Publié le 27 mars 2015

L'APRES PETROLE

En Allemagne, les centrales à charbon ne sont plus rentables

Les trois énergéticiens historiques allemands, E.on, RWE et EnBW,ont publié au mois de mars des résultats annuels catastrophiques. En cause, l’expansion constante des énergies renouvelables (EnR). Pour survivre, ils doivent revoir leurs modèles économiques - et y intégrer pleinement les nouvelles énergies.

Mine de lignite et centrale à charbon exploitée par Vattenfall dans l'est de l'Allemagne.
Patrick Pleul / ZB picture alliance / AFP

Printemps meurtrier pour les énergéticiens allemands. E.on publie les pertes les plus lourdes de son histoire, 3,16 milliards d’euros. Son principal concurrent et numéro deux du marché allemand, RWE, affiche un résultat net en chute libre : moins 45% par rapport à l’année précédente pour un résultat de 1,28 milliards. Et EnBW ne fait pas mieux : une perte de 451 millions d’euros en 2014, alors qu’en 2013, le groupe publiait des bénéfices s’élevant à 50 millions.

 

Une rentabilité pour les centrales qui chute de moitié en cinq ans

 

Pourquoi un tel marasme ? Les centrales à charbon gérées par les trois grands ne sont plus rentables. Elles ne parviennent pas à tenir la concurrence avec les énergies renouvelables qui représentent actuellement 27% de la production nationale d’électricité. "Les énergies renouvelables se sont développées ces dernières 10 années plus vite que prévues. Dans le même temps, les énergéticiens ont choisi d’investir dans de nouvelles centrales à charbon et à gaz. Ce qui fait qu’en Allemagne, actuellement, on a trop de centrales, malgré l’arrêt progressif des pôles nucléaires", analyse Arne Jungjohann, expert des questions énergétiques à la fondation Heinrich Böll.

Trop de centrales, et donc trop de production d’électricité. "L’Allemagne exporte de plus en plus son électricité dans les pays voisins. À tel point que le pays est devenu l’exportateur d’électricité numéro un en Europe - une situation qui a pour origine les mauvais choix stratégiques des énergéticiens", poursuit l’expert. 

Énergies fossiles et énergies renouvelables sont en concurrence dans la production d’électricité. Avec cette différence que les EnR disposent d’un accès prioritaire sur le réseau de distribution d’électricité. Résultat : plus elles produisent d’électricité verte, plus la part de l’énergie fossile dans le bouquet énergétique allemand baisse. Et la rentabilité des centrales à charbon avec : il y a cinq ans, le mégawattheure d’électricité rapportait aux énergéticiens jusqu’à 65 euros. Actuellement, il ne rapporte plus… qu’une trentaine d’euros.

 

Les énergéticiens contraints de se tourner vers les nouvelles énergies

 

Le modèle économique du charbon a du plomb dans l’aile outre-Rhin. Le Ministère de l’économie et de l’énergie vient de publier un projet de loi dévastateur pour les tenants d’une électricité dopée à la houille : les centrales à charbon de plus de vingt ans d’âge devront payer une amende comprises entre 18 et 20 euros par tonne de dioxyde de carbone si elles émettent plus de sept millions de tonnes de CO2 par gigawattheure.

Que Berlin publie ce projet de loi n’est pas un hasard. Le gouvernement allemnd doit résoudre le problème suivant : il s’est fixé comme objectif de réduire ses émissions de CO2 de 40% d’ici 2020 par rapport à 1990. Mais en l’état, l’Allemagne n’est pas capable de l’atteindre. Elle doit pour cela combler un écart situé entre 5 et 8%. Avec ce projet de loi, le législateur se donne les moyens de contraindre les opérateurs de centrales à charbon de fermer celles qui sont les plus émettrices - et de pouvoir remplir ses objectifs climatiques. "C’est l’amorce d’une sortie du charbon", se félicite Arne Jungjohann.

Pour survivre, les énergéticiens n’ont d’autres choix que de redéfinir leurs stratégies. Le revirement stratégique de E.on annoncé en décembre dernier est certainement le plus spectaculaire.

Après avoir longuement ignoré tout le potentiel offert par l’essor des énergies renouvelables, c’est paradoxalement vers ce secteur qu’ils se tournent pour espérer de continuer à vivre.

Claire Stam, correspondante à Francfort
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