Publié le 23 septembre 2014

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Sommet mondial pour le climat : un effort massif des investisseurs

Les décideurs économiques et financiers sont venus nombreux entourer Ban Ki Moon, le secrétaire général des Nations Unies, au sommet pour le climat organisé à New York le 23 septembre. Pour l’occasion, près de 350 investisseurs du monde entier ont signé une déclaration reconnaissant l'impact du changement climatique sur leurs portefeuilles financiers. Ce signal fort, envoyé par des acteurs qui gèrent plus de 24 000 milliards de dollars, a pour but de réorienter progressivement l’économie vers des modèles moins émetteurs de gaz à effet de serre. Focus sur les motivations des signataires français.

Photo d'illustration
© DR

La déclaration des investisseurs contre le changement climatique (Global Investor Statement on Climate Change), publiée le 23 septembre, montre qu’ils sont de plus en plus nombreux à prendre conscience de l’impact du changement climatique sur leurs portefeuilles. Venus de tous horizons, ils donnent ainsi une traduction concrète à leurs préoccupations. Pour les signataires français, parmi lesquels on compte la Caisse des dépôts (dont Novethic est une filiale) et les acteurs publics de la retraite Fonds de réserve pour les retraites (FRR), l’Erafp et l’Ircantec , il s’agit de s’inscrire dans un processus à long terme.

Certains d'entre eux sont allés plus loin. C'est le cas du FRR et de l'ERAFP.  Ils se sont engagés avec plusieurs dizaines de leurs pairs à "décarboner" leurs investissements. dans le cadre d'une initiative lancée sous l’égide de l’initiative finance des Nations Unies (Unep FI) et animée par deux investisseurs : le fonds de pension suédois AP4 et la société de gestion française Amundi.

Mais que signifie concrètement ces annonces spectaculaires ?


1 / Première étape : la reconnaissance du caractère impératif qu’a le financement de la transition énergétique pour les investisseurs.


Pour l’Ircantec, qui gère la retraite complémentaire de la fonction publique, "des capitaux importants sont nécessaires pour financer la transition énergétique et l’adaptation aux impacts du changement climatique". L’institution s’engage donc à contribuer au financement d’une économie plus respectueuse de l’environnement. Mais les modalités de ce financement restent à préciser.


2 / Deuxième étape : la mesure de son empreinte carbone.

Il s’agit de disposer d’une vision juste du volume d’émissions de gaz à effet de serre générées par les entreprises dont on en est actionnaire. L’Erafp a ainsi évalué ses investissements actions en mars 2014 et estime que cet outil de pilotage doit être généralisé, au moins pour tous les investisseurs publics. Selon son directeur, Philippe Desfossés, qui a fait le déplacement à New York : "Les politiques doivent définir un cap qui envoie le bon message aux investisseurs sur l'augmentation du prix du carbone ou de l'énergie. Mais nous devons aussi sélectionner dans nos portefeuilles les entreprises les plus vertueuses sur des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). De grands investisseurs comme nous ne peuvent pas uniquement financer des fermes solaires ou éoliennes, ils doivent contribuer à améliorer l’économie telle qu’elle est actuellement."

3/ Troisième étape : inventer de nouvelles façons d’investir pour diminuer l’intensité carbone de ses portefeuilles.


C’est la stratégie adoptée par le Fonds de réserve pour les retraites (FRR). Il a construit, en partenariat avec AP4, Amundi et le fournisseur d’indices MSCI, des indices boursiers bas carbone. Ces indices sélectionnent des entreprises dans tous les secteurs parce qu’elles émettent moins de carbone que leurs concurrentes. Cela se calcule en rapportant le volume d’émissions à celui du chiffre d’affaires. Le Fonds de réserve pour les retraites va investir 1 milliard d’euros sur ces nouveaux indices qui étaient auparavant placés sur des indices classiques construits en fonction de la capitalisation boursière comme le CAC 40. "Nous avons eu une approche complexe, explique Yves Chevalier, membre du directoire du FRR. Pour 'décarboner' des portefeuilles, le premier réflexe est d’exclure les compagnies pétrolières. Mais tant que l’économie reposera sur cette énergie cela n’est pas adapté. Nous avons donc sélectionné les moins intensives en carbone dans tous les secteurs et envoyé ainsi un message global : le changement climatique et les problèmes environnementaux conditionnent notre modèle économique et, donc, la rentabilité future de nos investissements."


4/  Quatrième étape : le financement de l’économie verte.

Une autre déclaration a été publiée le 23 septembre. Des investisseurs représentant 2 000 milliards de dollars ont appelé à ce que les "green bonds et les climate bonds", obligations qui servent à financer des projets de verdissement de l’économie, atteignent les 100 milliards de dollars. Ils ont dans le même temps demandé aux entreprises et aux gouvernements de lancer des projets correspondant à ces montants. D’autres options sont proposées, comme  celle de dédier un pourcentage des réserves des institutions de retraite au financement de la transition énergétique.

 

Et maintenant?

Le mouvement prend corps. La France saura-t-elle prendre le relais alors que tous les regards se tournent vers elle en tant qu’organisatrice de la COP 21 ? Il faudrait au minimum qu’elle incite fortement les investisseurs institutionnels français à verdir leurs investissements à travers la réalisation d’empreinte carbone. A ce jour, un tel dispositif n’est pas intégré dans le projet de loi sur le financement de la transition énergétique.

Anne-Catherine Husson-Traore
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