Publié le 04 août 2015

L'APRES PETROLE

Énergies renouvelables : la stratégie africaine des start-up allemandes

L’industrie du solaire stagne en Allemagne, suite aux dernières réformes adoptées par Berlin. Pour contrer l’atonie du marché intérieur, des start-up allemandes découvrent tout le potentiel offert par le continent africain. Et développent leurs propres modèles économiques. Fait nouveau : il ne s’agit pas d’aide au développement, mais bien d’un engagement économique avec recherche de bénéfices à la clé. Décryptage.

Caravane de chameaux passant devant des éoliennes dans le nord de l'Ethiopie.
Jenny Vaughan / AFP

L’entrée en matière est directe : "Rendre le monde meilleur est bien sûr un bel objectif, mais si en tant qu’entrepreneur on ne peut pas gagner d’argent avec son idée, on se retrouve vite sur le carreau". Le but de Thomas Gottschalk, ingénieur dans les énergies renouvelables (EnR) en Allemagne, est clair. Pour parvenir à ses fins, il a mis le cap sur l’Afrique. C’est un ami qui lui a ouvert les yeux sur le continent.

En 2010, il crée sa start-up, Mobisol, spécialisée dans l’installation de panneaux solaires en Afrique de l’Est (Tanzanie, Kenya et Rwanda). La particularité de son modèle économique : un paiement mensuel d’environ 20 dollars sur 36 mois, via un téléphone mobile. D’où le nom de l’entreprise. Passée cette période, l’installation appartient entièrement au client, qui devient de fait le consommateur d’une énergie qu’il produit lui-même. Exit les factures d’électricité.

 

8 millions d’euros générés en Afrique de l’Est

 

À ce jour, Mobisol a équipé plus de 10 000 habitations, représentant une production totale d’énergie solaire d’un MegaWatt. En 2014, son chiffre d’affaires atteignait 8 millions d’euros. Pour lancer son entreprise, Thomas Gottschalk a bénéficié d’un crédit de la KfW, l’équivalent allemand de la Caisse des Dépôts.

L’ingénieur berlinois n’est pas le seul dans l’industrie allemande des EnR à se tourner vers l’Afrique. C’est également le cas de Torsten Schreiber, qui a créé Betterverst, une plateforme de crowdinvesting basée à Francfort. L’un de ses derniers projets ? Le financement d’une mini-centrale solaire mobile en Afrique. En quatre jours, les 107 700 euros nécessaires au projet ont été réunis.

Nico Peterschmidt, le fondateur d’Inensus, a quant à lui choisi la voie d’un partenariat avec un producteur d’énergie local, le Sénégalais CSI Matforce. Depuis 2010, ils fournissent de l’électricité produite à base d’EnR dans les zones rurales du pays.  

Crédit de la KfW pour l’un, crowdfunding pour l’autre, partenariat industriel avec une entreprise locale pour le troisième… Chacune des trois start-up allemandes a développé son propre modèle économique, centré sur les EnR. Avec un objectif commun : tirer parti du fort gisement de croissance qu’offre le continent africain en matière d’énergies renouvelables.

 

Le solaire et l’éolien, encore largement sous-exploités en Afrique

 

De fait, les études sur le potentiel - encore sous-exploité - des EnR en Afrique se font toujours plus nombreuses.

Trois chiffres clés en ressortent : le continent reçoit en moyenne 6 kWh d’énergie solaire par kilomètre carré, 500 millions de personnes vivent sans électricité, et près de 625 millions dépendent du bois ou du charbon. Autre chiffre à ne pas négliger, celui du taux de croissance annuelle du continent, de l’ordre de 4 %.

Outre-Rhin, les start-ups ont rapidement fait le lien entre ces données. Et se sont rapidement positionnées sur un marché prometteur.

Claire Stam, correspondante à Francfort
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