Publié le 12 août 2020

ÉNERGIE

La tension militaire monte entre la Turquie et la Grèce, autour de la recherche d’hydrocarbures en Méditerranée

La Turquie accélère ses campagnes de recherches d’hydrocarbures en Méditerranée orientale. Un bateau d’exploration sismique, escorté de cinq navires militaires, serait entré dans les eaux territoriales grecques selon Athènes. En réponse, le pays a déployé sa propre flotte. La Grèce demande l’intervention de l’Union européenne et de l’Otan. Mais ceux-ci se montrent très prudents.

Navire recherche turc grece
Le navire d'exploration sismique turc est escorté de cinq navires de guerre alors qu'il navigue dans les eaux grecques.
@MinistèredelaDéfenseTurc

L’escalade armée s’accélère en Méditerranée alors que la Turquie de Recep Tayyip Erdogan met au défi la solidarité Européenne. Au cœur du conflit, de grandes richesses en hydrocarbures sur lesquelles de nombreux pays voudraient faire main basse comme l’Égypte, Israël, la Grèce et la Turquie. Cela donne lieu à des discussions complexes sur la délimitation des eaux territoriales.

Lundi 10 août, Ankara a déployé un navire de recherche sismique dans une zone prometteuse, au large de la province turque d'Antalya, entre les îles de Crète et de Chypre. Il est escorté par cinq navires militaires turcs. En réponse, la Grèce a déployé ses propres bâtiments de guerre. Athènes dénonce une violation de ses frontières maritimes et a "déposé une demande pour un sommet d'urgence du Conseil des Affaires étrangères de l'Union européenne", a déclaré le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis.

De nouveaux permis turcs à venir

"Nous appelons la Turquie à quitter sans délai le plateau continental grec (...) nous n'allons pas accepter le fait accompli", a prévenu Nikos Dendias, ministre grec des Affaires étrangères. L’action d’Ankara intervient alors que Athènes et Le Caire ont signé un accord maritime. Il vise à délimiter les frontières maritimes entre la Grèce et l'Egypte. Il semble être une réponse directe à un accord similaire conclu en novembre entre la Turquie et le gouvernement officiel libyen.

Recep Erdogan enfonce le clou. "À partir de fin août, nous allons délivrer des permis pour mener de nouvelles recherches et des forages dans de nouvelles zones (...) dans la partie occidentale de notre plateau continental", a déclaré le chef de la diplomatie turque Mevlüt Cavusoglu, lors d'une conférence de presse à Ankara.

Test de la solidarité européenne

"La Grèce va défendre ses droits souverains (...) il n'y aura aucune tolérance à l'égard des tentatives turques", a déclaré de son côté le ministre grec Nikos Dendias aux médias. L’Otan, dont la Grèce et la Turquie sont membres, s’empare timidement du sujet : "Cette situation doit être réglée dans un esprit de solidarité entre alliés et en accord avec les lois internationales", assure le secrétaire général de l'Alliance atlantique Jens Stoltenberg.

Mais la Turquie lui adresse une fin de non-recevoir. Hulusi Akar, ministre turc de la Défense, tranche : "Aucun projet (d’hydrocarbures) qui n'implique pas la Turquie (...) en Méditerranée orientale n'a de chance de voir le jour". De son côté, l’Union européenne tergiverse :  "Je ne peux pas vous dire si une décision sera prise aujourd’hui. Mais, bien sûr, nous sommes d’accord sur le fait que la situation en Méditerranée orientale est extrêmement préoccupante et doit être réglée par le dialogue", se contente de répondre pour l’instant le porte-parole du chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell.

Ludovic Dupin avec AFP


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