Publié le 28 août 2014

EMPREINTE TERRE

Hôpital : du sang contaminé aux phtalates

A l’hôpital aussi, on est exposé à des substances de synthèse de l’industrie chimique. Les malades y côtoient des phtalates, un additif qui assouplit le plastique, et d’autres perturbateurs endocriniens (PE). Des études scientifiques établissent un lien entre l’exposition aux PE et la hausse des maladies chroniques telles que diabète, cancer, infertilité... Cet automne, le Comité pour le développement durable en santé (C2DS) lance une campagne "l’hôpital sans PE".

Photo d'illustration d'une perrfusion en intraveineuse.
© iStock

La toxicité de ces perturbateurs endocriniens (PE) est loin d’être une priorité des professionnels de la santé. "Il n’y a pas de prévention des maladies chroniques liées aux pollutions environnementales dans les hôpitaux", estime François Veillerette, porte-parole de l’association Générations futures.

Cet automne, et pour la quatrième fois depuis 2007, le Comité pour le développement durable en santé (C2DS) part en campagne sur le sujet. "Nous cherchons à sensibiliser les professionnels aux bonnes pratiques pour réduire les expositions aux PE", explique son président Olivier Toma.

 

Femmes enceintes et nourrissons : danger

 

Un exemple frappant : la présence de ce type de substances dans les poches de transfusion sanguine. "Le sang transfusé est systématiquement contaminé aux phtalates", explique Olivier Toma. L’exposition est connue : ce sont les traces de phtalates détectées chez le coureur cycliste Alberto Contador qui ont permis aux autorités antidopage de confirmer la piste d’une transfusion sanguine, lors de l’enquête sur son dopage en 2010. Les poches de recueil de sang libèrent plus de phtalates que les autres matériels, car elles subissent deux chocs thermiques (refroidissement puis réchauffement avant la transfusion).
 
"Globalement, le milieu hospitalier n’expose pas plus les patients que les autres lieux de la vie quotidienne", tempère Olivier Toma. Pour autant, il se doit de réagir. D’abord parce que les établissements de santé accueillent 18 millions de personnes chaque année. Mais surtout parce que le secteur touche les femmes enceintes et les nourrissons, un public prioritaire ciblé par la stratégie nationale sur les PE. En effet, des études scientifiques montrent que c’est au stade prénatal et durant les premiers mois de la vie qu’une exposition aux PE a le plus de risques de provoquer ensuite des maladies chroniques (diabète, cancer, infertilité).
 

Mobiliser la profession à tous les niveaux

 

Les bonnes pratiques promues par le C2DS concernent tous les niveaux d’exposition : matériel médical, produits d’hygiène et d’entretien, matériaux de construction, alimentation... "Dans les services de maternité, il est facile de trouver des substituts pour tous les produits cosmétiques. Or, on y trouve des lingettes pour bébé contenant cinq PE !", raconte Olivier Toma.
 
Par son poids, le secteur hospitalier peut aussi influencer les industriels. "Une politique d’achat sans perturbateurs endocriniens peut faire changer les filières", estime le président du C2DS. Parmi les 400 établissements membres de cette association de professionnels de santé, certains cherchent un approvisionnement sans phtalates. Mais pour l’instant, les poches de transfusion sans ce composé toxique n’existent pas sur le marché.
 
Pour le C2DS, le million de salariés du secteur devraient être des ambassadeurs de bonnes pratiques contre les PE. Là encore, il y a fort à faire, car la formation du corps médical ignore les questions de toxicologie environnementale
 
"Les sujets de santé environnementale sont des sujets sur lesquels il faut investir aujourd’hui pour voir les résultats dans 10 ans. Ça ne colle pas avec les objectifs politiques de court terme", regrette Olivier Toma. A la suite d’une campagne de l’association, en 2010, une proposition de loi demandait l’utilisation de dispositifs médicaux sans phtalates pour les nourrissons et les enfants. Elle est restée lettre morte.

Magali Reinert
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