Publié le 11 septembre 2020

ÉNERGIE

Le parapétrolier Schlumberger acte la fin de l’âge d’or du pétrole de schiste en Amérique du Nord

Le pétrole de schiste américain n’est pas mort, loin s’en faut. Mais il n’est plus la machine à cash qu’il fût. Les faillites à répétition, accentuées par la crise du Covid-19, le prouvent. On voit aussi désormais les parapétroliers tourner le dos à la fracturation hydraulique en Amérique du Nord. Après Baker Hughes, c’est désormais l’un des plus grands acteurs au monde du secteur, Schlumberger, qui vend ses activités sur le continent nord-américain.

Petrole de schiste ETats Unis Californie DavidMcNews GettyImage AFP
L'exploitation du pétrole et du gaz de schiste demande de multiplier les puits de production.
@DavidMcNews/GettyImage/AFP

Le premier semestre 2020 a été très dur pour le secteur pétrolier. À la crise économique globale s’est superposée une crise des prix. Les cours du baril se sont effondrés, au point d’être parfois échangé à moins de zéro dollar. Les premières victimes ont été le gaz et le pétrole de schiste, dont le modèle économique de forages en continu, n’a pas résisté à l’arrêt de l’activité mondiale. Tout un symbole de ce revers :  Schlumberger, la plus grande entreprise de services pétroliers au monde, va se retirer de ce secteur d’activité.

Le parapétrolier américain, spécialiste entre autres de la fracturation hydraulique, a décidé de vendre cette activité à un rival plus modeste, Liberty Oil Service. La fracturation hydraulique consiste à injecter sous très haute pression de l’eau, du sable et des additifs dans des roches dures et imperméables afin d’en libérer les hydrocarbures (pétrole et gaz). C’est la maîtrise de cette technologie qui a permis l’essor des hydrocarbures non conventionnels aux États-Unis et au Canada, à la fin des années 2000.

C’est le deuxième parapétrolier géant, après Baker Hughes, à faire ce choix. Seul Halliburton est encore dans la fracturation hydraulique en Amérique du Nord mais réfléchit également, selon Bloomberg, à réduire la voilure. Schlumberger a dû faire un virage à 180 degrés.  Il y a un an, celui-ci dépensait 430 millions de dollars  pour acheter des capacités de fracturation de son concurrent Weatherford. Mais au second trimestre 2020, l’entreprise a enregistré une perte de 3,4 milliards de dollars et a décidé de se séparer de 21 000 salariés, soit un quart de son effectif.

Faillites en série

Selon Olivier Le Peuch, le PDG de Schlumberger, "cela a probablement été le trimestre le plus difficile des dernières décennies", en raison d’une "chute sans précédent de l’activité nord-américaine". "Le désinvestissement de ce segment de production de la part du leader mondial des services pétroliers est peut-être le signe que Schlumberger considère que l’âge d’or du "shale oil" (pétrole de schiste, ndr) est derrière nous", juge Jean-Marc Jancovici, président du Shift Project. Les chiffres semblent le prouver. Fin août, 254 plateformes de forage étaient en activité aux États-Unis, soit 650 de moins qu’un an plus tôt !

Les parapétroliers ne sont pas les seuls à souffrir. Les pétroliers pure-player des hydrocarbures non conventionnels en Amérique du Nord ont considérablement souffert. Depuis le début de l’année, 60 entreprises ont été placées en faillite aux États-Unis. La plus symbolique a été celle de Chesapeake. Cette société fut la pionnière du gaz de schiste, au point de devenir un temps le deuxième producteur domestique de gaz après Exxon. Mais la crise a fait que l’entreprise a été rattrapée par sa dette de 9,5 milliards de dollars, devenue impossible à rembourser.

Ludovic Dupin


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