Publié le 06 juillet 2015

EMPREINTE TERRE

Brésil : des eucalyptus génétiquement modifiés pour remplacer la forêt tropicale ?

La commercialisation d’eucalyptus génétiquement modifiés a reçu le feu vert de l’agence brésilienne de régulation des OGM (organismes génétiquement modifiés). Alors que le Brésil est le premier producteur d’eucalyptus au monde, cette décision alarme scientifiques et écologistes, qui s’inquiètent des impacts sanitaires et sociaux. L’État et l’industrie du bois devront aussi prendre en compte les répercussions économiques de la plantation d’arbres OGM comme une interdiction de vente du miel brésilien sur le marché européen ou la perte de certification FSC qui garantit une gestion responsable des forêts.

Au Brésil, une plantation d'eucalyptus photographiée en 2012.
Fernando Podolski / istock

Les eucalyptus transgéniques de la société FuturaGene ont une croissance accélérée. Depuis 2001, cette filiale du géant papetier brésilien Suzano travaille au développement de ces arbres OGM, arguant de leur productivité 20 % supérieure aux autres plantations et de leur innocuité environnementale. En avril 2015, l’agence brésilienne de régulation des OGM CTNBio lui a donné raison en autorisant la commercialisation de ses eucalyptus génétiquement modifiés.

Ouvrant la voie à la culture d’arbres OGM sur des centaines de milliers d’hectares (Suzano possède des plantations sur plus de 400 000 hectares), cette décision relance le débat sur leur dangerosité. En 2008, la Convention sur la diversité biologique avait appelé au principe de précaution face aux risques spécifiques de ces OGM : des durées de vie plus longues et un rôle dans les écosystèmes naturels plus complexes que les cultures agricoles.

 

Risques pour les pollinisateurs

 

L’absence de croisement entre l’eucalyptus et d’autres espèces a convaincu le CTNBio des faibles risques de dissémination dans la nature des gènes modifiés. Plusieurs chercheurs brésiliens portent pourtant un avis très différent.

Les pollinisateurs, aux premiers rangs desquels figurent les abeilles, seraient particulièrement exposés à la présence d’un gène de résistance aux antibiotiques dans le pollen des arbres. Ce marqueur utilisé dans les OGM permet de sélectionner les transgénèses réussies, en appliquant l’antibiotique pour détruire les cellules non modifiées.

L’argument de l’industriel Suzano, selon lequel la croissance plus rapide des arbres OGM réduit les surfaces nécessaires et les besoins en eau, ne convainc pas non plus. Le World Rainforest Movement rappelle qu’une plus grande productivité n’a jamais réduit les espaces cultivés : depuis 30 ans, le Brésil a doublé à la fois la productivité de ses plantations et les surfaces cultivées.

Plusieurs chercheurs ont également rappelé que si les arbres grandissent plus vite, ils consomment également plus d’eau.

 

Fermeture du marché européen

 

L’idée que les eucalyptus OGM participent à une économie verte en contribuant au développement d’une ressource renouvelable, voire à l’éligibilité aux crédits carbone, est donc totalement exclue pour les ONG environnementales comme Greenpeace, ou les nombreux membres de la campagne internationale contre les arbres GM "Stop GE Trees".

Mais les opposants aux projets font aussi valoir des arguments économiques. Alors que les 350 000 apiculteurs brésiliens exportent la majorité de leur miel vers l’Europe et les États-Unis, ils savent que le marché européen se fermera si du pollen OGM est retrouvé dans les produits. Or, 35 % du miel brésilien est fait à partir d’eucalyptus. Cet argument avait justifié l’abandon de la culture de soja transgénique au sud du Mexique.

Autre argument avancé : Suzano pourrait perdre la certification FSC (Forest Stewardship Council), un label de gestion durable des forêts, qui proscrit l’utilisation d’OGM.

Magali Reinert
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