine supérieur à celui d’un scénario où le nucléaire serait prédominant.  

Ainsi, dans son scénario à 100 % d’électricité renouvelable (63 % d’éolien, 17 % de solaire, 13 % d’hydraulique et 7 % de géothermie), l’Ademe a calculé le coût du mégawattheure à 119 euros contre 117 euros dans un scénario à 40 % d’énergies renouvelables et à 55 % de nucléaire, un scénario qui se rapproche de celui fixé par la loi de transition énergétique pour 2030. Cette différence de coût minime est un argument de poids dont les antinucléaires n’hésitent pas à se saisir.  

 

Un développement 3 fois inférieur à la moyenne européenne  

 

Mais ces-derniers n’ont pas attendu l’Ademe pour savoir qu’un tel scénario serait également rentable. Il y a un mois, Greenpeace publiait avec le cabinet de consultants I-care environnement, un rapport intitulé "La manne inexploitée des renouvelables". L’ONG y recense quatre études de cas pour démontrer l’intérêt environnemental, social mais aussi économique à se tourner vers les énergies renouvelables.  

Un moyen de tirer la sonnette d’alarme alors que la France accuse un énorme retard. "La trajectoire 100% renouvelable est la seule pour rester sous les 2°C et servir de base pour un nouveau modèle de société, estime Sébastien Blavier, chargé de campagne énergie. Or, en France le rythme de développement des renouvelables est trois fois inférieur à la moyenne européenne et sept fois inférieur au rythme allemand." 

Pourtant, sur le terrain, de nombreux acteurs sont en marche vers la transition énergétique. Par conviction environnementale certes. Mais pas seulement. "Les projets d’énergie renouvelable sont générateurs de flux économiques grâce aux retombées fiscales et ont un effet d’entraînement pour mener de nouveaux projets, poursuit Sébastien Blavier. Et ils créent de nouveaux emplois, directs et indirects."  

Les quatre projets sélectionnés, deux projets éoliens et deux projets photovoltaïques préfigurent les "projets de demain", selon Greenpeace. "Ils ont été choisis en fonction de leur taille, relativement importante, de leur maturité et de leur statut avant-gardiste", précise Valentin Vermeulen, consultant en énergie chez I-care environnement.  

 

140 000 euros de recettes fiscales par an  

 

A Saint-Georges-sur-Arnon, une petite commune de 567 habitants près de Bourges, dans l’Indre, l’installation de trois parcs éoliens (14 éoliennes) a transformé la vie des habitants. Sur le plan environnemental, les éoliennes ont permis d’éviter 78 500 tonnes de CO2 par an et 213 kilos de déchets radioactifs. "Je suis un maire heureux parce que nous avons réussi à impliquer nos citoyens dans les grands défis du XXIe siècle, affirme Jacques Pallas. Nous avons une chance historique de sauver notre planète, il faut y aller à fond !"  

Mais le projet a également eu des conséquences inattendues, au niveau social et économique. Les recettes fiscales ont augmenté de 140 000 euros par an. De l’argent presque littéralement "tombé du ciel" qui a permis à la commune de ressortir "des projets entassés dans les cartons depuis des années" se réjouit le maire PCF, Jacques Pallas.

De quoi financer la rénovation du réseau d’assainissement, l’enfouissement des câbles d’éclairage - pour une économie d’énergie de 25 % - de construire un éco-lotissement avec chauffe-eau solaire et toitures végétalisées, de baisser les impôts locaux de 16 %, de subventionner des audits énergétiques. Le projet a également permis de créer deux emplois supplémentaires dans la commune et 12 emplois de maintenance dans le département et dans le Cher.

Parmi les 14 éoliennes présentes sur le territoire, cinq machines appartiennent à la collectivité. Pour assumer l’aspect financier, Jacques Pallas a eu recours à une société d’économie mixte, composée d’un collège public et privé et d’un fonds de réserve. En mars dernier, Wind Project, qui faisait partie du collège privé, a cédé ses parts à Energie partagée, un outil financier qui permet aux citoyens de participer au projet en achetant directement des parts. "La boucle est bouclée", conclut Jacques Pallas.  

 

"Sauver leur commune" 

 

Plus au sud, le parc éolien de Sor-Arfons (11 éoliennes), près de Castres, dans le Tarn, a permis de quintupler le budget annuel de la commune et de créer 35 emplois. Même résultat dans les Pyrénées-Orientales, où le parc solaire d’Ortaffa (300 000 panneaux) développé avec une dimension agricole, a permis de maintenir 30 emplois dans la commune et d'en créer trois nouveaux. Mais aussi de renflouer les caisses des collectivités locales associées à hauteur de 200 000 à 250 000 euros par an. Un pécule non négligeable pour des petites communes.  

Enfin le dernier projet, situé près de Briançon dans les Hautes-Alpes, est porté par des citoyens et des collectivités, une première en France. Ensemble, ils ont installé près de 2 000 panneaux photovoltaïques sur une douzaine de bâtiments publics. De quoi générer une économie d’énergie de 20 % pour les services publics et 22 000 euros de bénéfices cette année.

"Les maires expliquent que ces projets ont sauvé leur commune" renchérit Sébastien Blavier de Greenpeace. "Mais la recette miracle n’existe pas. Pour que cela fonctionne, il faut beaucoup de travail de coordination entre élus et porteurs de projets, avec les citoyens pour les impliquer et avec les agriculteurs pour traiter la problématique de l’usage des sols [concurrence entre panneaux et récoltes, NDLR]".  

 

"L’objectif 2020 atteint en 2023 au mieux"  

 

Actuellement en France, les énergies renouvelables représentent 19,3% de la consommation électrique avec une large part provenant encore de l’hydraulique. Un chiffre qui est loin de l’objectif de 32 % d’énergies renouvelables en 2030, dont 40 % d’électricité renouvelable, fixé par la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte, promulguée le 18 août dernier.  

"Si cette loi est accompagnée de textes réglementaires ambitieux et lisibles, nous pourrions atteindre l’objectif de 23 % de renouvelables dans la consommation finale d’énergie fixé pour 2020 en 2023. Sinon, au rythme des dernières années et sur la base d’une consommation énergétique stable, nous n’y arriverons qu’en 2028", a calculé Jean-Louis Bal, président du Syndicat des énergies renouvelables (SER).  

"Il ne sera pas possible de changer d’échelle sans une volonté forte des pouvoirs publics pour que les projets fleurissent partout sur le territoire sans difficulté", conclut Sébastien Blavier, chargé de campagne énergie chez Greenpeace. L’ONG a lancé en juillet dernier une pétition adressée à François Hollande intitulé “renouvelez l’énergie pour sauver le climat” dans laquelle les militants demandent 100 % d’énergie renouvelable en 2035 et les fermetures de la centrale de Fessenheim en 2016 et de celles de Tricastin et Blaye en 2017. Le texte a déjà été signé par près de 90 000 personnes.    

Concepcion Alvarez
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