Publié le 03 novembre 2017

ÉNERGIE

[Décryptage] COP23 : Raffinage, climat et sécurité… La quadrature du cercle pour l'Europe

Le respect d’un scénario 2°C voulu par l’Accord de Paris va avoir un impact majeur sur l’outil de raffinage mondial. Environ 25 % des raffineries deviendront non viables en raison de la nécessaire baisse de consommation de pétrole en 2035. Et à ce jeu, c’est l’Europe qui va perdre le plus, au point de mettre en péril sa sécurité d’approvisionnement en produits raffinés.

Raffinerie
25 % des raffineries vont fermer d'ici 2035, si le monde s'aligne sur un objectif 2°C.

Lorsque l’on parle de lutte contre le réchauffement climatique et de réduction des émissions de gaz à effet de serre, on pointe généralement du doigt le secteur amont (exploitation des énergies fossiles) et l’aval (utilisation des produits transformés pour le transport et l’industrie). Mais il y a une étape intermédiaire : le raffinage. Or celui-ci va payer un lourd tribut pour conserver une planète habitable.

Selon une étude de Carbon Tracker, "un quart de la capacité mondiale de raffinage pourrait devenir non viable et fermer d'ici 2035, car une vague de réglementations climatiques et les progrès rapides des technologies propres réduisent la demande de pétrole", écrivent les auteurs. Au rang de ces principaux progrès technologiques, on trouve la croissance des motorisations alternatives, électriques en particulier, au détriment des moteurs thermiques pour l’automobile et l’aéronautique.

Pour aboutir à ce chiffre, Carbon Tracker se base sur le "scénario 450" de l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE), qui "voit la demande de pétrole culminer en 2020 puis diminuer de 23 % au cours des 15 prochaines années", rappellent les auteurs, dont l’étude a porté sur 492 raffineries représentant 94 % de la capacité mondiale.

130 raffineries à fermer

Cela signifie que les bénéfices de l’industrie du raffinage, 147 milliards de dollars en 2015, pourraient diminuer de 50 % en 20 ans. Quelles seront les 130 raffineries à fermer en deux décennies ? "La modélisation du scénario 2˚C a révélé que Total et Eni sont les plus exposés, risquant une chute de 70 % à 80 % des bénéfices de leurs raffineries d'ici 2035 (…) Shell et Chevron risquent une chute de 60 % à 70 % et ExxonMobil et BP une chute de 40 % à 50 %", calcule le think tank concernant les majors.

D'un point de vue géographique, c'est l'industrie européenne, déjà en crise, qui va souffrir le plus. La mise en service de nouvelles méga-raffineries en Arabie Saoudite, en Asie et dans le sud des États-Unis a entraîné des surcapacités mondiales, de l’ordre de 15 %. En conséquence, les marges des outils vieillissants européens ont chuté. La France par exemple ne compte plus que 8 raffineries contre 12 en 2008 et 20 en 1980. Des fermetures qui ont un impact social important.

Au niveau européen, 12 des 79 raffineries sont menacées de fermeture. En 2015, l’Union française des industries pétrolières (Ufip) estimait déjà que 25 à 30 % des capacités de raffinages du Vieux Continent devront fermer à l’horizon 2035-2040. "Les différences dans les tendances de demande régionale peuvent signifier que de nouvelles capacités sont nécessaires dans des zones telles que le Moyen-Orient et l'Asie (...) En conséquence, les régions matures, principalement l'OCDE, auront probablement besoin de réductions plus importantes que la tendance mondiale", confirme le rapport.

Un outil stratégique

Reste que cela pose la question de la sécurité d’approvisionnement. L’Union européenne comme la France estiment que les raffineries sont un outil stratégique. Si le Vieux Continent peut sécuriser son approvisionnement en brut facilement, elle refuse de dépendre d’installations de raffinage situées hors de son territoire, que ce soit au Moyen-Orient ou chez le voisin russe.

Respecter l’objectif de 2°C va forcer le secteur du raffinage européen à une cure d’amaigrissement massive, bien plus importante que n’importe où ailleurs dans le monde. Dans le même temps, garantir la sécurité d’approvisionnement des Européens va demander de maintenir en place des installations non rentables. C’est un choix de politiques énergétiques majeur pour les 27.

Ludovic Dupin, @LudovicDupin


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