Publié le 26 avril 2022

ÉCONOMIE

Le milliardaire Elon Musk rachète Twitter au nom de la liberté d'expression mais pourrait se heurter à un mur

Elon Musk veut revoir les règles de modération sur Twitter afin, selon lui, d’améliorer la liberté d’expression sur le réseau social. Connu pour des tweets agressifs, voire contrevenant aux règles de la communication financière, le patron de Tesla et SpaceX est loin de convaincre les observateurs sur ses intentions. La nouvelle réglementation européenne sur les services numériques, prévue pour 2024, obligera quoi qu’il en soit le réseau social à être plus vigilant sur les contenus qu’il diffuse.

Elon Musk, dirigeant de Tesla et SpaceX, va racheter Twitter pour plus de 40 milliards d'euros.
@Peter Parks / AFP

C’est fait. Elon Musk a obtenu l’accord du conseil d’administration pour racheter Twitter, pour plus de 40 milliards d’euros. Le milliardaire à la tête du constructeur automobile Tesla, de la société spécialisée dans l’aérospatial SpaceX ou encore du fournisseur d’accès à internet Starlink, va ajouter à sa palette le célèbre réseau social. L’homme d’affaires ne cache pas que cette acquisition n’a pas un objectif purement financier, mais bien politique. "La liberté d’expression est le fondement d’une démocratie qui fonctionne, et Twitter est le lieu digital où les sujets vitaux pour l’humanité sont débattus", a-t-il déclaré suite à l’accord donné par les administrateurs de Twitter.

Elon Musk a cependant une conception très personnelle de la liberté d’expression. Il s’est souvent emporté contre les pratiques de modération du réseau social, notamment lorsque le compte de l’ancien président américain Donald Trump avait été arrêté suite à l’attaque du Capitole américain. Il s’avoue également réticent à la suppression des messages problématiques. Le rachat de Twitter fait craindre le pire sur les futures pratiques qu’il mettra en place. "Il n’a pas démontré qu’il était capable ou intéressé à protéger les autres utilisateurs de Twitter ou à respecter leur liberté d’expression", assène Jessica Gonzalez, directrice de l’ONG américaine Free Press. "Il a plutôt utilisé la plateforme pour attaquer des gens, en lançant souvent des attaques puériles contre tous ceux qu’il n’aimait pas ou avec qui il n’était pas d’accord."

Lutter contre les contenus illégaux

Elon Musk pourrait cependant se confronter rapidement à un mur, au moins sur le Vieux Continent. L’affaiblissement de la modération souhaité par Elon Musk vient à rebours de la nouvelle réglementation européenne, sur laquelle la Commission, le Parlement et les États membres se sont mis d’accord samedi 23 avril. La loi sur les services numériques, ou Digital services act (DSA), vise en effet à rendre les plateformes numériques responsables des contenus diffusés par leur intermédiaire.

Le DSA les obligera notamment à retirer rapidement les contenus illégaux. Pour les plus grands acteurs, comme Twitter, des obligations supplémentaires s’imposeront, telles que l’obligation d’analyser le risque de diffusion de contenus illégaux par leurs services et de démontrer les moyens mis en place pour l’atténuer.

Cédric O, le secrétaire d’État chargé du numérique, a justement pointé sur Twitter la limite aux velléités d’assouplissement de la modération d’Elon Musk. "Il y a des choses intéressantes dans ce qu’Elon Musk veut impulser pour Twitter, mais rappelons que le Digital services act – et donc l’obligation de lutter contre la désinformation, la haine en ligne, etc. – s’appliquera quelle que soit l’idéologie de son propriétaire", écrit le ministre français.

De lourdes sanctions possibles

La loi européenne devrait entrer en application le 1er janvier 2024 et prévoit de lourdes sanctions pour les plateformes qui contreviendraient à ses principes. La Commission pourra ainsi "infliger des sanctions efficaces et dissuasives pouvant aller jusqu’à 6 % du chiffre d’affaires mondial, voire d’interdire les activités sur le marché unique de l’UE en cas de violations graves et répétées", selon Thierry Breton, commissaire européen au marché intérieur. Elon Musk ne devrait donc pas avoir les coudées aussi franches qu’il le souhaite en Europe.

Aux États-Unis, un autre type de réglementation a d’ailleurs déjà rattrapé le milliardaire pour des tweets jugés illégaux. La Securities and exchange commission (SEC), le gendarme boursier américain, a lancé des poursuites en 2019 contre lui, après que certains de ses tweets aient fait plonger le cours de Bourse de Tesla. La SEC l’accusait de vouloir manipuler le cours de Bourse et l’avait notamment contraint à démissionner de son poste de président du conseil d’administration du constructeur.

Arnaud Dumas, @ADumas5


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