Publié le 10 août 2015

ÉNERGIE

Arctique : la Russie consolide ses revendications territoriales

La fédération de Russie a revendiqué officiellement une large zone de 1,2 million de km² de l’océan Arctique, incluant le pôle Nord. Munis d'arguments géologiques, les Russes entendent prouver que la souveraineté de cette zone, riche en pétrole et en gaz naturel, leur revient de droit. La course à l’Arctique se poursuit.

Une plate-forme pétrolière de Gazprom dans la mer de Petchora.
Krichevsky, Wikimedia (CC-BY-SA 4.0)

La demande déposée aux Nations Unies via la Commission des limites du plateau continental couvre une large zone de 1,2 million de km² (soit 42 % des eaux internationales de l’océan Arctique) et comprend certaines zones stratégiques comme la dorsale de Lomonosov, revendiquée par le Danemark et le Canada, mais aussi le pôle Nord.

 

Une convoitise de longue date

 

Les Russes revendiquent officiellement cette zone depuis décembre 2001, mais l’ONU a plusieurs fois refusé leurs demandes, pointant un manque d’arguments scientifiques. Le dossier déposé le 3 août est cette fois soutenu par les nombreuses études géologiques entreprises ces dernières années par Moscou, études censées démontrer que ladite zone est un prolongement du plateau Eurasiatique, dont la souveraineté reviendrait naturellement à la Russie.

Depuis 1982 et la convention des Nations Unies sur le droit de la mer, les États ont la possibilité de demander l’extension de leur zone économique exclusive (ZEE), fixée à 200 miles nautiques (370 km) autour de leurs côtes, afin de récupérer la souveraineté sur une zone maritime et ses ressources potentielles.

 

L'océan Arctique, réservoir d'énergies fossiles

 

Les eaux internationales de l’océan Arctique (couvrant 2,84 millions de km²) sont convoitées par les États dont les côtes bordent le cercle arctique. À l’exception des États-Unis, non signataires de la convention sur le droit de la mer, la Norvège, le Danemark, le Canada et la Russie ont tous formulé une requête d’extension de leur ZEE afin de mettre la main sur une partie de l’océan Arctique.

Derrière, les enjeux énergétique et économique sont considérables. On estime que l’océan Arctique abrite 30 % des réserves mondiales de gaz naturel et 13 % de celles du pétrole. L’US Geological Survey (USGS) estimait en 2008 à 90 milliards de barils et 47 200 km3 de gaz naturel les réserves potentielles cachées sous les eaux arctiques. Selon la carte de l'USGS, la majeure partie de ces réserves se situe déjà dans des eaux souveraines. Les réserves situées dans les eaux internationales sont concentrées principalement au-delà des eaux russes et sur la dorsale de Lomonosov, revendiquée à la fois par le Canada, le Danemark et la Russie.

 

 

Le gouvernement russe estime à 4,9 milliards de tonnes d’hydrocarbures les réserves auxquelles il aurait accès si l’ONU accédait à sa requête. La fonte de la banquise libérant une part grandissante de l’océan, il devient possible d’y exploiter les immenses réserves d’énergies fossiles.

 

Greenpeace en alerte

 

Pour Vladimir Chuprov, membre de Greenpeace en campagne contre l’exploitation des hydrocarbures dans l’océan Arctique, "des pays comme la Russie et la Norvège veulent transformer l’océan Arctique en nouvelle Arabie Saoudite" alors que la fonte de la banquise rend la zone plus "vulnérable".

Le ministre russe des Affaires étrangères a déclaré espérer un examen rapide de la demande russe par l’ONU, d’ici l’automne 2015, arguant du fait que la Russie revendique cette zone depuis 2001. La décision de la Commission est attendue au début de l’année 2016.

Gary Dagorn
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