Publié le 29 mars 2017

ÉNERGIE

Donald Trump peut-il relancer le charbon par décret ?

Le président américain a signé mardi un décret qui vise à supprimer l’essentiel de la réglementation pour lutter contre le changement climatique aux Etats-Unis. En contre-partie, il a promis de "ramener [les] emplois" dans les mines de charbon. Un vœu politique pieux, estiment les économistes tant ce secteur est économiquement aujourd'hui à bout de souffle, aux Etats-Unis, comme dans le reste du monde.

Ancienne centrale charbon Helper Utah AFP
L’ancienne centrale à charbon de Pacificorp à Helper, dans l’Utah, a été fermée en 2016. Sa mise en conformité avec les règles de l'Environmental Protection Agency aurait coûté trop cher.
George Frey / Getty Images / AFP

Entouré d'une douzaine de mineurs, Donald Trump a signé mardi 28 mars son "décret sur l'indépendance énergétique". Un recul majeur pour la politique environnementale établie par Barack Obama. Ce texte doit supprimer à terme l’essentiel de la réglementation pour lutter contre le changement climatique. Pour justifier cette politique, le président a rappelé sa promesse de campagne : en finir avec "la guerre contre le charbon" et "remettre au travail" les mineurs. Sans pour autant donner d’objectifs chiffrés.

Selon la National Mining Association, qui représente les intérêts du secteur, cette dérégulation peut "sauver" 27 700 emplois qualifiés dans les mines et 99 849 emplois dans toute la filière. "Cela va être vraiment très dur de créer de nouveaux emplois. Malheureusement, le président ne peut pas renverser le destin d'une industrie toute entière d'un simple trait de plume", réplique de son côté, comme la plupart de ses confrères, l'économiste Robert Godby, directeur du centre d'étude Economie de l'énergie et politiques publiques, à l'université du Wyoming.

 

La production de charbon dégringole depuis une décennie

 

La production de charbon aux Etats-Unis est sur une tendance baissière depuis 2008, soit presque une décennie. Selon le ministère de l'Energie la chute enregistrée au premier trimestre 2016 peut se comparer aux niveaux atteints en 1981, lors d'une grande grève.

En terme d'emplois, le secteur est totalement dépassé par les énergies renouvelable. Déjà en 2015 (les derniers chiffres du bureau des statistiques de l'emploi), le solaire générait quatre fois plus d'emplois que celui du charbon. Pour l'American Coal Council, qui représente les charbonniers, le secteur "a été dévasté (…) par l'impact croissant des normes visant directement [cette] industrie".

"Revenir sur cette réglementation aura peut-être un petit impact sur la production de charbon. Mais le secteur souffre surtout de la concurrence" des autres énergies, rectifie encore Jan Mares, qui a travaillé avec plusieurs administrations républicaines avant de rejoindre le think-tank Resources for the future.

 

Un problème de demande, pas d'offre

 

A commencer par le gaz naturel : depuis janvier 2014, ses prix ont été divisés par quatre, grâce aux avancées techniques autour de la fracturation hydraulique et des forages horizontaux. En dérégulant aussi la production gazière, Donald Trump va d'ailleurs sans doute renforcer encore son avantage compétitif. Dans une moindre mesure, le charbon souffre aussi de la concurrence des énergies renouvelables, dopées par les aides publiques et désormais moins coûteuses pour la production d'énergie.

Pour redynamiser le charbon à long terme, Donald Trump mise sur une mesure en particulier : les géants du secteur vont pouvoir de nouveau demander des permis d'exploitation sur des terres fédérales alors qu'un moratoire avait été mis en place par l'administration Obama. "Mais cela ne va pas faire beaucoup de différence parce qu'il y a très peu de demandes ! Ces permis coûtent des millions de dollars. Or certains charbonniers sortent tout juste de la faillite, ils n'ont pas les moyens de tels investissements", prévient l'économiste Robert Godby.

 

 

Ces mines qui n'emploient plus de mineurs

 

Les promesses de Donald Trump se heurtent à une autre réalité du marché : à court terme, si la demande en charbon retrouve quelques couleurs, ce sera dans des Etats comme le Wyoming où l'exploitation affiche les coûts les plus bas, parce qu'elle est déjà la plus automatisée. Mais pour la même raison, les créations d'emplois seront donc très limitées.

Au sein même du secteur, des voix commencent à relativiser l'enthousiasme de Donald Trump . "La concurrence va continuer entre le charbon, le gaz et les énergies renouvelables", a reconnu Betsy Monseu, la PDG du American Coal Council. Robert Murray, le fondateur de la plus grande société minière privée de charbon, a lui salué la dérégulation promise par Donald Trump dans les colonnes du Guardian tout en "tempérant"  les annonces en matière d'emplois.

 

Le charbon en difficulté partout dans le monde

 

"Je voudrais bien savoir quel est l’investisseur qui va mettre de l’argent pour en produire ou construire des centrales, a ainsi lancé cette semaine Patrick Pouyanné le PDG de Total, au Monde. M. Trump en a pour quatre ou huit ans. Les centrales et les mines, elles, seront là pour 25 à 30 ans. Le président américain est dans le symbole politique. Il n’y aura pas de relance du charbon aux Etats-Unis."

Car les difficultés du charbon ne se cantonnent pas à l'Amérique, elles sont mondiales. Un seul exemple : la Chine prévoit de supprimer 500 000 emplois dans le charbon et l'acier cette année en raison d'une demande trop faible. "Dans le Wyoming, on se rassure simplement en continuant à faire cette blague : 'quand le dernier wagonnet de charbon partira, il partira sans doute d'ici", raconte Robert Godby. Tout en sachant que les années sont désormais comptées.

Fannie Rascle, à Washington
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