Publié le 05 novembre 2015

ÉNERGIE

Les banques françaises financent 7 fois plus les énergies fossiles que les renouvelables selon 2 ONG

Quel impact a eu le dernier grand sommet climatique de Copenhague en 2009 sur les banques ? Aucun, si l’on en croit la dernière étude publiée par les ONG Oxfam et Les Amis de la Terre. Elle met en évidence l’écart abyssal qui continue de se creuser entre les financements des énergies fossiles et ceux des énergies renouvelables.

Illustration Rapport banques financement fossiles vs renouvelables Source Oxfam Amis de la terre
Entre 2009 et 2014, les 25 plus grandes banques au monde ont financé les énergies fossiles à hauteur de 847 milliards d'euros, contre 89 milliards pour les renouvelables.
Crédit : Oxfam/Amis de la terre

Pas de bouleversement. Depuis 2009, et l’échec de la conférence climatique de Copenhague, les banques n’ont pas changé leurs habitudes : elles ont continué à soutenir les énergies fossiles, avec des financements en augmentation depuis 2011, à des niveaux bien plus élevés que les énergies renouvelables dont les financements oscillent sans inflexion majeure. C’est ce que révèle une étude publiée ce jeudi par Oxfam et les Amis de la Terre intitulée "Banques françaises : quand le vert vire au noir".

Ces deux organisations non-gouvernementales ont adopté une méthodologie qui exclut les énergies hydraulique, nucléaire, houlomotrice, marémotrice, issue de la biomasse et des agro-carburants. Un choix contesté par les banques critiquées par ce rapport.

 

129 milliards d’euros pour les fossiles contre 6 milliards pour les EnR  

 

Déjà épinglées en mai dernier pour leur soutien au charbon, les principales banques françaises – BNP Paribas, Crédit agricole, Société générale, BPCE et Crédit mutuel-CIC – sont accusées de n’avoir pas suffisamment investi dans les renouvelables malgré l’urgence climatique et la tenue, à partir du 30 novembre prochain, de la conférence climatique internationale à Paris (COP21).  

"Lorsque, pour un euro versé aux énergies renouvelables par les banques françaises, sept euros sont consacrés aux fossiles, on ne va clairement pas dans le bon sens" réagit Alexandre Naulot, responsable de plaidoyer sur les questions financières à Oxfam France. Entre 2009 et 2014, les banques françaises ont consacré 129 milliards d’euros aux énergies fossiles, contre 18 milliards pour les énergies renouvelables.  

 

BNP Paribas pire banque française

 

BNP Paribas est notamment dans la ligne de mire des ONG. Elle est en effet la première banque française à financer les carburants fossiles, à hauteur de 52 milliards d’euros - contre 6 milliards pour les énergies renouvelables - sur la période 2009-2014, soit … neuf fois plus. Elle se classe également 5e au niveau mondial, loin devant Société générale et Crédit agricole qui sont respectivement 13e et 14e.  

Le 16 octobre dernier, 53 organisations avaient lancé un ultimatum à BNP Paribas lui demandant d’annoncer avant le 2 novembre la fin de ses soutiens au charbon. Face au silence de la banque, les Amis de la Terre organisent toute la semaine des actions de désobéissance civile contre l’établissement.  

"BNP Paribas n’a décidément pas peur du 'greenwashing' : elle ose s’afficher comme grand mécène de la COP21 alors qu’elle est la pire banque française en matière de financements fossiles, et qu’elle n'a pas pris un seul engagement pour réduire ses soutiens au charbon, contrairement au Crédit Agricole et à Natixis", affirme Lucie Pinson, chargée de campagne Finance Privée aux Amis de la Terre France. "Cela ne peut plus durer : il est urgent qu’elle s’engage, tout comme ses pairs, vers une sortie des énergies fossiles et annonce avant la COP21 la fin de ses soutiens au charbon".

À ce jour, la banque n'a pas encore pris d'engagement visant à sortir du charbon.

 

Natixis, Crédit agricole, Bank of America et Citigroup sortent du charbon  

 

Le 15 octobre dernier, Natixis avait annoncé qu’elle mettait fin au financement des projets liés au charbon et aux entreprises dont l’activité repose à plus de 50 % sur l’exploitation des centrales au charbon. De même, Crédit agricole a pris des engagements en mai et en septembre : elle ne financera plus de projets de mines de charbon ni de nouvelles centrales ou extensions de centrales électriques au charbon dans les pays à hauts revenus.  

Au niveau international, les 25 plus grandes banques ont consacré 847 milliards d'euros aux énergies fossiles contre 89 milliards d'euros pour les énergies renouvelables, près de dix fois moins. Dans le top 3, Bank of America et Citigroup ont néanmoins pris plusieurs engagements visant à réduire leurs soutiens financiers à l’industrie du charbon.

En mai, Bank of America a annoncé réduire ses prêts aux entreprises extractrices de charbon et à celles qui ont recours à la technique très nocive du "mountain top removal" (mines à ciel ouvert). Parallèlement, elle s’engage à augmenter les prêts destinés à soutenir les énergies renouvelables, l'efficacité énergétique, ainsi que la capture et le stockage du carbone.

