Publié le 23 octobre 2015

EMPREINTE TERRE

COP21 : l’aide du Nord, une question de "vie ou de mort" pour les pays du Sud

En tapant du poing sur la table dès l’ouverture des dernières négociations préparatoires avant la conférence de Paris, les pays en développement ont profondément modifié la donne dans le jeu complexe de la diplomatie climatique. Ils ont rappelé qu’ils font déjà face aux dévastations causées par le réchauffement du climat. Et qu’ils ont besoin de l’aide des pays du Nord pour y faire face : il en va de leur survie.

Nozipho Mxakato-Diseko, ambassadrice de l'Afrique du Sud et représentante du G77 à la conférence de Bonn.
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Exit la rhétorique feutrée de la diplomatie climatique, place aux formules coup de poing. "Pour nous, le changement climatique est un enjeu existentiel. C’est une question de vie ou de mort", lâche l'ambassadrice sud-africaine Nozipho Mxakato-Diseko devant une salle de presse comble. Elle s’exprime au nom des 134 pays en développement et émergents du groupe G77. "Cette semaine de négociations a commencé alors qu’un ouragan s’abattait sur les Philippines, le douzième dans ce pays depuis le début de l’année. Des années de développement économique ont été anéanties".  

Que des diplomates s’adressent directement à la presse ne fait pas forcément partie des règles du jeu dans le monde hermétique des négociations climatiques. Nozipho Mxakato-Diseko le sait et elle justifie sa démarche : elle tient à rappeler que le réchauffement climatique pour le groupe de pays qu’elle représente est intimement lié aux questions de sécurité alimentaire, de logement, de développement.

   

Force de frappe financière  

 

Seulement, pour pouvoir répondre à ces enjeux, il faut disposer d’une force de frappe financière conséquente. Que n’ont pas les pays en développement. Aussi, la question de l’engagement financier des pays du Nord au profit des pays du Sud se trouve au cœur des négociations actuellement en cours.   

"Le G77 a publié des positions communes sur le financement pour qu'elles soient incluses dans le coeur de l'accord. Mais les pays développés n’ont pris aucun engagement financier précis pour après 2020 (date de l’entrée en vigueur du futur accord, ndlr)", regrette l’ambassadrice. De fait, pour les pays développés, les mécanismes et structures déjà existantes (comme le Fonds vert, mais aussi le Fonds d’adaptation ou encore le Fonds pour les pays les moins avancés) suffisent. Les pays en développement rétorquent que ces instruments souffrent d’un manque de financement chronique et qu’ils ne répondent pas à leurs besoins immédiats.   

 

Le groupe G77, un acteur devenu incontournable   

 

Deux positions s’opposent donc alors que s’achève la dernière séance de négociations officielles avant la conférence de Paris, avec un texte passé de 34 à 55 pages. Et le G77 tient bon.   

Depuis Copenhague, ce groupe a gagné en influence pour devenir un acteur incontournable des négociations climatiques. Pourquoi ? Parce qu’il représente 80 % de la population mondiale et compte dans ses rangs des pays devenus des poids lourds de l’économie mondiale comme le Brésil, la Chine ou l’Inde. Et quand près de six milliards d’habitants parlent à l’unisson, il est difficile de ne pas les entendre...  

"C’est un groupe très hétérogène et il est plus facile pour lui de dire non à quelque chose. Mais quand on lui demande ce qu’il veut, il est bien en peine de le dire", explique Saleemul Huq, directeur du Centre International sur le Changement Climatique et le Développement (ICCCAD). Pendant les négociations, il dispose du statut d’observateur et conseille le G77. "Mais ce groupe a cependant pu s’accorder sur deux points, l’adaptation et le mécanisme des « pertes et dommages". Autrement dit, sur deux mécanismes de financement Nord/Sud.    

 

Adaptation et "pertes et dommages", leurs revendications   

 

A quoi correspondent ces deux mécanismes ? "L’adaptation comprend les mesures préventives contre les effets du réchauffement climatique (comme par exemple la construction de digue contre la montée du niveau de la mer). Le mécanisme de 'pertes et dommages' apparaît quand on ne peut plus prévenir mais que l’on doit guérir", explique Saleemul Huq. En clair, il s’agit de fournir aux populations les plus vulnérables des polices d’assurance, financées par les pays du Nord.   

"Mon pays, le Bangladesh, est profondément impacté par le réchauffement climatique. Notre gouvernement se montre très réactif, nous disposons par exemple d’un important plan solaire", poursuit l’expert. "Mais, à l’évidence, nous sommes pauvres. Nous avons besoin de l’aide des pays du Nord pour survivre".     

Claire Stam, correspondante en Allemagne
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