À la COP28, les négociations se poursuivent pour adopter une sortie ou une réduction des énergies fossiles. Les Émirats arabes unis, hôtes de la COP28, et les pays pétroliers défendent une version qui mise sur le captage et stockage de CO2 (CCS). Une technologie qui permet de capter le CO2 émis par une centrale à charbon ou une usine. Promise depuis quarante ans, elle peine toutefois à faire ses preuves. Qui plus est, elle s'avérerait bien plus coûteuse qu'un scénario basé sur les énergies renouvelables.

C’est le sujet au cœur de la COP28 : la sortie ou la réduction des énergies fossiles. La dernière version du projet de texte sur le Bilan de l’action climatique (Global stocktake), qui va servir de boussole à l’issue de la COP28, contient aujourd’hui trois options différentes, de la plus ambitieuse à la moins ambitieuse. La première propose "une élimination progressive et planifiée des combustibles fossiles" ; la deuxième indique qu’il faut "accélérer les efforts visant à éliminer progressivement les combustibles fossiles ‘unabated’ (c’est-à-dire non associés à des systèmes de captage du CO2, ndr)" ; et la troisième est plus radicale : "pas de texte". Elle est notamment défendue par la Chine, l’Inde et l’Arabie saoudite.
De nombreux pays, dont les Émirats arabes unis, hôtes de la COP28, poussent pour que ce soit la deuxième option qui soit retenue. Ils défendent pour cela le CCS (captage et stockage de CO2), une technologie qui permet en théorie de ne pas émettre de CO2 puisque celui-ci est capté en sortie d’une centrale à charbon ou à gaz ou encore d’une usine. Si le terme "unabated" a été utilisé pour la première fois dans la déclaration finale du G7 de 2021, la technologie CCS qui lui est associée existe depuis une quarantaine d’années. Et à en croire de nombreuses études publiées pendant la COP28, elle peine toujours à faire ses preuves.

Une efficacité modérée et des coûts élevés


On compte une quarantaine d’installations en activité dans le monde avec des taux de capture variant de 10 à 65%, selon Oil change international. "Bon nombre des plus grands projets au monde fonctionnent bien en deçà de leur capacité déclarée. Ils sont conçus uniquement pour capter une fraction des émissions de l’usine qu’ils desservent", estime l’organisation. Elle pointe ainsi le cas d’Adnoc, la compagnie pétrolière nationale émiratie, dont le PDG, Sultan Al Jaber, est le président de la COP28. "Censé capter les émissions d’une aciérie, il n’est conçu que pour capter environ 17% des émissions maximales en CO2 de l’usine", explique Oil change international.
Le coût très élevé du CCS est un autre frein. Les gouvernements ont déjà dépensé plus de 20 milliards de dollars et prévoient jusqu’à 200 milliards de dollars supplémentaires d’argent public pour le captage et le stockage du carbone, note l’organisation. Dans un autre rapport, publié par l’université d’Oxford lundi 4 décembre, des chercheurs estiment quant à eux que s’orienter vers un scénario haut de CCS (qui permettrait de capter environ la moitié des émissions actuelles) coûterait au moins 30 000 milliards de dollars de plus qu’un scénario basé sur les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et l’électrification d’ici 2050.
"Ce serait extrêmement préjudiciable sur le plan économique", déclare le Dr Rupert Way, associé de recherche honoraire à la Oxford Smith School. Cette nouvelle analyse suggère ainsi que le déploiement du CCS ne devrait être réservé qu’aux secteurs difficiles à décarboner comme la production d’acier ou de ciment, position défendue par exemple par l’Union européenne. "En effet, les énergies renouvelables sont déjà moins chères que les combustibles fossiles dans de nombreuses applications" tandis que "le coût de l’énergie fossile avec du CCS au cours des 40 dernières années n’apporte aucune preuve d’une baisse", note l’étude.

"Bouée de sauvetage des énergies fossiles"


Les données de Oil change international montrent aussi que 79% de la capacité opérationnelle mondiale de CCS sert à produire plus de pétrole. Le CO2 capté est en effet injecté dans les puits de pétrole. Un système qui permet d’aller récupérer les dernières gouttes d’or noir. Ce qui fait dire à Oil change international que le CCS est avant tout "une bouée de sauvetage pour les combustibles fossiles, mais pas pour l’action climatique". En septembre dernier, l’Agence internationale de l’énergie concluait elle aussi sur le fait que "l’histoire du CCS a été en grande partie marquée par des sous-performances et des attentes non satisfaites".
Selon une étude d’InfluenceMap, publiée le 1er décembre, plus de 80% de toutes les preuves d’engagement des pétroliers en faveur du CSS ne sont pas alignées sur les orientations du Giec et servent à bloquer la sortie des énergies fossiles. Si le terme "unabated" était finalement retenu dans la décision finale de la COP28, les pays devront s’accorder sur une définition scientifique rigoureuse du terme, qui fixe des taux de capture du carbone d’au moins 90 à 95% et qui prenne en compte les émissions en amont (extraction et production d’énergies fossiles). À défaut, "tout accord visant à éliminer les énergies fossiles n’a sans doute aucun sens car chaque pays pourrait imposer sa propre interprétation", prévient Zero carbon analytics dans une note sur le sujet. 
Concepcion Alvarez

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