Publié le 30 septembre 2015

EMPREINTE TERRE

À quoi servent les contributions climatiques avant la COP 21 ?

Depuis février 2015 et la contribution de la Suisse, une centaine de pays ont soumis à l’ONU leurs " contributions climatiques ", appelées INDC (Intended Nationally Determined Contribution). Un processus très différent de celui employé à Copenhague en 2009, où les négociations furent un échec cuisant, favorisant une approche " bottom-up ", de la base vers le haut, considérée comme plus réaliste.  

Assemblée plénière de l'UNFCCC au World Conference Center de Bonn.
UNFCCC

L’origine des contributions INDC (ou « contributions prévues déterminées au niveau national ») est directement issue de l’échec de Copenhague en décembre 2009.

Lors de cette quinzième COP, de nombreux blocages politiques ont miné les négociations et n’ont pas permis d’aboutir à un accord légalement contraignant pour tous les pays. Le processus onusien imposant l’unanimité des 196 parties pour l’adoption d’un accord, la moindre divergence sur les objectifs d’atténuation peut constituer un obstacle majeur.

L’échec de Copenhague, déjà présenté à l’époque comme le sommet de la " dernière chance ", a contraint les Nations Unies à revoir complètement les processus de négociation. En 2013, après plusieurs années de réflexion, les membres de la CCNUCC (Conférence cadre des Nations Unies sur les changements climatiques) ont retenu lors de la COP 19 de Varsovie une approche dite " bottom-up " (du bas vers le haut), laissant les pays quantifier eux-mêmes leurs objectifs nationaux.

Une telle approche permet à chaque pays d’estimer ses capacités d’atténuation en fonction de ses moyens et de fixer un niveau d’ambition minimal. La préparation des INDC permet également à certains pays de prendre la mesure de leur vulnérabilité face aux changements climatiques attendus dans les prochaines décennies et d’évaluer les réponses politiques à y apporter.

De nombreux pays pauvres ou en voie de développement ont d’ores et déjà prévu dans leurs contributions de se doter de stratégies nationales, comprenant la création d’instruments légaux et le développement de cadres institutionnels, afin de décarboner leurs économies et de combattre le changement climatique.

 

Le casse-tête de l’équité climatique

 

Pour tirer les leçons de Copenhague, les contributions INDC ont été conçues pour mieux respecter l’un des principes fondateurs de la CCNUCC : le principe de différentiation des responsabilités et des capacités. Ce principe d’équité, crucial dans les négociations, énonce que les efforts d’atténuations des pays doivent être proportionnés à leurs responsabilités historiques dans les émissions de gaz à effet de serre (GES) ainsi qu’à leurs capacités économiques à décarboner leurs économies.

Les pays développés, émetteurs de quantités croissantes de gaz à effet de serre depuis la révolution industrielle du 19ème siècle, ont une grande responsabilité dans l’augmentation de la température moyenne du globe, et devront réduire rapidement leurs émissions.

A contrario, les pays pauvres et émergents, dont le poids dans les émissions est souvent négligeable, disposeront d’un délai pour atteindre leur pic d’émission avant de les réduire eux-aussi. C’est le cas de la Chine, qui prévoit d’atteindre son pic d’émission entre 2020 et 2025, mais aussi du Mexique et de l’Indonésie.

Selon la responsabilité d’un pays, les objectifs de réduction peuvent s’exprimer de deux façons différentes. Les pays développés expriment leur objectif en projetant de réduire leurs émissions par rapport à une année de référence. L’Union Européenne s’est par exemple engagée à réduire ses émissions de 40 % en-dessous des niveaux de 1990.

Les pays en voie de développement adoptent quant à eux une réduction des émissions par rapport à un scénario de développement économique fort au sein duquel ils n’auraient pris aucune mesure (scénario business as usual). C’est le cas du Mexique, qui a promis de réduire ses émissions de 22 % par rapport à la quantité de GES qui aurait été émise en 2030 si le pays n’avait rien fait pour freiner ses émissions. Dans ces cas-là, les émissions continuent de croître, se stabilisent et finissent par décliner.

 

 

Objectif : rester sous les 2°C

 

Après le 1er octobre, les objectifs d’atténuation des émissions de GES réunis seront additionnés afin d’évaluer l’impact et l’efficacité des contributions soumises aux Nations Unies et leur compatibilité avec l’objectif de maintien du réchauffement sous la barre des 2°C.

Les contributions serviront alors de base de travail à l’ouverture de la COP 21 le 30 novembre, pour élaborer un accord international qui soit suffisamment contraignant pour atteindre l’objectif des 2°C mais aussi suffisamment réaliste pour que tous les gros émetteurs de la planète se mettent d’accord.

Un équilibre fragile dont l’une des clefs sera le financement et la question des 100 milliards de dollars par an promis en 2009 par les pays développés. À ce jour, plus d’une centaine de pays ont soumis leurs INDC à la CCNUCC, représentant près de 77 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Le Climate Action Tracker, une ONG constituée d’experts du climat, estime que les contributions actuelles mèneraient à un réchauffement compris entre 2,9°C et 3,1°C, bien loin du seuil des 2°C.

Gary Dagorn
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