Publié le 28 mars 2019

ÉNERGIE

La centrale à charbon d'EDF à Cordemais fait de la résistance

Dans l’estuaire de la Loire, à une trentaine de kilomètres de Nantes, la centrale à charbon de Cordemais, détenue par EDF, mène une course contre la montre pour repousser la date butoir de 2022, à laquelle elle doit théoriquement fermer ses portes. Pour cela, l’énergéticien tricolore est en train de mettre au point un nouveau combustible 100 % écologique, composé de résidus ligneux et de déchets de bois d’ameublement destinés au rebus.

La centrale nantaise de Cordemais pourrait être autorisée à fonctionner après 2022 avec un mélange 80 % de biomasse et 20 % de charbon.
@EDF

D’un côté, une immense dune noire, vestige de l’ancien monde. De l’autre, un monticule de déchets de bois, symbole de l’avenir. Pour l’instant bien séparés, c’est ensemble que le charbon et la biomasse doivent permettre à EDF de repousser la date butoir de 2022 et ainsi offrir un répit supplémentaire à la centrale de Cordemais, dans l’estuaire de la Loire, à mi-chemin entre Saint-Nazaire et Nantes, dans l'ouest de la France.

Dechets bois ecocombust

Le nouveau combustible Écocombust est composé à deux tiers de déchets de bois B et à un tiers de résidus ligneux. @EDF

L’énergéticien planche depuis 2015 sur la mise au point d’un nouveau combustible baptisé Écocombust et fabriqué à partir de résidus ligneux et de déchets de bois B (bois d’ameublement et de construction peu traités). L’été dernier, la tranche 4 de la centrale, un bâtiment rectangulaire de tôle grisâtre, haut de 90 mètres, situé à quelques mètres de là, a fonctionné quatre heures durant avec 80 % de biomasse et 20 % de charbon. Avec cette nouvelle recette, EDF entend diviser par 25 ses émissions de gaz à effet de serre tout en continuant à assurer l’approvisionnement électrique de la région lors des pics hivernaux.

Plus de 90 % des besoins assurés

Dans l'air, il y a comme un parfum de café torréfié. 200 tonnes de déchets verts issus des tailles de haies, de l’élagage des arbres et des refus de compost sont stockés dans un petit hangar. Ils ont été livrés par la communauté de communes de Cordemais, partenaire du projet. Ils attendent d’être envoyés dans le densificateur, un prototype de 15 mètres de haut, qui va doper leur pouvoir calorifique pour égaler celui du charbon via un procédé d’explosion vapeur. Une tonne de biomasse peut ainsi être produite chaque heure. Puis celle-ci est séchée et compactée en petits pellets marron d’environ deux centimètres qui serviront à alimenter les deux chaudières. 

Pellets

La biomasse est transformée en pellets marrons qui seront brûlés dans la centrale. @EDF 

"Notre enjeu est de verrouiller un certain nombre de contrats pour sécuriser nos ressources dans un périmètre de 150 kilomètres autour de la centrale, explique Éric Bret, directeur de la division thermique. On ne veut pas avoir à traverser tout le pays pour se fournir. À ce jour, plus de 90 % de nos besoins sont déjà assurés. Et nous lancerons dès cet été les premiers essais avec des pellets issus de déchets de bois  B qui sont aujourd'hui enfouis et non valorisés. Un véritable gâchis !" 

Si EDF obtient le feu vert du gouvernement à l’automne prochain, les deux tranches en service de Cordemais fonctionneraient à partir de 2022, 800 heures maximum par an, contre 4 500 actuellement. Ce qui nécessiterait 660 000 tonnes de déchets de bois par an composés de deux tiers de bois B et d’un tiers de résidus ligneux. L'énergéticien avait d’abord envisagé de valoriser uniquement du ligneux local. Mais faute de quantité suffisante, il aurait dû en importer de l’étranger, ce qu’il veut éviter. 

Rentabiliser les récents investissements

Nous nous hissons désormais jusqu'à la salle de commandement flambant neuve. Au mur, les nombreux écrans ne montrent que des courbes plates : la centrale est actuellement à l’arrêt et ne redémarrera que sur demande de RTE en cas de pic de consommation. EDF a dépensé plusieurs centaines de millions d’euros lors de la dernière visite décennale pour moderniser ses tranches charbon. Le projet Écocombust est donc aussi une façon de rentabiliser son investissement en prolongeant de quatre ans la durée de vie de la centrale, jusqu’en 2026 ... juste avant la prochaine visite décennale qui devrait sceller sa fermeture définitive.

ECOCOMBUST Salle de commande

La salle de commandement a été entièrement modernisée il y a deux ans. @EDF

"Nous pourrions techniquement produire de l'électricité avec 100 % de biomasse, mais il faudrait des investissements supplémentaires. À 20 % de charbon, nous rentabilisons les techniques de traitement de fumée de charbon que nous venons d’installer, admet Lionel Olivier, directeur de Cordemais et du Havre. Après 2026, il est peu probable qu’on réinvestisse dans des travaux de rénovation."

À terme, l’énergéticien souhaite monter une nouvelle filière de revalorisation du bois de classe B (des bois peu traités) avec le combustible Écocombust qui pourra être utilisé dans les réseaux de chaleur ou exporté pour nourrir d’autres centrales dans le monde. À ce titre, EDF espère être subventionné, "sans quoi le modèle ne tient pas" prévient Éric Bret. Et d’ajouter que si le gouvernement venait à s’opposer à la prolongation de la centrale de Cordemais, le projet Écocombust serait arrêté tout net. La transition entre l’ancien et le nouveau monde est loin d’être gagnée.

Concepcion Alvarez, envoyée spéciale à Cordemais @conce1 


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