Publié le 21 février 2019

ÉNERGIE

Mis sous pression par ses investisseurs, le géant minier Glencore va limiter sa production de charbon

Glencore ne sort pas du charbon. Mais en annonçant, à la surprise générale, sa volonté de plafonner sa production, c’est presque tout comme. Poussé par des investisseurs à aligner sa stratégie avec l’Accord de Paris, le Suisse va se concentrer sur le charbon premium, plus résilient et plus profitable. Il va aussi revoir son affiliation auprès des associations professionnelles qui pourraient exercer un lobbying négatif pour le climat.

Exploitation de charbon de Glencore en Colombie.
@Glencore

À l’occasion de la présentation de ses résultats le 20 février, le géant minier Glencore a annoncé mercredi 20 février qu'il s'engageait à plafonner sa production de charbon. Elle devrait se limiter désormais à environ 150 millions de tonnes par an, soit l'équivalent de ses volumes de 2018 (129,4 millions de tonnes) et du fruit de ses dernières acquisitions de mines en Australie.

Le directeur général de l’entreprise, Ivan Glasenberg, assure que la production sera maintenue "globalement aux niveaux actuels", sans donner plus de détails. Sa décision s’inscrit dans le cadre de pressions exercées par de grands investisseurs qui poussent les entreprises extractrices de matières premières à prendre des actions rapides pour lutter contre le changement climatique. Ils leur demandent aussi de s’aligner avec les objectifs de l’Accord de Paris.

Prioriser des actifs résilients

Le chef d’entreprise y répond en assurant qu'il donnerait "la priorité aux investissements dans des actifs résilients aux risques réglementaires, physiques et opérationnels liés au changement climatique". L’entreprise assure également qu’elle va étudier son adhésion aux associations professionnelles de son secteur et vérifier si leur politique est conforme à cette stratégie.

Cela n’est pas sans rappeler l’initiative de BHP Billiton. Fin 2017, l’entreprise avait annoncé son retrait dès le premier trimestre 2018 de l’Association Mondiale du Charbon (World Coal Association), la plus grande organisation de lobbying pour le charbon. Sa décision est motivée par des différences de point de vue sur le climat et les politiques énergétiques.

Glencore est loin de renoncer au charbon, mais atteint son "pic de production", se réjouit l’ONG australienne The Australasian Centre for Corporate Responsibility. Pour les années qui viennent, le Suisse va se concentrer sur le charbon premium, dont la haute teneur énergétique permet de limiter les émissions de CO2 par unité d’énergie produite.

Une opération profitable

Loin d’être une décision uniquement motivée par le réchauffement, c’est également une bonne stratégie pour les affaires, juge Prakash Sharma, directeur de recherche chez Wood Mackenzie, cité par le Financial Times. "Dans un scénario à 2 degrés, la demande de charbon premium devrait être résiliente par rapport aux autres types de charbon. Cela signifie que les entreprises qui conservent ces actifs ont tout à gagner et bénéficieront de cours plus élevés ".

En mars 2018, le grand concurrent anglo-australien Rio Tinto avait montré la voie en vendant son dernier actif charbon : la mine de Kestrel, dans l'État du Queensland, au nord-est de l’Australie. L’entreprise devenait le premier grand mineur mondial à sortir de l’extraction de cette énergie fossile. Rio Tinto choisissait de se concentrer sur le cuivre, l'aluminium et le minerai de fer. "La vente de Kestrel permet de créer énormément de valeur pour nos actionnaires et de renforcer notre portefeuille", expliquait alors le directeur général, Jean-Sébastien Jacques.

Ludovic Dupin, @LudovicDupin


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