Publié le 10 septembre 2015

ÉNERGIE

Charbon : Avant la COP 21, Le gouvernement met un terme immédiat aux crédits à l’export

Alors que François Hollande lançait ce matin le coup d’envoi de la mobilisation pour la conférence climatique (COP 21), son Premier ministre a confirmé la suppression immédiate des soutiens à l’export pour les centrales à charbon ne disposant pas de système de capture et stockage de CO2. Une promesse formulée par le chef de l’État en novembre dernier mais qui restait à concrétiser. Le gouvernement a également souhaité mobiliser l’ensemble de la société civile, à trois mois de la conférence. Dernière ligne droite avant la COP 21.

Manuel Vall lors de la présentation de l équipe France le 10 septembre 2015 à l Elysée PATRICK KOVARIK AFP
Le Premier ministre, Manuel Valls, a annoncé l'arrêt des crédits à l'export sur le charbon lors de son discours à la matinée de présentation de l'équipe France de la COP21
PATRICK KOVARIK / AFP

81 jours avant le début de ce grand sommet climatique mondial qui aura lieu à Paris, le gouvernement a organisé un grand raout à l’Élysée pour montrer la mobilisation - qu’il a voulu la plus large possible - de la société française et présenter "l’équipe France du climat", l’équipe chargée de l’organisation de l’événement.

L’occasion de réaffirmer "l’exemplarité" de la France, pays hôte, en matière de lutte contre le changement climatique. Une tâche dont s’est acquittée Ségolène Royal. La ministre de l’Environnement a une nouvelle fois vanté le caractère unique de la loi de transition énergétique, adoptée définitivement cet été devant le Parlement : "la France est le premier pays à avoir transposé dans la loi sa contribution de réduction de gaz à effet de serre [INDC, NDLR]" a-t-elle notamment souligné. Un optimisme loin d’être partagé par les associations environnementales, qui appellent le gouvernement à faire bien davantage en la matière.

 

La fin des crédits à l’export pour le charbon enfin actée

 

L’annonce faite ce matin par Manuel Valls est néanmoins de nature à les rasséréner. Le Premier ministre a enfin rendu concrète l’annonce présidentielle formulée il y a près d’un an, à l’occasion de la conférence environnementale, sur la fin des crédits à l’export pour le charbon. Après neuf mois de tergiversation, la ministre de l’Environnement, Ségolène Royal, puis le Premier ministre, Manuel Valls, ont confirmé la mise en place "immédiate" de cette mesure.

Les crédits à l’export, gérés par la Coface, offrent des garanties aux entreprises françaises qui exportent leurs technologies dans les pays du Sud, en leur permettant d’être plus compétitives. Pour le charbon, Alstom est l’unique bénéficiaire de ces aides. Pour sauver son marché, le groupe français n’avait pas hésité à mettre dans la balance les 1 000 salariés employés dans le secteur. Un argument qui a touché Bercy.

Mais qui n’a finalement pas porté : lors d’une nouvelle réunion organisée le 30 juillet dernier avec tous les acteurs concernés, Ségolène Royal a réaffirmé sa volonté de voir les aides au charbon supprimées de façon immédiate. "La ministre a tenu sur ce dossier malgré un conflit au sein du gouvernement", salue Lucie Pinson, des Amis de la Terre. "C’est une très bonne nouvelle et c’est la position la plus ambitieuse au niveau international. Mais nous attendons tout de même d’avoir le texte noir sur blanc pour connaître toutes les modalités d’application."

Selon les termes employés par Manuel Valls, il s’agit bien de "supprimer immédiatement les crédits exports pour tous les nouveaux projets de centrale à charbon qui ne sont pas dotés d'un dispositif de capture et stockage de CO2 (CCS)". Or, cette technique n’est pas encore aboutie. "On peut donc estimer qu’aucune nouvelle centrale à charbon ne sera financée", conclut Lucie Pinson, qui espère que "le gouvernement n’osera pas, une nouvelle fois, faire marche arrière".

Quant à Alstom, il continuera de percevoir des aides mais elles seront destinées à investir dans les énergies renouvelables, a précisé Ségolène Royal, interviewée par France Info ce matin. "Au final nos industriels seront gagnants car il y aura pour eux plus d’emplois et de projets à venir dans les renouvelables", estime Matthieu Orphelin, porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot.

 

Une démonstration de la mobilisation française sur le climat

 

Outre cette annonce très attendue, la matinée a également été l’occasion de faire un point d’étape sur l’organisation de la COP. "Nous sommes prêts", a ainsi assuré le secrétaire général de la COP 21, Pierre-Henri Guignard. Il reste cependant quelques inconnues, concernant notamment le financement. L’événement qui accueillera 40 000 personnes à la fin de l’année a été estimé à 170 millions d’euros. Un budget que le ministre des Affaires étrangères avait voulu faire supporter à hauteur de 20 % par des entreprises mécènes. Celles-ci sont aujourd’hui 50 à soutenir l’événement par le biais de financements directs, de dons de produits ou de services. Mais à ce stade, seul 10 % du budget est effectivement pris en charge par le secteur privé.

Au total, 400 invités, élus, chefs d’entreprises, ONG, artistes, blogueurs et citoyens sont venus présenter leurs engagements et leurs initiatives pour lutter contre le changement climatique et susciter une prise de conscience collective. Antoine Frérot, le PDG de Véolia, a réaffirmé son engagement à réduire de moitié les émissions de gaz à effet de serre dans l’ensemble de ses 10 000 usines implantées à travers le monde, d’ici 2020. De son côté, Anne Hidalgo, la maire de Paris, a rappelé qu’elle rassemblerait 1 000 maires engagés dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Le volontarisme, perceptible dans la salle bondée de l’Élysée aura été sobrement résumé par le chef de l’État : ce rendez-vous est "le plus essentiel que le monde s’est donné à lui-même". Ségolène Royal s’est quant à elle publiquement interrogée : "l’Homme pourra-t-il s’adapter à lui-même ?" Éléments de réponse le 11 décembre, au soir de la COP 21.

 

Antonin Amado et Concepcion Alvarez
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