Publié le 05 mai 2020

ÉNERGIE

En pleine tourmente due au Coronavirus, le pétrolier Total s’engage à devenir neutre en carbone en 2050

Après BP et Shell, c’est au tour de Total d’annoncer un engagement de neutralité carbone en 2050. Cela concernera ses propres activités, ainsi que l’utilisation des produits énergétiques par ses clients. L’entreprise s’est alignée sur la vision de ses actionnaires, persuadés que cette stratégie est une condition sine qua non de la pérennité du pétrolier, lourdement touché par la crise actuelle et la chute des cours du pétrole.

Patrick Pouyanné, PDG de Total, vise la neutralité carbone de son groupe en 2050.
@Novethic

Ce 5 mai, le pétrolier français Total a annoncé de mauvais résultats pour le premier trimestre 2020, à l’instar de l’ensemble du secteur. En raison de la baisse de la consommation et de la chute des cours du baril, ses bénéfices sont tombés à 34 millions de dollars, contre 3,1 milliards au premier trimestre 2019. En conséquence, le plan d’économie s’accentue, tandis que les investissements et le salaire du PDG Patrick Pouyanné sont revus à la baisse. C’est pourtant dans ce contexte difficile que l’entreprise a décidé de révéler un nouveau plan climatique inédit.

La major française annonce vouloir devenir neutre en carbone en 2050, "depuis sa production jusqu’à l’utilisation par ses clients de ses produits énergétiques vendus", explique l’entreprise. Dans le détail, Total annonce vouloir atteindre la neutralité carbone en 2050 dans le monde pour ses propres activités (Scope 1 et 2*). Et atteindre une neutralité carbone plus globale en 2050, incluant l’utilisation des produits énergétiques par ses clients (Scope 1, 2 et 3), mais seulement pour l'Europe. Enfin, une ambition de réduction d’au moins 60 % de l’intensité carbone de ses produits avec des étapes intermédiaires à 15 % en 2030 et 35% en 2040.

Engagement actionnarial

"Total s’engage à contribuer activement à relever le double défi consistant à fournir plus d’énergie avec moins d’émissions. Nous sommes déterminés à faire avancer la transition énergétique tout en créant de la valeur pour nos actionnaires", explique Patrick Pouyanné. Il faut dire que le géant de l’énergie était mis sous pression depuis quelques temps. D’une part, par la société civile, à travers des actions des manifestations climats. D’autre part, à travers ses actionnaires qui dialoguent depuis de longs mois avec la direction. En effet, ce plan climat a été conçu avec Climate Action 100 +, une coalition d’actionnaires créée en 2017 pour pousser les plus gros émetteurs de la planète à devenir plus sobre en carbone.

"Nous reconnaissons le rôle positif du dialogue avec nos actionnaires comme celui que nous venons d’avoir avec la coalition Climate 100+ au cours des derniers mois", écrit le dirigeant. Cet échange a été mené par BNP Paribas Asset Management et Federated Hermes. "Cet accord est à ce jour l'une des réalisations les plus importantes de l'industrie pétrolière et gazière (…) La façon dont les entreprises répondent au défi du changement climatique sera essentielle pour déterminer leur compétitivité à long terme. L’engagement de Total montre que la société comprend l’ampleur de ce défi", juge Helena Viñes Fiestas, Responsable de l’engagement actionnarial chez BNP Paribas Asset Management.

Une Assemblée générale sous pression climatique

Au-delà de Climate Action 100+, l’entreprise a été bousculée sur sa politique climat à quelques semaines de son Assemblée générale du 29 mai. Deux résolutions climatiques ont été déposées. La première, portée par onze investisseurs européens, dont Meeschaert, La Banque Postale AM, Ecofi, Crédit Mutuel AM, Sycomore, demande de réduire les émissions de l’entreprise dans le cadre de l’Accord de Paris. La résolution a été froidement accueillie par Total qui a préféré en rédiger une autre, issue de son dialogue avec la société de gestion Phitrust. Elle impose au conseil d’administration d’être garant des engagements environnementaux du groupe.

Total avait d’autant moins le choix de répondre aux demandes actionnariales que deux de ses prestigieux concurrents ont pris de l’avance. En mars, Bernard Looney, tout juste nommé directeur général de BP, a annoncé viser la neutralité carbone en 2050, à travers 10 objectifs chiffrés. Un mois plus tard, c’est Shell s’engageait sur le même objectif. Des acteurs plus modestes comme Equinor ou Respsol ont pris la même voie. Total, qui avait pourtant engagé précocement le virage des énergies renouvelables, ne pouvait plus attendre sous peine de prendre un retard irrattrapable et injustifiable.

Ludovic Dupin @LudovicDupin

*Le scope 1 correspond aux émissions directes résultant de la combustion d’énergies fossiles. Le scope 2 est relatif aux émissions indirectes liées à la consommation de l'électricité, de la chaleur ou de la vapeur nécessaire à la fabrication du produit. Le scope 3 correspond aux autres émissions indirectes, telles que l'extraction de matériaux achetés par l'entreprise, ou l’utilisation des produits par les clients.


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