Publié le 10 novembre 2017

ÉNERGIE

Nicolas Hulot et le nucléaire : renoncement ou mise en route de l’objectif 50 %

Les anti-nucléaires accusent Nicolas Hulot d’avoir renoncé à la baisse de la part du nucléaire de 75 à 50 % en 2025 en repoussant cet objectif de 5 à 10 ans. Les pro-nucléaires le félicitent d’avoir pris une décision "raisonnable" et "pragmatique". Quant à lui,  il considère que ce nouveau calendrier rend cette ambition atteignable alors que jusqu’ici rien n’avait été fait pour y parvenir.

La centrale de Fessenheim est pour l'instant la seule dont la fermeture est programmée.

Mardi 7 novembre, en annonçant le report de l’objectif d’abaissement de la part du nucléaire de 75 à 50 % dans le mix électrique français, le ministre de la Transition énergétique et solidaire Nicolas Hulot a déclenché l’ire des anti-nucléaires. Alors que la loi de transition énergétique envisageait ce rééquilibrage nécessaire pour 2025, le ministre considère qu’il serait plutôt atteignable en 2030, voire 2035.

Le député EELV Yannick Jadot dénonce "un énorme renoncement de la France" et accuse l’ancien animateur de se soumettre au lobby nucléaire. Le député socialiste Luc Carvounas appuie : "Nicolas Hulot, qui est la caution environnementale du Président Macron et qui cède au lobbying, c'est inacceptable et je le dénonce". Greenpeace France parle d’une "collusion entre l’État et les entreprises". Le réseau Sortir du nucléaire reproche au ministre "une instrumentalisation fallacieuse de la cause climatique".

Nucléaire ou charbon

Car le climat est l’un des arguments mis en avant par Nicolas Hulot : "Le gouvernement a réaffirmé très clairement son souhait d'atteindre au plus vite l'objectif de 50 % de la part du nucléaire mais évidemment sans sacrifier ou rogner nos objectifs sur le changement climatique". Or il ajoute : "Il sera difficile de tenir ce calendrier de 2025 sauf à relancer la production d'électricité à base d'énergies fossiles".

Pour étayer cet argument, il peut s’appuyer sur deux rapports. Le premier, publié le 7 novembre, provient de RTE, le gestionnaire du réseau électrique, filiale d’EDF. Selon celui-ci, l’objectif de réduction à 50 % de la part du nucléaire d’ici 2025 multiplierait pas deux les émissions de CO2 du pays. "Il n’est pas possible de combiner la fermeture des centrales à charbon avec l’arrêt des réacteurs nucléaires" pour répondre à la consommation électrique des Français, explique Olivier Grabette, directeur général adjoint de RTE. 

Le second rapport est issu de Capgemini. Dans son observatoire annuel de l’énergie, publié le 9 novembre, il est indiqué que l'essor des énergies renouvelables est devenu "inéluctable" en raison de leur compétitivité économique, mais le nucléaire reste pour l'instant un complément indispensable. Réagissant sur l’objectif 50 %, l’auteure du rapport, Colette Lewiner, estime que "Fermer un nombre aussi important de centrales tout en gardant le niveau actuellement faiblement carboné de l'économie française représente un énorme défi".

Une proximité paralysante

L’autre argument du ministre pour repousser l’ajustement du mix électrique est que la date de 2025, imminente, paralyse toute action. "C’est quand même curieux que l’inquiétude surgisse au moment où moi je m’intéresse à la faisabilité de cet objectif", explique-t-il. Jusqu’alors rien n’avait été fait pour atteindre cet objectif qui remonte déjà à l’élection de François Hollande en 2012 et repris tel quel par Emmanuel Macron en 2017. Pas même un calendrier prévisionnel n’a été publié.

La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), censée être la mise en application des objectifs de la loi de transition énergétique de 2015, a bien donné des chiffres précis sur la croissance des énergies renouvelables. En revanche, elle est floue sur le nucléaire en expliquant que sa diminution dépendra de l’évolution de la consommation électrique du pays.

La seule décision prise a été d’acter la fermeture des deux tranches de Fessenheim (Haut-Rhin) début 2019… mais dont la puissance sera immédiatement remplacée par celle de l’EPR en construction à Flamanville (Manche). La raison de cet immobilisme est selon le ministre dû au fait que la France procrastine à décider quels sont les réacteurs. Et elle le fait car tout le monde sait que l’échéance de 2025 est intenable, assure-t-il.

Ségolène Royal critique

"La seule chose qui change c’est que le débat, la réflexion, la programmation, la planification, sont engagés. Parce que jusqu’à présent on a posé des objectifs mais on ne s’est  pas trop soucié de savoir s’ils étaient réalisables", explique-t-il. Une déclaration qui semble pointer du doigt l’ancienne ministre de l’Environnement Ségolène Royal à l’origine de la loi de 2015.

Elle réplique sur Twitter : "La loi de Transition énergétique ne dit pas 2025 mais "à l'horizon 2025". Ne décourageons pas les innovations dans les énergies propres et les économies d'énergie en remettant en cause sans débat des repères pour réussir le nouveau modèle énergétique".

 

Sur RMV/BFMTV, le ministre réplique : "C'est important de se fixer des objectifs ambitieux, mais ce qui est plus important, si on ne veut pas perdre de la crédibilité [...], c'est de regarder la faisabilité, de planifier les choses et pas seulement de se fixer des totems dont on fait semblant de découvrir un beau matin [...] qu'ils ne sont pas atteignables".

Ludovic Dupin, @LudovicDupin


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