Publié le 20 décembre 2019

ÉNERGIE

Le jour n’est pas si loin où les assureurs refuseront de couvrir les mines et centrales à charbon

Il y a encore presque un millier de centrales à charbon prêtes à être construites dans le monde. Mais ces projets ont de plus en plus du mal à trouver des assureurs. Presque tous les acteurs européens et désormais des acteurs américains et australiens refusent de couvrir des centrales et des mines. Restent encore de grands assureurs asiatiques et la Lloyd’s of London.

Centrale a charbon a Halle en Allemagne JensSchueter Getty AFP
Il existe 2459 centrales à charbon en opération dans le monde et 980 sont planifiées.
@JensSchueter/GettyImage/AFP

Si une centrale à charbon ou une mine n’est pas assurable, elle ne peut pas voir le jour. L’indien Adani, qui essaie depuis des années d’ouvrir la mine géante de Carmichael en Australie, s’y confronte chaque jour alors que plus d’une quinzaine d’assureurs déjà auraient refusé de couvrir ce projet. Et ce cas emblématique est - très bonne nouvelle - de moins en moins un cas isolé. Selon le dernier rapport de la coalition d’ONG Unfriend Coal, le nombre d’assureurs refusant de couvrir ce type de projet a plus que doublé en 2019.

"Des politiques de sortie du charbon ont été annoncées par 17 des plus grands assureurs mondiaux contrôlant 46 % du marché de la réassurance et 9,5 % du marché de l'assurance primaire", selon Unfriend Coal. Parmi eux, on retrouve en premier lieu des grands acteurs européens, comme Axa, Scor, Zurich, Swiss RE. Plus surprenant on trouve des assureurs allemands, pourtant issus d’un pays très fortement charbonné, comme Allianz ou MunichRe. Et la grande nouveauté de 2019 est l’apparition dans la liste d’assureurs australiens SunCorr et QBE, ainsi que de leurs homologues américains Chubb et Axis.

Une campagne qui fonctionne

Avec cet élargissement rapide d’assureurs qui refusent de couvrir des entreprises impliquées dans le charbon, les porteurs de projets voient leurs options se réduire. En Europe, il ne reste que les membres de la Lloyd’s of London pour assurer le charbon. Interrogée par le Guardian, la Lloyd’s assure "reconnaître le rôle important que l’assurance peut jouer pour soutenir, accélérer et réduire les risques de transition vers une économie sobre en carbone". Cependant, elle assure, "hors obligations légales ou réglementaires", qu’elle ne prévoit pas de politique charbon spécifique.

Aux États-Unis, Unfriend Coal estime que "AIG et Liberty Mutual sont désormais parmi les plus grands groupes internationaux à assurer le charbon et parmi les rares acteurs capables de prendre le rôle d’assureur principal dans des projets de charbon de plusieurs milliards de dollars". La campagne d’Unfriend Coal et l’exemple des autres compagnies d’assurance semblent avoir déjà des effets. Le 13 décembre, Liberty Mutual a déclaré qu’elle refuserait désormais d’assurer ou d’investir dans les entreprises tirant plus de 25 % de leur activité du charbon thermique, et qu’elle cesserait progressivement les contrats en cours.

Désinvestissement

Dans la région Asie-Pacifique, en revanche, de nombreux acteurs japonais, chinois et coréen continuent à assurer le secteur. Il faut dire que le marché reste vif. Actuellement le monde compte 2459 centrales à charbon en opération et 980 sont planifiées.

Les assureurs ont aussi désinvesti massivement du charbon. Selon la coalition d’ONG, "les assureurs ont également désinvesti du charbon environ 8 900 milliards de dollars d'investissements, soit plus du tiers (37 %) des actifs mondiaux de l'industrie. À ce jour, au moins 35 entreprises ont pris des mesures, contre 15 entreprises avec 4 000 milliards de dollars d'actifs sous gestion en 2017 et 19 entreprises avec 6 000 milliards de dollars en 2018".

Ludovic Dupin, @LudovicDupin


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