Publié le 28 juillet 2017

ÉNERGIE

[Décryptage] La fin du pétrole serait bien plus proche qu’attendu

Dès 2025 la demande de pétrole pourrait commencer inexorablement à baisser, du moins selon les plus optimistes. Pour les plus pessimistes, il faudra attendre 2040. Une échéance peu lointaine portée par le passage rapide des véhicules thermiques aux modèles hybrides et électriques… Comme un symbole, le PDG de Shell vient d’annoncer que sa prochaine voiture ne serait ni à essence, ni diesel.

Derrick Petrole Patrick Moore

Patrick Moore

En 2005, dans The Economist, Sheikh Zaki Yamani, alors ministre saoudien du pétrole, l’assurait : "L’Âge de Pierre ne s’est par terminé faute de pierres, et l’Âge du pétrole se terminera bien avant que le monde ne manque de pétrole". Une assertion forte venant d’un gouvernement assis sur les plus larges et les plus rentables réserves d’or noir de la planète. 12 ans plus tard, cette prédiction n’a jamais semblé aussi vraie.

Comme l’indique le centre de recherche de Novethic, le monde se dirige "Vers une acceptation du Peak Oil Demand." Jusqu’aux années 2000, le monde pétrolier attendait un "Peak Oil", un pic théorique de production pétrolière à partir duquel la ressource en énergie fossile se raréfiera. Une idée battue en brèche par la découverte sans cesse de nouvelles réserves. En revanche, émerge l’idée que la demande pétrole ne va pas éternellement croître. Elle devrait atteindre un pic avant de régresser, quand bien même les ressources seront abondantes et accessibles, c’est le "Peak Oil Demand".

Shell voit un pic en 2025

La question est de savoir quand celui-ci surviendra. En 2016, le monde consommait en moyenne 96 millions de barils par jour et une croissance de plus d’un million de barils est anticipée pour les années à venir. Selon une étude du Boston Consulting Group, l’inflexion n’est pas si lointaine. La demande mondiale pourrait "atteindre son pic entre 2025 et 2030, plus tôt que ce que la plupart des prévisionnistes prévoient actuellement", assurent les auteurs. Dans des scénarios favorables au pétrole, avec un coût du baril modéré et une croissance du PIB mondial supérieure à 3 %, le "Peak Oil Demand" se situerait entre 2025 et 2030.

Une échéance proche, plutôt en ligne avec les prévisions de certains pétroliers. Shell annonce un pic de la demande pétrolière entre 2025 et 2030, le Norvégien Statoil pour 2030, BP ou Total parlent de 2040. D’autres comme Chevron ou Exxon se refusent encore à prédire de tels événements… même si, à n’en pas douter, ces géants ont aussi des dates en tête. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) vise un pic pour 2040.

Un patron pétrolier en voiture électrique

Le "Game Changer" est bien sûr la voiture électrique. Il y a peu, certains pétroliers en minimisaient l’impact. "Nos prévisions montrent que la pénétration des véhicules électriques sera limitée dans les 20 prochaines années", assurait en février 2016 Spencer Dale, chef économique de BP. Que de chemin parcouru depuis. Une évidence en écoutant l’interview Ben Van Beurden, PDG de Royal Dutch Shell, pour Bloomberg. Comme un symbole, celui-ci y assure qu’il va abandonner son véhicule thermique traditionnel. Dans la foulée, un porte-parole du pétrolier confirme que la prochaine voiture de fonction du grand patron sera, dès septembre, un modèle hybride Mercedes-Benz S500e.

"Tout le mouvement pour électrifier l'économie et la mobilité dans le nord-ouest de l'Europe, aux États-Unis, même en Chine, est une bonne chose. Nous devons être à un degré beaucoup plus élevé de pénétration de véhicules électriques - ou des véhicules à hydrogène - si nous voulons rester dans le résultat de 2°C", assure Ben Van Beurden. L’homme fait, entre autres, allusion aux annonces récentes de la France et du Royaume-Uni d’interdire la vente de véhicules thermiques d’ici 2040. Une décision déjà programmée par l’Allemagne à horizon 2030 et par la Norvège pour 2025.

De nouvelles ressources sous pression

Les véhicules électriques concentreront 90 % du marché automobile en 2040 dans les pays développés, assurent les auteurs de l’étude de Boston Consulting. Ils assurent que ce type de propulsion ne restera que peu de temps une part minoritaire du marché. En 2016, il y avait 2 millions de véhicules électriques ou hybrides en circulation dans le monde… sur un total d’un milliard.

Cette mutation, que nous vivons en direct et à marche forcée, ne sera pas pour autant "la fin de l’histoire". Le développement des véhicules électriques, et des greentechs en général, participe à lever la pression sur le climat et sur les ressources fossiles. Mais d’autres ressources vont être mises sous tension, en particulier les métaux, selon une étude de la banque mondiale. Les besoins en acier, aluminium, argent, cuivre, plomb, lithium, manganèse, nickel, zinc, indium, molybdène et néodyme vont exploser pour construire batteries et autres panneaux photovoltaïques. Cela fera autant de mines à ouvrir pour répondre à cette demande.

Ludovic Dupin, @LudovicDupin


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