Publié le 26 avril 2019

ÉNERGIE

[Édito vidéo] 50 % de nucléaire, une marche trop haute pour la France ?

Pas plus de 50 % de nucléaire en France. Tel est l’objectif de la programmation pluriannuelle de l’énergie. Si en 2035, ce taux semble accessible, à plus long terme, ce seuil sera difficile à maintenir sans décider de nouvelles constructions dès 2021. Reste à savoir si Emmanuel Macron prendra cette responsabilité.

La France compte 58 réacteurs nucléaires sur son territoire.
@urcisxtrime

Pendant quatre décennies, le nucléaire a été hégémonique en France, représentant 75 % du mix électrique. La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) prévoit son abaissement à 50 % à l’horizon 2035. Pour certains, ce taux est encore trop élevé… Mais la vraie question est plutôt : est-ce que la France peut maintenir 50 % alors que son parc actuel de réacteurs va être massivement fermé ?

C’est ce qui apparaît à la lecture du dernier rapport de la société française d’énergie nucléaire, la SFEN, qu’on ne peut taxer d’être opposée à l’atome. Le parc a été construit en très grande majorité dans les années 80. Même en prolongeant les réacteurs de 10 ou 20 ans, les fermetures vont s’enchaîner rapidement entre 2030 et 2050, sans compter les 12 réacteurs de 900 MW dont le gouvernement a déjà annoncé la fermeture avant 2035.

15 ans entre décision et mise en service

Sans anticipation, la part du nucléaire ne va pas diminuer à 50 % à terme... Elle va s’effondrer bien en deçà ! On parle d’effet falaise. La SFEN calcule que l’objectif de 50 % nécessite la mise en service échelonné de trois à quatre paires de réacteurs EPR entre 2035 et 2050, des réacteurs du type de celui en construction à Flamanville.

Le problème est qu’au regard des chantiers actuels, de l’exigence technique de cette industrie et des procédures administratives, il faut compter une quinzaine d’années entre la prise de décision et l’entrée en fonction. Cela implique que, pour maintenir le nucléaire à 50 %, il faut que des décisions soient prises en 2021.

Est-ce que d’ici deux ans, Emmanuel Macron pourra engager une telle décision qui, outre sa complexité en termes d’acceptation du public, représente des dizaines de milliards d’euros ? Difficile à dire. Si ce n’est pas le cas, cela voudra dire que la France devra atteindre la neutralité carbone en 2050, un grand objectif national, en se passant presque entièrement de l’atome. Se posera alors la question de savoir si les renouvelables peuvent le faire seuls.

Ludovic Dupin @LudovicDupin


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