Publié le 19 avril 2017

ÉNERGIE

Le Brexit fait vaciller l’Europe du nucléaire

Novethic poursuit sa série sur le Brexit. Après l’automobile et l’agriculture, focus sur le nucléaire. Le Brexit implique le Brexatom, c’est-à-dire la sortie d’Euratom, l’un des traités fondateurs de l’Union européenne. Une sortie qui appelle à repenser l’équilibre des forces sur le continent. Sans compter la probable complexification des projets d’EDF au Royaume-Uni et des vastes programmes de recherche sur la fusion.

Hinkley Point B reactors by Mark Robinson CC by 2 0 jpg
Hinkley Point
By Mark Robinson

S’il y a un pays en Europe dont l’histoire est encore plus liée à l’atome que la France, c’est bien le Royaume-Uni. La centrale de Calder Hall, dans le nord-ouest de l’Angleterre, a été la première au monde à produire massivement de l’électricité, dès 1956 et pendant 47 ans ! Aujourd’hui, le pays compte encore 15 réacteurs en activité et lance le renouvellement de son parc.

Or, en activant l’article 50 sur la sortie de l’Union européenne en mars dernier, la Première ministre Theresa May a initié aussi la sortie d’Euratom. Signé à Rome le 25 mars 1957 par les six pays fondateurs de l’Union européenne, ce traité a pour but de mettre en commun les efforts européens de recherche pour créer une industrie européenne nucléaire forte à même de favoriser l’indépendance énergétique de l’Union.

 

Brexit et Brexatom

 

Mais les objectifs n’ont pas été atteints, tant les pays ne se sont jamais réellement alignés. Et si Euratom a survécu, c’est grâce à l’allant sans faille de la France. Mais avec le départ du Royaume-Uni, Paris perd un puissant allié, en particulier face à Berlin. Depuis que la chancelière Angela Merkel a annoncé la sortie du nucléaire, l’Allemagne œuvre pour que tous les fonds d’Euratom soient orientés vers des programmes de démantèlement plutôt que dans des initiatives de recherche sur la fission nucléaire, comme le souhaite la France.

Dans un livre blanc paru à l’occasion de la campagne présidentielle en France, la Société française d’énergie nucléaire (SFEN) appelle d’ailleurs le prochain locataire de l’Elysée à rééquilibrer le traité Euratom : "il faut négocier avec les Etats membres qui ne souhaitent pas recourir au nucléaire dans leur futur mix énergétique, dont l’Allemagne, des pratiques de gouvernance d’Euratom, qui permettent de prévenir le blocage des initiatives des pays favorables au nucléaire".

Pour Paul Dorfman, professeur à l’Energy Institute de l’University College of London, "quitter Euratom est une situation perdant-perdant pour tout le monde. Pour les pro-nucléaires, l’industrie va devenir moins compétitive. Pour les opposants, c’est une perte en matière de sûreté". En effet, l’Agence Internationale de l’Energie atomique (AIEA) a confié à Euratom une partie de ses missions de contrôles de la sûreté et de lutte contre la prolifération nucléaire. Or, les laboratoires britanniques assurent une partie de ces contrôles. Il va donc falloir repenser toute une part de la sûreté en Europe.

 

La renaissance du nucléaire mise en cause

 

Le Brexatom touche de plein fouet l’industrie française. Le Royaume-Uni est l’un des rares pays occidentaux à s’engager dans un programme de construction de nouveaux réacteurs nucléaires. Fin 2016, EDF était parvenu, non sans mal, à finaliser le contrat pour la construction de deux réacteurs EPR à Hinkley Point en Angleterre, un projet à 21 milliards d’euros qui doit débuter en 2019. Avant l’activation de l’article 50, EDF assurait que le Brexit ne mettrait pas en cause ce projet. Mais depuis le discours s’est un peu nuancé.


Dans une interview aux Echos, Jean-Bernard Lévy, PDG d’EDF, explique : "L'impact semble neutre pour nous. D'un côté, la dévaluation de la livre britannique renchérit le coût des importations, mais cela fait aussi monter l'inflation, sur laquelle nos recettes sont indexées". Outre-Manche, la filiale britannique de l’électricien met en garde sur le fait que le Brexit risque de compliquer l’importation de biens et de travailleurs spécialisés depuis l’Europe et le reste du monde. Cela va accroître le coût des équipements et du travail, préviennent des analystes. Londres fera toutefois ce qu’il faut pour laisser les coudées franches à cette centrale qui doit, à terme, fournir 7 % de l’électricité du Royaume.

 

La fusion sans Londres

 

Reste un sujet sur lequel plane un flou complet. Le Royaume-Uni est un acteur européen majeur pour la recherche sur la fusion nucléaire (la réaction qui se déroule au cœur du soleil). D’une part, l’Angleterre accueille le JET (Joint European Torus), près d'Oxford qui est le plus puissant réacteur existant. Or, Euratom finance la moitié du budget de ce laboratoire unique au monde.

Londres va devoir trouver de nouvelles ressources. D’autre part, le Royaume-Uni est partenaire de la construction du réacteur expérimental Iter à Cadaraches (Bouches-du-Rhône), un projet international (UE, Chine, Inde, Japon, Russie, Etats-Unis et Corée) au budget titanesque de 18 milliards d’euros. Theresa May doit encore décider si son pays sortira de ce projet ou non.

Olivier Ferlet
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