Publié le 07 septembre 2015

EMPREINTE TERRE

Bien communiquer sur la COP 21, une gageure

Comment communiquer de façon efficace sur la Conférence climat de Paris ? C’est l’une des questions que se sont posés les participants de l’Université d’été de la communication et du développement durable, qui a réuni à Bordeaux plus d’une centaine de praticiens d’entreprises, d’ONG ou de collectivités territoriales françaises, les 25 et 26 août dernier. Car les enjeux des négociations climatiques restent complexes à faire comprendre aux populations, même en France, pays hôte de la COP 21.  

Un homme passe, indifférent, devant une affiche de la COP 21 accroché à un mur du ministère des affaires étrangères.
Jacques Demarthon / AFP

Comment intéresser citoyens, entreprises ou élus à une conférence onusienne où 196 États négocient au début de l’hiver un obscur texte de plusieurs dizaines de pages ? Présenté comme ça, le succès tient du miracle, ou presque.

Mais la conférence onusienne évoquée ici n’est pas n’importe laquelle : elle doit permettre un changement de cap essentiel sur notre façon de vivre et de nous développer. C’est la COP 21, lors de laquelle un accord international concernant la lutte contre le changement climatique est attendu.

Elle se déroule à Paris, et pour les acteurs du changement français, c’est une aubaine. Car l’événement va agir comme une formidable "caisse de résonance" sur les questions climatiques. Plus de 40 000 personnes sont attendues : négociateurs du monde entier mais aussi entreprises, politiques, ONG, collectivités locales, journalistes, etc. "La COP 21, c’est un moyen pour discuter climat avec les citoyens", estime ainsi Claire Roumet, la directrice du réseau Energy Cities.

 

COP 21 : un acronyme obscur

 

De fait, depuis le début de l’année, les événements sur le sujet se multiplient dans l’Hexagone. Tant et si bien que pour les organisateurs, la question est parfois de savoir comment exister dans le foisonnement de manifestations, colloques et autres séminaires où l’obscur acronyme COP 21 fait florès.

"C’est notamment pour cela que, comme d’autres, nous avons décidé d’inscrire nos actions sur la COP 21 et le climat dans la durée" souligne Valérie Martin, cheffe du service communication institutionnelle et information de l’ADEME. "Nous parlons du climat depuis longtemps et nous continuerons après la conférence !" Car tous ceux qui ont vécu l’échec de la COP de Copenhague en 2009 le savent bien ; le risque est qu’une fois le 11 décembre (date de clôture de la COP 21) passé, l’intérêt pour les questions de changement climatique retombe comme un soufflé.

 

Rendre le sujet attractif

 

D’ici là cependant, les communicants s’interrogent : comment rendre le sujet attractif et désirable au-delà du cercle des convaincus ? "Cette question, je me la pose tous les matins en me levant", assure Anne Bringault, qui coordonne l’action du Réseau Action Climat (RAC) et du Comité de Liaison des énergies Renouvelables (CLER) pour la transition énergétique.

Pour les ONG environnementales par exemple, l’organisation d’un événement de cette ampleur sur le territoire national est un coup de projecteur plus qu’appréciable sur les conséquences actuelles et futures du changement climatique. La thématique n’avait pas été aussi présente dans les medias depuis Copenhague. Avant d’en disparaître quasi complètement par la suite…

Le développement d’Internet et la force de frappe des réseaux sociaux sont aussi utilisés pour alerter et mobiliser. C’est notamment le cas des sites de pétitions Avaaz ou Change.org, qui réunissent aujourd’hui des centaines de milliers de signatures sur ce type de sujet. "Est-ce que cela permet de faire changer les choses ? Peut-être pas directement. C’est plus souvent un premier pas, une porte d’entrée pour s’informer et ensuite éventuellement agir", souligne Anne Bringault. "Mais ce qui est sûr, c’est qu’avec Internet, on ne peut plus dire que l’on ne savait pas."

"Les pétitions permettent d’attirer l’attention", confirme Anne-Sophie Novel, blogueuse et fondatrice de "Place to B", une initiative originale qui entend profiter de la COP 21 pour parler différemment des enjeux climatiques. "Mais les initiatives de terrain de la société civile comme celles de la Coalition climat 21, d’Alternatiba ou de Place to B, sont indispensables pour aller au-delà du simple clic."

Internet et une mobilisation de terrain, c’est aussi le combo des collectivités locales pour communiquer sur la COP 21. À Bordeaux et en Gironde, où se tenait l’université d’été de la communication et du développement durable, les collectivités organisent des "mini COP" pour les jeunes, une journée du climat où la population pourra s’exprimer via Internet sur le sujet, des concertations avec les élus du département pour les amener à prendre des engagements, des concours pour valoriser les familles à "énergie positive", des travaux avec les entreprises de la région pour les inciter à prendre des engagements ayant des impacts concrets sur le territoire, etc.

 

Ancrer la problématique climatique dans le quotidien des citoyens

 

"Jusqu’à présent, collectivement, nous n’avons pas encore trouvé la bonne façon de communiquer sur les questions climatiques, car le climat reste un sujet assez lointain", regrette Julie Chabaud, directrice Agenda 21 et numérique du conseil général de la Gironde. "Mais nous cherchons la recette ! Ce qui semble marcher, pour les entreprises comme les citoyens, c’est d’ancrer ces questions dans leur réalité et celle du territoire. Quand on leur parle amélioration de la qualité de vie (par les économies d’énergies par exemple), impacts sur l’environnement directs, alors les gens sont enthousiastes."

Dans les entreprises, on mise aussi sur la pédagogie. Chez SNCF Réseaux (ex-RFF) par exemple, des climatologues sont invités à donner des conférences devant les salariés du groupe. Chez Vinci, la direction du développement durable fait le tour des différentes sociétés (plus de 2 000) du groupe à travers le monde pour harmoniser les connaissances des 185 000 collaborateurs sur les impacts du changement climatique. Des démarches importantes pour des entreprises dont le cœur de métier - la mobilité et le bâti - sont au cœur des enjeux climatiques, tant au niveau des impacts que des solutions.

Montrer qu’il existe des solutions, c’est justement l’une des pistes privilégiées par les acteurs, notamment économiques, pour communiquer sur le climat et la COP 21. Les dangers du changement climatique sont expliqués depuis 25 ans maintenant mais la communication alarmiste a eu tendance à démobiliser une partie de la population, qui s’est sentie impuissante face à une telle menace. "Le fait de montrer qu’il existe des solutions et que des actions sont entreprises pour lutter contre le changement climatique est davantage mobilisateur. La COP 21 sera un succès si l’ensemble de la population se sent responsable de sa mise en œuvre", juge ainsi la directrice de la communication d’Éco-Emballages, Aurélie Martzel.

C’est notamment le sens de la grande initiative Solutions COP 21, qui entend profiter des négociations de la fin d’année pour valoriser les solutions climat des entreprises, collectivités, notamment à travers une plateforme web et une sorte d’exposition universelle des produits, services et innovations climat qui se tiendra au Grand Palais à Paris, en parallèle des négociations officielles.

Mais toute cette communication ne sera de toute façon efficace que si les décideurs politiques du monde entier prennent en compte la mobilisation de tous ces acteurs de terrain.

 

Propos recueillis lors des tables rondes du 26 août 2015 à l’Université d’été de la communication et du développement durable

Béatrice Héraud
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