Publié le 08 mars 2017

EMPREINTE TERRE

Glyphosate : l’Agence européenne des produits chimiques soupçonnée de conflits d’intérêts

L’ECHA, l’Agence européenne des produits chimiques, devrait rendre aujourd’hui son avis sur la cancérogénicité du glyphosate. Mais une soixantaine d’ONG pointent des conflits d’intérêts de plusieurs membres du comité d’évaluation des risques (CCR), travaillant à la fois pour l’ECHA et des industriels du secteur.

L’herbicide le plus vendu en Europe, classé comme substance cancérogène pour l’Homme par le Centre international de recherche sur le cancer, est toujours autorisé sur le marché européen.
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Les experts de l’ECHA sont-ils partiaux ? Dans une lettre ouverte envoyée lundi et adressée au directeur général de l’Agence européenne des produits chimiques, une soixantaine d’ONG environnementales dénoncent des conflits d’intérêts de plusieurs membres du comité d’évaluation des risques (CCR) de l’ECHA.

L’Agence, chargée de "sécuriser l’usage des produits chimiques", devrait justement rendre aujourd’hui son avis sur la cancérogénicité du glyphosate. L’herbicide le plus vendu en Europe, classé comme substance cancérogène pour l’Homme par le Centre international de recherche sur le cancer, est toujours autorisé sur le marché européen.

Or les ONG reprochent à l’ECHA de fonder en partie son expertise à propos du glyphosate sur des études fournies par les industriels producteurs de glyphosate. Des études non publiées.

 

L’ECHA "n’assure pas sa mission de protection"

 

"Le glyphosate illustre la nécessité d’avoir des agences sanitaires européennes indépendantes, estime André Cicolella, président du Réseau environnement santé. Aujourd’hui, l’Agence européenne des produits chimiques n’assure pas sa mission de protection de la santé des Européens. Elle n’a toujours pas rendu d’avis conforme à l’état de la science".

Concrètement, les signataires de la lettre ouverte notent que deux membres du groupe d’experts sont employés par des "institutions scientifiques qui génèrent des revenus par le biais de conseils en évaluation du risque fournis à l’industrie". Une définition de conflits d’intérêts "selon les propres critères de l’ECHA", estiment-ils.

 

"Un jour l’ECHA, l’autre l’industrie chimique"

 

Contactée par Novethic, l’ECHA affirme fermement : "il n’y a pas de conflits d’intérêts (…) Les deux membres du CCR mis en cause travaillent pour des institutions nationales respectées qui offrent des services de consultation à l’industrie, ce qui est une pratique normale".

Il y a pourtant "un jeu de portes tournantes entre l’industrie et les agences, estime François Veillerette, directeur de l’association Générations futures, signataire de la lettre ouverte. Certaines personnes ont travaillé longtemps pour l’industrie et, du jour au lendemain, deviennent des experts pour l’Agence, sans période transitoire. Comment peut-on être indépendant en étant la veille un expert pour l’industrie et le lendemain chargé d’évaluer les produits pour lesquels l’industrie vous payait hier ? Cela explique un certain nombre de jugements des agences". Les associations visent ici le président du comité, qui aurait travaillé pour deux sociétés en tant que consultant, avant de rejoindre le comité d’évaluation des risques.

 

 

Les citoyens se mobilisent

 

L’objectif de cette lettre ouverte est clair : alerter les citoyens pour "faire le ménage" dans les agences internationales. "Il faut changer les pratiques", insiste François Veillerette.

Sur la question du glyphosate justement, les citoyens se mobilisent. Une initiative citoyenne européenne (ICE) intitulée "Ban glyphosate" a été enregistrée par la Commission européenne le 25 janvier dernier. Objectif : atteindre 1 million de signataires émanant d’au moins sept États membres pour que l’ICE soit jugée recevable. Et pousser la Commission à prendre enfin une décision sur la question.

Marina Fabre
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