Publié le 22 juillet 2015

EMPREINTE TERRE

COP 21 : une éclaircie dans le brouillard des négociations

À 130 jours de la Conférence climat de Paris (COP 21), la France ne ménage pas ses efforts. Son objectif : tenter d'atteindre le consensus nécessaire à la signature d’un accord juridiquement contraignant pour tous les pays, qui permettra de limiter la hausse des températures à 2°C d'ici la fin du XXI siècle. Cette semaine, deux événements se sont tenus pour accélérer la marche vers cet accord : un Sommet des consciences réunissant les autorités morales et religieuses du monde entier, et une réunion informelle d’une quarantaine de pays destinée à trancher des points politiques délicats de l’accord.

Laurence Tubiana et Laurent Fabius lors des Consultations informelles ministérielles sur le climat des 20 et 21 juillet 2015à Paris.
Jacques Demarthon / AFP

À la sortie de la première réunion ministérielle "informelle" sur le climat, qui réunissait les représentants de 46 pays à Paris ces 20 et 21 juillet, Laurence Tubiana, l’ambassadrice française chargée des négociations sur le changement climatique, affichait un beau sourire. "Fatiguée mais de bonne humeur", la diplomate, qui parcourt le monde depuis un an pour rallier les différents pays à la cause climatique, a affirmé voir "une percée dans les négociations" qui doivent mener à un accord international sur le climat au mois de décembre.

 

Des terrains d'accord encourageants

 

Certes, seuls 46 pays sur les 196 Parties (195 États et l’Union européenne) qui doivent s’assoir à la table des négociations lors de la COP 21 étaient présents lors de ces 2 jours de rencontre, mais "tous les groupes de discussions étaient représentés" et il s’est dégagé une "évolution tout à fait notable sur plusieurs points clés", souligne Laurence Tubiana.

"Le gain le plus important" porte sur "le fait que l'accord est durable et là pour rester".  Une bonne nouvelle, vu le rythme des négociations climatiques. Autre point crucial, les ministres se sont accordés sur le fait que chaque contribution des États à l’effort climatique (INDC) doit être révisée à la hausse tous les 5 ans, et doit être soumise à un mécanisme de vérification commun, même si les détails restent à régler, concernant les pays en développement notamment.

Là encore, on ne peut que se réjouir, quand on sait que les contributions actuelles nous conduisent à un monde à + 3/4°C, loin des 2°C d'augmentation qui font pourtant consensus dans les déclarations des différents pays. Mais si le niveau des contributions n’est toujours pas à la hauteur, le fait même de les rendre publiques a changé la donne : cela met en lumière les efforts qui restent à faire.

 

Une diplomatie climatique tous azimuts

 

L’ambassadrice voit dans ces avancées le fruit du travail diplomatique de la France, qui multiplie ces derniers mois les rendez–vous bilatéraux et les réunions de négociations informelles pour faire "accélérer la marche vers l’accord" et "chercher le plus vite possible les compromis", comme l’avait déclaré Laurent Fabius en ouverture de la réunion.

Objectif : ne pas reproduire les erreurs des négociations de Copenhague. Des négociations qui avaient notamment échoué en raison de l'absence d'un mandat clair pour les négociateurs en amont de la conférence. "L'idée que l'on pourrait trouver un compromis ambitieux de dernière minute, c'est une illusion et une leçon que nous avons tous tirée de Copenhague (…) Si l’on veut que l'accord soit présenté et adopté en temps utile, tout ça doit être préparé", a insisté le futur président de la conférence de Paris.

Au terme de cette réunion informelle, c’est aussi ce qui semble être gagné. En convoquant les ministres des représentants de tous les gros pays ou groupes de négociations (26 ministres du développement durable ou des Affaires étrangères sur les 46 représentants des États présents dont la Chine, les États-Unis, l'Inde, le Brésil, l'Arabie saoudite ou l'Union Européenne, mais pas la Russie, 5ème émetteur mondial), la France a voulu donner en amont l’impulsion politique qui manque encore aux négociations. "Désormais, les ministres ne lâcheront pas avant la COP 21" veut croire Laurence Tubiana : "Ils vont pouvoir donner leurs instructions aux négociateurs, et discuter avec les autres pays de la négociation."

 

De nombreux points restant à aborder

 

Reste que seuls deux points sur les 7 pierres d’achoppement politiques, qui existent encore dans le brouillon de l’Accord de plus de 80 pages, ont été évoqués lors de cet atelier de haut niveau. On verra comment ils sont abordés dans la version allégée du texte, qui doit être présentée le 24 juillet par les co-présidents choisis par l’assemblée des négociateurs, l’Algérien Ahmed Djoghlaf pour les pays du Sud, et l’Américain Daniel Reifsnyder pour le Nord.

Le même exercice sera reproduit les 6 et 7 septembre prochain à Paris, sur la partie aussi délicate que cruciale du financement de l’atténuation et de l’adaptation au changement climatique. Avant la tenue d’une pré-COP annoncée pour début novembre par Laurent Fabius.

Béatrice Héraud
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