Publié le 26 août 2015

L'APRES PETROLE

Climat : Total se retire officiellement du charbon

Depuis le 20 août dernier et la vente de sa filiale en Afrique du Sud, le groupe Total a définitivement tiré un trait sur le charbon. A priori une bonne nouvelle pour le climat. Mais la firme mise désormais largement sur le gaz, énergie certes moins polluante, mais qui reste une énergie fossile émettrice de CO2. Total milite ainsi pour l’instauration d’un prix carbone au niveau mondial, qu’elle applique déjà en interne, ce qui lui permettrait de booster son activité gazière. Explications.


"Nous ne pouvons à la fois prétendre vouloir apporter des solutions au défi du changement climatique et tirer des bénéfices de la production ou de la commercialisation du charbon, énergie fossile la plus émettrice en gaz à effet de serre", annonce Patrick Pouyanné dans un communiqué publié ce lundi.

Le directeur général de Total vient ainsi confirmer la promesse de retirer son entreprise du charbon, prononcée le 1er juin dernier lors de la présentation de la réorientation stratégique du groupe.

 

Désengagement total du charbon fin 2016

 

Le 20 août dernier, la firme pétrolière et gazière a officiellement vendu sa filiale Total Coal South Africa, qui exploitait des sites en Afrique du Sud, mettant fin à ses activités de production de charbon. L’accord de cession de la filiale à une entreprise locale avait été signé à l’été 2014, et vient d’être validé par le gouvernement sud-africain. Les activités de commercialisation s’achèveront quant à elles d’ici la fin de l’année prochaine.

Ce désengagement du charbon va permettre à Total de contribuer à diminuer ses émissions de CO2.  En 2014, ce sont près de 12 millions de tonnes de charbon qui ont été produites et commercialisées par le groupe, principalement en Asie pour la production d’électricité. Mais au-delà de l’enjeu climatique, cette annonce sert surtout de gageure à la firme, qui veut développer massivement son activité gazière, présentée comme une réponse à la lutte contre le réchauffement climatique.

"Face au défi du changement climatique, Total s’est engagé à promouvoir l’usage du gaz naturel, énergie fossile la plus propre, en particulier face au charbon qui émet deux fois plus de gaz à effet de serre quand il est utilisé pour produire de l’électricité", explique ainsi Patrick Pouyanné.

En 2014, la production de gaz du groupe a même dépassé pour la première fois celle de pétrole, avec 63 milliards de m3 extraits. En cause, loin des préoccupations climatiques, un prix du baril qui ne cesse de chuter. Et des perspectives de croissance mondiale de la demande nettement plus avantageuses pour le gaz que pour l’or noir : +2 % par an d’ici 2030, contre 0,6 %.

 

Prix du carbone interne à 25 € la tonne

 

Pour booster le développement de son activité gazière, Total, avec six autres firmes pétrolières et gazières européennes, avait lancé il y a trois mois un appel pour une tarification du carbone au niveau mondial. Depuis 2008, le groupe français applique en interne un prix du carbone fixé à 25 euros la tonne pour tous les investissements significatifs.

Mais pour les ONG, le gaz fossile ne peut constituer une énergie de transition que sur une très courte période. Une étude parue en début d’année dans Nature estime d’ailleurs qu’il faudrait laisser 52 % des réserves de gaz fossiles dans le sous-sol afin de contenir le réchauffement planétaire en-deçà de 2° C.

 

"Démystifier la propagande du gaz comme énergie propre"

 

Les Amis de la Terre avaient quant à eux dénoncé une stratégie "durable" contradictoire dans un rapport publié en mai dernier avec l’Observatoire des multinationales, à l’occasion de l’AG du groupe. Ils y déplorent l’exploitation par Total de nouvelles sources fossiles extrêmement polluantes et risquées, comme les sables bitumineux canadiens, les gaz non conventionnels et la prospection en offshore profond dans des zones écologiques fragiles, comme l’Arctique ou les Grands lacs africains. "Il faut démystifier toute cette propagande menée aujourd’hui par les firmes pétrolières autour du gaz comme énergie propre", avait alors réagit Juliette Renaud, chargée de campagne sur les industries extractives au sein de l’ONG.

Dans une interview à l’agence de presse AEF Développement durable, Gérard Moutet, le directeur énergie et climat de Total, a confirmé la volonté du groupe d’explorer les hydrocarbures non conventionnels : "Nous exploitons très peu de gaz de schiste à l’heure actuelle, mais il s’agit d’un élément clé dans le secteur de l’énergie aujourd’hui et nous comptons le développer ces prochaines années."

Concepcion Alvarez
© 2016 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles