Publié le 14 juin 2017

Présidentielle 2017

"Si on veut responsabiliser la finance, arrêtons d’en faire un diable", selon Philippe Zaouati

[Mis à jour le 14 juin 2017] Paris Europlace lance aujourd'hui l'initiative "Finance for Tomorrow" (la Finance pour demain) qui vise à faire de Paris la place incontournable de la finance durable. À sa tête, Philippe Zaouati, directeur général de Mirova, figure de la finance responsable et soutien d’Emmanuel Macron. Il défend ainsi une autre vision du secteur de la finance, encore largement malmené au cours de la dernière campagne présidentielle. Et interroge sur la relation que la société souhaite avoir avec son système financier.

Philippe Zaouati fait aussi partie d'un groupe d'experts mandaté par la Commission Européenne sur la finance responsable, le High-Level Expert Group on Sustainable Finance.
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La dernière campagne présidentielle a encore été l'occasion d'une attaque en règle du monde de la finance, notamment de la part de la candidate frontiste, comment réagissez-vous ?

Philippe Zaouati : La diabolisation de la finance n’est pas nouvelle, mais elle a pris une tournure qui me paraît dangereuse avec des aspects nauséabonds rappelant parfois les attaques antisémites des années 1930. La finance est pointée du doigt comme une entité qui existerait de façon indépendante, mais de quoi parle-t-on vraiment ? Des personnes qui travaillent dans ce secteur (elles sont plusieurs centaines de milliers en France) ? Des entreprises ? Du système ? On ne sait pas bien. En tout cas, cette diabolisation pose un vrai problème sociétal. Je pense qu’au-delà des attaques menées pendant la présidentielle, il faut réfléchir à la relation que notre société veut avoir avec son système financier. C’est en quelque sorte le sujet de la finance responsable.

 

Mais comprenez-vous que certains Français puissent se sentir marginalisés et voient la finance comme un ennemi ?

Il y a une réalité que l’on ne peut pas nier et qui est, en partie, la conséquence de la crise financière. Il existe en effet des inégalités très fortes et croissantes, une dette qui ne cesse de se creuser, un chômage important. Nos sociétés sont confrontées à tout cela. Mais face à ce constat, le récit qui consiste à fabriquer un ennemi unique et fantasmé, la finance, est simpliste. C’est une caricature bien commode notamment dans un contexte électoral. Cette simplification empêche de se poser les bonnes questions : comment se servir de la finance pour orienter le capital vers les secteurs qui en ont besoin, notamment pour la transition écologique ? Comment développer le secteur financier pour qu’il soit un levier de croissance durable ?

 

"La seule voie possible est de continuer à agir au niveau européen"  

 

Comment expliquer que ce discours n’ait pas davantage émergé pendant la campagne ?

À partir du moment où on répète sans cesse que la finance c’est mal, et que ce discours emplit l’espace politique, toute tentative pour expliquer qu’elle peut être utilisée comme un outil positif est inaudible. On a beaucoup parlé d’"investissements" pendant la campagne. Mais, par là, on entend "investissements publics". Or, on sait très bien que sans la participation et l’effet de levier de la finance privée, la transition écologique est vouée à l’échec. Seul un partenariat efficace entre finance privée et finance publique permettra de répondre à ces enjeux. Mais ce sujet est sans doute trop technique et trop complexe pour être abordé lors d'une campagne, où la simplification est employée à l'excès. Mais si on veut responsabiliser la finance, il faut arrêter d’en faire un diable absolu.  

 

Comment avancer pour imposer davantage le sujet de la finance responsable ?

L’enjeu est de diffuser largement le travail de pionnier qu’a mené la France (green bonds, reporting climatique…) sur ce sujet. De fait, la seule voie possible pour rendre la finance plus responsable est de continuer à agir au niveau européen. C'est par exemple ce que nous faisons au sein du High-Level Expert Group on Sustainable Finance, un groupe d'experts mandaté par la Commission européenne dont j’ai l’honneur de faire partie. Il s’agit ni plus ni moins que d’intégrer le critère de soutenabilité dans l’ensemble de la régulation financière et des pratiques du secteur financier au niveau européen.

 

 

 

Propos recueillis par Concepcion Alvarez
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