Publié le 04 novembre 2023

ÉCONOMIE

5 ans après avoir racheté Monsanto, Bayer plie sous les procès liés au glyphosate

Bayer n’arrive toujours pas à se dépêtrer des litiges dits "Roundup". Après avoir essuyé trois revers juridiques en octobre et alors que 40 000 procès sont toujours en attente, les investisseurs tapent du poing sur la table. Depuis son rachat de Monsanto en 2018, le groupe a perdu la moitié de son cours de Bourse et son PDG, évincé en juin dernier, en a fait les frais. 

Glyphosate manifestation REMY GABALDA AFP 01
Outre les plaintes liées au glyphosate, les ventes de l'herbicide sont en chute libre.
REMY GABALDA / AFP

C’est une descente aux enfers qui n’en finit pas. Le géant allemand Bayer a été condamné mardi 31 octobre par les jurés du tribunal californien de San Diego à verser 7 millions de dollars d’indemnités et 325 millions de dollars de dommages et intérêts punitifs à Michael Dennis. Ce dernier estime que son lymphome non hodgkinien est lié au Roundup, herbicide qu’il a utilisé pendant plus de 30 ans et dont la molécule active est le glyphosate, considéré en 2015 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l’Organisation mondiale de la santé comme "cancérogène probable". Le Roundup a été pendant des décennies le produit star du géant américain des semences Monsanto, racheté en 2018 par Bayer.

Le groupe a indiqué à l’AFP son intention de faire appel et il semble probable que le montant des dommages et intérêts punitifs soit largement revu à la baisse. Bayer a remporté neuf procès consécutifs pour des procès liés au Roundup mais ce revers juridique est le troisième qu’enregistre le chimiste devant les tribunaux américains depuis un mois. Un signal d’alerte qui ne plaît pas aux investisseurs alors que depuis janvier le titre accuse un repli de 16% à la Bourse de Francfort.

Pression des investisseurs

Selon l’agence Reuters, Union Investment comptant parmi les 10 principaux actionnaires de Bayer, a appelé le groupe à reconsidérer sa stratégie en matière de litiges liés au glyphosate. "La stratégie de Bayer consiste à engager des poursuites uniquement lorsqu'elle estime avoir de bonnes chances de gagner. Cela a fonctionné neuf fois, mais a maintenant échoué trois fois", a déclaré Markus Manns, gestionnaire de fonds chez Union Investment cité par Reuters. "Bayer devrait revoir à nouveau sa stratégie maintenant pour éviter de nouveaux titres négatifs", a-t-il ajouté.

113 000 procès sur 160 000 ont été conclus selon Bayer. Le groupe a ainsi provisionné 16 milliards de dollars pour anticiper les risques juridiques mais 47 000 procès restent encore à régler. Le glyphosate n’est pas qu’une épine dans le pied de Bayer, c’est un bloc de plomb qui l’attire vers les tréfonds. En juillet dernier, le groupe a ainsi annoncé une perte nette de 2 milliards d’euros au deuxième trimestre faisant fondre ses prévisions. "L’explication tient avant tout dans le recul massif des ventes de produits à base de glyphosate", justifiait-il. 

Un possible démantèlement à venir 

Depuis son rachat pour 63 milliards d’euros, Monsanto n’a cessé d’être un gouffre financier. Le cours de Bourse de Bayer a été divisé par deux en cinq ans seulement et, en Allemagne, plusieurs investisseurs réclament 2,2 milliards d’euros de dommages et intérêts. Résultat, en février dernier, le PDG à l’origine du rachat, Werner Baumann, a été débarqué, poussé à la sortie par Bluebell et Inclusive Capital Partners, deux fonds activistes entrés récemment dans le capital. Il est remplacé par un ancien du groupe pharmaceutique suisse Roche, l’américain William N. Anderson. 

Depuis la nomination du président, des rumeurs circulent quant à une possible scission du groupe au moins en deux parties, d’un côté l’activité agro-industrielle, de l’autre, la santé. Pour l’instant, rien d’officiel n’a été annoncé mais des investisseurs, dont Artisan, Bluebell et Inclusive Capital Partners plaident pour un démantèlement. En attendant, c’est du côté réglementaire que la pression monte.

La licence du glyphosate arrive à échéance dans l’Union européenne à la fin de l’année. Et pour l’instant, les 27 États membres ne trouvent pas d’accord. La Commission a proposé un renouvellement du glyphosate dans la zone pour 10 ans (contre 5 ans lors du dernier vote en 2017) mais plusieurs pays dont la France se sont abstenus. Selon une information du média Contexte, le gouvernement plaide pour une réautorisation du glyphosate pour 7 ans avec des conditions d’utilisation. 

Marina Fabre Soundron


© 2023 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

POLITIQUE

Politique

Les acteurs politiques sont les seuls à même d'activer les grands leviers qui permettront, à grande échelle, la transformation responsable de l'économie et de la finance. Des conditions sine qua nonpour s'orienter vers un modèle soutenable.

Pays bas extreme droite JOHN THYS AFP

Pays-Bas : la victoire de l’extrême droite annonce-t-elle la défaite du Green deal aux élections européennes ?

Le résultat des élections législatives organisées aux Pays-Bas le 22 novembre montre que les électeurs néerlandais ont préféré ceux qui désignent des boucs émissaires aux crises multiples du moment, à ceux qui privilégient les solutions et l’adaptation à un monde qui change. Geert Wilders, le leader...

Soulevements de la terre on n est pas dissous capture d ecran compte X SLT

Le Conseil d’État annule la dissolution des Soulèvements de la Terre, estimant que c'était une "décision disproportionnée"

La décision du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, qui voulait en finir avec les Soulèvements de la Terre via leur dissolution, n’était ni "nécessaire, ni adaptée, ni proportionnée". C’est l’avis du Conseil d’État qui a annulé la dissolution du collectif jeudi 9 novembre en application du...

Elections argentine JUAN MABROMATA LUIS ROBAYO AFP

L’Argentine coule économiquement et son futur président, Javier Milei ou Sergio Massa, n’a pas vraiment de solutions

L’Argentine a gagné la Coupe du monde de football mais perd sur tous les tableaux économiques : inflation à 140%, près de la moitié de la population en-dessous du seuil de pauvreté, monnaie en chute libre et dette qui explose. Les élections présidentielles se déroulent dans ce contexte explosif. Le...

Donald tusk pologne JANEK SKARZYNSKI AFP

Les Polonais défendent les valeurs européennes en votant pour la coalition de Donald Tusk

Les Polonais ont doublement surpris lors de leurs élections législatives, par le niveau de leur participation (près de 73%) et par leur choix clairement pro-européen. La coalition civique emmenée par Donald Tusk a remporté un franc succès faisant mentir les sondages et mettant fin à la domination...