Publié le 20 avril 2015

ÉNERGIE

Marée noire du Golfe du Mexique : l'industrie pétrolière n'a pas tiré toutes les leçons de la catastrophe

Le 20 avril 2010, l'explosion de la plateforme offshore Deepwater Horizon provoquait la plus grave marée noire de l'histoire américaine. BP et l'ensemble du secteur pétrolier avaient alors été accusés par l'administration américaine d'avoir sacrifié la sécurité sur l'autel du profit. Cinq ans plus tard, des efforts ont été accomplis pour mieux gérer les risques. Mais la menace d'une nouvelle catastrophe plane toujours.

Le 21 avril 2010, la plate-forme Deepwater Horizon, exploitée par BP, explosait en pleine mer. La catastrophe a provoqué une marée noire et un désastsre écologique.
U.S Coast Guards

1er avril 2015 : quatre employés de la compagnie mexicaine Pemex sont tués dans l'explosion d'une plateforme pétrolière dans le Golfe du Mexique. Presque 5 ans jour pour jour après l'explosion de Deepwater Horizon, la plateforme offshore de British Petroleum (BP), qui avait causé la mort de 11 pesronnes.

Ce nouvel accident n'a pas provoqué de marée noire mais, à l’époque quand Najmedim Meshkati, alors conseiller spécial au Secrétariat d’État, a vu les images de la catastrophe, il a eu cette impression de "déjà-vu". Une impression qui saisit ce professeur de l'université de Southern California à chaque nouvel incident mettant en cause la sécurité d'une plateforme offshore.

Celui de Deepwater, le 20 avril 2010, avait pourtant fait l’effet d’un électrochoc à toute la profession. L’explosion de la plateforme avait libéré plus de 4,9 millions de barils de pétrole dans le Golfe du Mexique, provoquant une immense marée noire qui avait ravagé la faune et la flore sur des centaines de kilomètres. BP avait alors mis 87 jours à stopper l'écoulement.

Les conclusions de la Commission chargée par Barack Obama d'étudier les causes de la plus grave marée noire de l'histoire américaine ont accablé la profession. Son rapport pointe du doigt de "telles errances dans la gestion des risques qu'on peut sérieusement de l'industrie pétrolière dans son ensemble".

 

Une nouvelle culture du risque ?

 

"Il y a cinq ans, les pétroliers pensaient que tout était sous contrôle. Ils avaient tort. Depuis, beaucoup de choses ont changé", affirme aujourd'hui Toby Clark, le président de cette Commission sur la marée noire. Les États-Unis ont durci par deux fois leur législation autour du forage offshore. Pour prévenir les risques et éviter de devoir régler en cas d’accident  des amendes et des dommages et intérêts de plusieurs milliards de dollars comme BP, le secteur s'est mis à recruter des spécialistes de la gestion des risques.

BP affirme désormais sur son site internet : "La sécurité de nos exploitations, de nos employés et de ceux qui vivent autour de nous est le fil conducteur de toutes nos actions". Et les plus grandes compagnies pétrolières ont créé le Center for Offshore Safety (Centre pour la sécurité offshore), afin de partager des bonnes pratiques. Son dernier rapport affirme que "l'industrie du pétrole offshore aux États-Unis n'a jamais été aussi sûre".

"J'aimerais les croire mais je cherche toujours des vérifications indépendantes de ces engagements, trop beaux pour être vrais. C'est très difficile de changer la culture des compagnies pétrolières, qui repose sur le profit", assène Najmedim Meshkati, lui-même membre d'une commission d'enquête en 2010.

Tous les experts s'accordent sur ce point : une culture de la sécurité ne s'impose pas en un claquement de doigt. Il faut une volonté ferme, impulsée par le top management, et une attention constante pour former les équipes et maintenir l'effort dans le temps. Toby Clark se souvient d'un dirigeant d'un groupe pétrolier qui discutait devant un public captivé de la prévention des risques. En regardant par la fenêtre, il avait alors aperçu un employé escalader dangereusement l'une des installations... "Même si c'est toujours très lent, j'ai vu des entreprises devenir plus vertueuses. Mais dans l'autre sens, j'ai aussi vu des entreprises abandonner très vite leurs bonnes pratiques", met-il en garde.

 

Un cadre plus sûr mais des pratiques encore risquées

 

Pour maintenir la pression, l'administration Obama vient d'annoncer une nouvelle réglementation autour du pétrole offshore. Elle inclut notamment des normes plus draconiennes pour les blocs obturateurs de puits, ces valves de sécurité mises en cause dans la catastrophe Deepwater. Mais plusieurs associations écologistes n'y voient qu'une piètre précaution, alors que le président américain envisage par ailleurs d'autoriser de nouveaux forages sur la côte atlantique et en Alaska.

Cinq ans après, tous les experts redoutent une nouvelle catastrophe, plus ou moins similaire à Deepwater. "Le forage pétrolier est plus sûr aujourd'hui mais les gens continuent à prendre de mauvaises décisions", résume Toby Clark. La chute des cours du pétrole ces derniers mois l'inquiète aussi. "Ça pousse à faire des économies, et peut-être à rogner sur la sécurité. Il va falloir y faire très attention à l'avenir", ajoute-t-il. Pemex est d’ailleurs l’une des compagnies les plus affectées par la baisse des prix à la pompe…

Pour Najmedim Meshkati, le danger s'est aussi déplacé au large du Brésil, de Cuba ou de l'Angola. "Ces pays n'ont pas le luxe d'avoir des législations comme aux États-Unis". Et qui se charge de les surveiller ? Personne", s'inquiète encore l'universitaire. Comme plusieurs organisations écologistes, il plaide pour la création d'une agence internationale qui serait chargée de coordonner cet effort mondial, pour des forages pétroliers offshore plus sûrs.

Fannie Rascle, correspondante à Washington
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