Publié le 05 septembre 2015

EMPREINTE TERRE

COP 21 : des avancées encourageantes, des ambitions insuffisantes

L’avant-dernier round des négociations climatiques avant la COP 21 s'est achevé à Bonn sur un optimisme prudent. Optimisme de voir les délégués aboutir à un texte de négociation d’ici le 30 novembre, un impératif si la communauté internationale veut sceller un accord universel capable de maintenir le réchauffement climatique sous le seuil des 2°C. Mais le niveau d’ambition affiché par les États dans leurs contributions volontaires reste à ce jour largement insuffisant.

Session plénière lors des négociations climatiques onusiennes au World conference center de Bonn.
UNFCCC / IISD

C'était l’avant-dernier round de négociations avant la COP 21. Il a pris fin vendredi 4 septembre, à Bonn en Allemagne. À l'issue de 5 jours de discussions intenses, un optimisme prudent semblait régner dans les couloirs du siège de la CCNUCC, la convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques.

"Nous connaissons chaque pièce du puzzle maintenant. Il s’agit désormais de les assembler pour pouvoir en donner une image complète", résume Laurence Tubiana, l’ambassadrice française chargée des négociations sur le changement climatique, lors d’une conférence qui clôturait la session de négociation.

 

Nouvel outil de négociation 

 

Pour les assembler, les délégués auront à disposition pour la prochaine - et ultime - séance préparatoire avant Paris (du 19 au 23 octobre, toujours dans la cité rhénane) un nouveau mode d’emploi : les deux coprésidents de l’Assemblée des négociateurs, l’Algérien Ahmed Djoghlaf pour les pays du Sud, et l’Américain Daniel Reifsnyder pour les pays du Nord, doivent présenter durant la première semaine d’octobre l’ébauche du texte qui servira de base juridique aux négociations à Paris.

Ils vont donc s'atteler à retravailler le document présenté le 24 juillet dernier. "L’annonce des deux coprésidents est très encourageante", se félicite Elina Bardram, négociatrice en chef pour la Commission européenne. Qui leur adresse néanmoins cet avertissement : "Nous attendons un texte concis, clair, cohérent et exhaustif". Rien de moins. 

De fait, aucun de ces épithètes ne peut s’appliquer aux résultats des travaux issus de ces cinq jours de négociations. L'adjectif complexe reste le plus approprié pour les qualifier. 

 

Des avancées encourageantes

 

La bonne nouvelle réside dans le fait que des principes sont acquis. Notamment celui d’un objectif climatique sur le long terme. Mais des divergences demeurent quant à sa définition.

Même chose pour la différenciation (c’est-à-dire équilibrer le niveau de responsabilité entre pays dans les émissions de gaz à effet de serre) : le statu quo qui prévalait jusqu'à présent n'est plus. Il reste désormais à en fixer les contours. Une mission confiée à un sous-groupe, appelé "spin-off" dans le jargon onusien. Il a été officiellement créé cette semaine.

Le principe de vérification des engagements climatiques tous les cinq ans ne représente également plus de contentieux. Quant au financement, Pierre Canet, responsable du programme climat au WWF France, voit se profiler "une trajectoire" vers les 100 milliards de dollars par an promis par les pays développés à Copenhague. C'était en 2009.

Surtout, le mécanisme de "perte et dommage"  établi lors de la conférence de Varsovie en 2013 a quant à lui toutes les chances de faire partie du futur texte de négociation. Les pays développés, les USA en tête, ont levé leur opposition à ce système de compensation. C’était une revendication majeure des pays les moins développés durant toute cette semaine.

 

Des promesses de réduction d'émissions de CO2 insuffisantes

 

Reste que les engagements climatiques des États, les fameux INDCs, sont à ce jour insuffisants pour contenir le réchauffement global sous les + 2°C. "Nous ne sommes pas dans les clous", s’alarme Pierre Cannet. De fait, selon les estimations de l’organisation Carbon Action Tracker, les contributions volontaires des États mèneraient vers un réchauffement de 3°C.

La solution ? "Profiter de l’espace temps entre 2015 et 2020 pour élever les ambitions", répond-il. C’est-à-dire utiliser les cinq années qui séparent l’adoption d’un accord à Paris de son application. Mais pas seulement. Les prochaines semaines verront s'amplifier l'activisme diplomatique sur le climat. "Il s’agit de trouver la courroie de transmission entre le niveau politique et celui des négociations entre délégués", poursuit Pierre Cannet.

Le temps presse. Il ne reste aux 196 Parties (195 pays + l'Union Européenne) que cinq jours de négociations préparatoires avant que ne débute la Conférence climat de Paris.

Claire Stam, envoyée spéciale à Bonn.
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