Mêmes annonces chez Citigroup, qui a dévoilé ses lignes directrices en matière environnementale et sociale en octobre. La 3e banque américaine s’engage par ailleurs à investir 100 milliards de dollars sur dix ans dans les solutions climatiques et à réduire ses propres émissions de gaz à effet de serre de 80 % à horizon 2050 par rapport au niveau de 2005.

Concepcion Alvarez
© 2019 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

Pour aller plus loin

"50 nuances d’évasion fiscale" : comment la France continue de privilégier les multinationales

Début octobre, l’OCDE et les ministres des finances de l’UE se targuaient d’avoir sifflé la fin de la récréation pour les multinationales habituées à fuir le fisc. Un mois plus tard, c’est aux ONG de répliquer. Dans un rapport publié ce mardi, elles dévoilent les nombreuses pratiques qui...

Désinvestissement des énergies fossiles : une arme contre le réchauffement climatique

Désinvestir. Le mot revient de plus en plus souvent dans le débat autour du réchauffement climatique. La campagne pour le désinvestissement des combustibles fossiles, relayée depuis plusieurs années par l’organisation non gouvernementale (ONG) 350.org, est en train de porter ses fruits. De...

Chiffrer le coût de l’inaction, un tournant dans la prise de conscience climatique ?

En 2006, un rapport jette un pavé dans la mare climatique. Il évalue en effet le coût de l’inaction contre le changement climatique entre 5 % et 20 % du PIB mondial contre … 1 % pour celui de l’action ! Si ce rapport a fait grand bruit à l’époque, c’est aussi qu’il émanait non pas d’une...

Evasion fiscale des multinationales: les pays riches serrent la vis

C’est une semaine cruciale dans la lutte contre l’optimisation et l’évasion fiscale des sociétés. Après l’OCDE qui a dévoilé hier son plan d’action décliné en 15 mesures, les ministres des Finances de l’Union européenne se sont accordés ce mardi sur la transparence des "rulings", ces...

Climat : comment la France finance (encore) le charbon

À cinq mois de la COP 21 organisée à Paris, la France se doit d'être exemplaire. L'attitude du gouvernement de Manuel Valls sur le charbon, l'énergie fossile la plus émettrice de CO2, reste pourtant ambiguë. Car si les subventions directes ont bien été supprimées, la fin des crédits à...

Finance et climat : assurer une "transition ordonnée" vers une économie décarbonée

Une première. Ce vendredi 22 mai, près d'un millier d'investisseurs du monde entier se sont réunis pour parler changement climatique dans le cadre du Climate Finance Day, au siège de l'Unesco à Paris. Au-delà du partage des bonnes pratiques des acteurs déjà mobilisés sur le sujet, des...

Transition énergétique : banques et assurances peuvent mieux faire

Jusqu’où les banques et assurances européennes contribuent-elle au financement d’une économie plus verte ? Novethic a essayé de répondre à cette question en analysant les informations publiées par les 32 principaux groupes bancaires et d’assurance européens. S’ils reconnaissent que leur...

ÉNERGIE

Energies fossiles

L’extraction des énergies fossiles se fait à un coût environnemental de plus en plus élevé. Si leur épuisement est encore lointain, les modèles économiques qui ont fait la fortune des grandes compagnies pétrolières sont aujourd’hui bousculés.

La foret amazonienne en Guyane grande source de biodiversite française. iStock

Les arbres, le nouvel argument responsable des pétroliers

Eni, Shell, Total… Plusieurs compagnies pétrolières veulent se lancer dans la plantation d’arbres, pour stocker du carbone et compenser leurs émissions. Elles sont de plus en plus poussées par certains investisseurs à communiquer sur leurs actions pour réduire leur impact sur le réchauffement...

Et l’entreprise la plus rentable au monde est toujours le pétrolier Saudi Aramco… mais ses profits baissent

En six mois, le plus grand pétrolier au monde, Saudi Aramco, à enregistrer 46,9 milliards de dollars de bénéfices. C’est le double d’Apple sur toute l’année 2018 ! Mais le groupe souffre quand même d’un recul de 12 % en raison de la faiblesse du brut.

Ouganda pxhere

La région des grands lacs africains et ses gisements pétroliers, terrain de jeu glissant pour Total

Total est doublement sous le coup de la loi sur le devoir de vigilance. Le groupe français vient d'être mis en demeure une seconde fois - et à une semaine d'intervalle - pour ne pas avoir pris de mesure de vigilance suffisante pour le climat et pour un méga-projet pétrolier en Ouganda. Des atteintes...

Un nouvel électricien, EPH, débarque en France et mise sur le charbon

Le groupe d'énergie allemand Uniper (ex-Eon) a annoncé la finalisation de la vente de l'ensemble de ses activités françaises à EPH, une holding dans l'énergie aux mains du milliardaire tchèque Daniel Kretinsky. Cela concerne en particulier deux centrales à charbon, dont la fermeture est prévue pour...