Publié le 14 décembre 2015

EMPREINTE TERRE

Climat : après le succès de la COP21, tout reste à faire

C'est sur une éclatante réussite que s'est achevée la COP21 : samedi 12 décembre, un accord international a été adopté sur le climat. Un texte qui ne constitue heureusement pas le plus petit dénominateur entre toutes les délégations présentes au Bourget. Mais un texte qui ne permet pas de faire face à l'urgence climatique. Non. Il s'agit plutôt d'un socle sur lequel bâtir, avec tous les acteurs de la société, un monde décarboné.

Éditorial.

Le 6 décembre, des militants écologistes manifestaient à Paris, en marge de la COP21, pour réclamer un basculement énergétique vers du 100 % renouvelable.
Martin Bureau / AFP

Ne boudons pas notre plaisir. Le 30 novembre dernier, lorsque 150 chefs d'États et de gouvernements sont venus à Paris pour l'ouverture de la COP21, le succès n'était pas garanti.

Certes, tous avaient juré, la main sur le cœur, qu'il était temps de s'unir pour faire face au plus grand défi moderne de l'histoire humaine : le réchauffement climatique et ses conséquences. Encore fallait-il concilier des intérêts aussi antagonistes que ceux de l'Inde, de la Chine, de l'Arabie Saoudite, du Nicaragua et des Kiribati, des Etats-Unis ou de l'Union européenne, pour ne citer que quelques-unes des 196 Parties présentes lors de ce sommet international.

Après 13 jours (et quelques nuits) de négociations acharnées, une prolongation de 24 heures sous haute tension et la crainte de revivre le traumatisme de 2009 à Copenhague, un accord international a finalement été conclu. Il vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à tenter de limiter le réchauffement climatique à + 1,5 ° Celsius par rapport à l'ère pré-industrielle.

L'adoption de ce texte doit beaucoup à la diplomatie française. En particulier à Laurent Fabius. La méthode développée par le président de la COP21, également ministre français des Affaires étrangères, et son équipe, Laurence Tubiana en tête, a été unanimement saluée tout au long de ces négociations. Une méthode qui a donc porté ses fruits.

 

Éviter l'abîme

 

Cet accord a d'abord un grand mérite. Celui d'exister. Il nous évite le scénario du pire. À savoir un monde lancé, tel un train fou, vers un réchauffement global de + 4, 5 ou 6° Celsius. Une planète invivable pour quelque milliards d'humains.

Le texte de Paris, compte tenu des forces en présence, est sans doute le meilleur possible. Mais les contributions volontaires des États, sur lesquelles il s'appuie, nous placent sur une trajectoire de + 2,7 à 3° Celsius. C'est un progrès. Mais personne ne saurait s'en contenter. La COP21 a accouché d'un texte "scientifiquement insuffisant mais politiquement historique", tel que le définit avec justesse l'avocat Arnaud Gossement, spécialiste du droit de l'environnement.

Tout est maintenant à construire. C'est sur ce succès politique que doit désormais se bâtir un monde décarboné. Reste maintenant à savoir ce que feront les forces en présence à Paris, mais aussi les acteurs économiques, financiers, intellectuels et culturels. Ainsi que les citoyens. Car c'est une révolution copernicienne à laquelle nous sommes tous appelés à participer. Sous peine de sombrer dans l'abîme.

 

Donner tort aux Cassandres

 

Des Cassandres affirment déjà, péremptoirement, que cet accord est vain. Le pire n'étant jamais certain, il existe des raisons d'espérer. Et elles sont nombreuses.

Certains États, comme la France, se sont déjà engagés à aller plus loin que l'accord de Paris en matière de réduction de gaz à effet de serre, d'aide financière à l'adaptation des pays les plus vulnérables ou de mise en place d'un prix du carbone. Transformer ces promesses en actes dans les mois qui viennent est indispensable et peut donner une impulsion aussi décisive que nécessaire. 

Car tout au long des deux semaines qu'aura duré la COP21, les acteurs économiques, de terrain, financiers et citoyens ont montré leur volonté d'agir plus vite, plus loin.

Le rôle des investisseurs est décisif. En désinvestissant les énergies fossiles et en misant sur les énergies renouvelables, en ayant confiance dans les entreprises qui intègrent le risque climatique dans leur modèle économique, ils sont en mesure d’accélérer de manière drastique le basculement vers un monde bas carbone.

Celui des entreprises l'est tout autant : charge à elles d'innover et de produire de manière durable. Elles sont déjà nombreuses à s'être engagées en ce sens.

Pour que ces acteurs tiennent leurs engagements, la société civile - ONG, intellectuels et journalistes en tête - se doit quant à elle de jouer un rôle, accru, de vigie. Chaque citoyen est désormais garant du respect de l'accord de Paris et de sa mise en oeuvre. Il nous revient aussi, collectivement, de tout faire pour pousser son ambition. Il s'agit pour cela de rappeler de manière constante au personnel politique que la question environnementale doit faire partie intégrante de chacune de leurs décisions.

L'accord de Paris n'est pas une fin. Mais le début d'un long chemin. C'est ce que n'ont cessé de répéter les 196 parties pendant la COP21. Il est urgent de l'arpenter.

La rédaction
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