Publié le 08 janvier 2016

L'APRES PETROLE

Chine : un moratoire de 3 ans sur les nouvelles mines de charbon

Un moratoire de trois ans sur l’ouverture de nouvelles mines de charbon. C'est la décision que vient de prendre le gouvernement chinois. Une annonce qui intervient alors que les prix sont au plus bas et que le premier émetteur de CO2 au monde cherche à réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES). Le charbon est largement responsable du smog qui continue d'empoisonner la vie de la population. Nouveau signe de la réorientation de l’économie chinoise, les autorités ont annoncé l’interdiction de l’ouverture de toute nouvelle mine de charbon pour 3 ans, à partir du 1er janvier 2016.

Ouvrières dans une mine de charbon située dans la province chinoise du Shanxi.
Kevin Frayer / Getty Images / Asiapac / AFP

Dans le nord-est de la Chine, le mois de décembre a été particulièrement pollué. Une période marquée par deux "alertes rouges" dans la capitale chinoise. Dans ce contexte, la nouvelle d'un moratoire sur l'ouverture de nouvelles mines de charbon ne peut pas déplaire aux habitants.

Pourtant, cette décision est plutôt une mesure économique qu’environnementale. "S’il s’agissait de lutter contre la pollution, le gouvernement prendrait des mesures plus directes", explique Huw Slater, analyste pour l’organisation non gouvernementale China Carbon Forum.

Après avoir explosé pendant une dizaine d’année grâce à la demande chinoise, les prix du charbon baissent depuis 2011. Ce mouvement est parallèle à celui de la croissance chinoise, qui ralentit après des années de surchauffe. Et alors que le pays veut sortir du tout charbon, le ralentissement économique est sans doute le meilleur allié de l’environnement.

En 2014, pour la première fois depuis une trentaine d’années, la consommation de charbon a très légèrement baissé en Chine. Dans le même temps, la houille qui assurait 70 % de la consommation énergétique chinoise en 2011 a reculé à 64,4 % aujourd’hui.

 

Une industrie en surcapacité

 

Cette baisse rapide de la consommation chinoise et des prix mondiaux a mis le secteur du charbon dans une situation délicate. Plus encore en Chine, où le marché de l’énergie reste largement dominé par des entreprises d’Etat qui ne réagissent pas aux mouvements du marché avec souplesse. "Une partie du marché de l’énergie n’est pas encore libéralisée, ce qui donne lieu à des effets de bulles (spéculatives, NDLR). Ici, alors que des intérêts locaux pourraient pousser à continuer à investir, le gouvernement est intervenu pour aller faire appliquer la loi du marché", analyse Huw Slater responsable projet et recherche pour l’organisation non gouvernementale China Carbon Forum, basée à Pékin.

Il y avait urgence. Depuis 2015, une grande partie des exploitants miniers chinois sont en crise: les mineurs sont payés avec des mois de retard. Quand ils sont payés. En septembre, le premier exploitant minier du Nord-Est chinois, Longmay Group, a annoncé la suppression de 100 000 postes.

En visite dans une mine de la province du Shanxi (centre), grande productrice de charbon, le Premier ministre Li Keqiang a pointé le problème ce mardi : "La Chine doit tout faire pour restructurer et éliminer les capacités obsolètes, en interdisant la construction de nouvelles infrastructures".

 

Bonne nouvelle pour l’environnement

 

D’après l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les beaux jours du charbon sont derrière lui. "La transition économique en Chine et les politiques environnementales dans le monde - dont le récent accord de Paris - vont sans doute continuer à contraindre la demande de charbon au niveau mondial", a estimé le directeur général de l’institution fin décembre, lors de la présentation d’un rapport sur le charbon.

Ce moratoire, instauré pour des raisons économiques, aura néanmoins des effets positifs pour l’environnement. Car au-delà des émissions de CO2 liées à la combustion du charbon, les mines elles-mêmes sont très polluantes.

L’exploitation des sites à ciel ouvert implique déforestation, destruction des paysages, émission de poussière pour les riverains. Nombre de mines souterraines surexploitées provoquent aujourd’hui des glissements de terrain à travers la Chine. Et l’extraction consomme et pollue beaucoup d’eau, déjà rare dans le pays, tout en libérant du méthane contenu dans la roche. Longtemps après leur fermeture, les mines continuent à dérégler l’environnement.

Autre conséquence positive, à plus long terme, la restructuration chinoise pourrait aider à la stabilisation des prix du charbon, ce qui rendrait les énergies renouvelables, aujourd’hui largement subventionnées en Chine, plus compétitives.

Simon Leplâtre, correspondant à Pékin
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