Publié le 12 août 2014

EMPREINTE SOCIALE

Bangladesh : 1 600 ouvriers en grève pour réclamer le paiement de leurs salaires

Nouveau scandale dans l’industrie textile bangladaise. Pour protester contre le non-paiement de leur salaire depuis trois mois, près de 1 600 ouvriers de Tuba Group ont suivi une grève d'une dizaine de jours. Début août, le mouvement a été durement réprimé par la police. Ce manufacturier, qui fournit de grandes marques occidentales, est aussi le propriétaire de l’usine de Tazreen, dont l’incendie en 2012 avait provoqué la mort d’une centaine d’ouvriers.

Le 8 août, dans la banlieue de Dacca, la police réprime le mouvement des ouvriers de Tuba Group qui manifestent pour réclamer le paiement de leurs salaires.
© Bayazid Akter / citizenside.com

Les ouvriers du textile bangladais veulent faire respecter leurs droits. Après des semaines de négociations infructueuses, près de 1 600 d’entre eux, travaillant pour Tuba Group, un fournisseur de marques occidentales comme Walmart, mais aussi la Fédération internationale de football (FIFA), se sont lancés dans une grève. Le mouvement a duré un dizaine de jours. 

Certains d’entre eux ont également choisi d’observer une grève de la faim. Ils entendaient ainsi protester ainsi contre le non-paiement de leur salaire sur les trois derniers mois, des heures supplémentaires et des primes de congés. Au fil de la dizaine de jours qu’a duré la grève (du 28 juillet au 8 août), une centaine de protestataires sont tombés malades, à la suite d’une déshydratation. Une dizaine d’ouvriers a été hospitalisée. Mais le mouvement n’a pas faibli.

 

Tuba Group refuse de payer

 

Car Tuba Group refuse toujours d’accéder à la demande des ouvriers. L’Association des fabricants et exportateurs du Bangladesh (BGMEA) a bien proposé de verser deux mois de salaires dès maintenant et que Tuba Group paye le reste et le rembourse par la suite. Selon le président de l’association, Mohammad Atiqul Islam, cité par Reuters, près de la moitié des travailleurs ont accepté l’offre.

Mais les autres, soutenus par les syndicats, jugent la proposition inacceptable. Certains syndicats comme le Garment Workers Unity Forum ont même appellé à une grève générale des ouvriers du textile bangladais. Un appel qui n'a pas été suivi. 

La détermination affichée était réelle. D'autant plus que les heurts avec la police se sont multipliés. Le 6 août, elle a réprimé à coups de matraque les ouvriers qui tentaient d’assiéger le quartier général du BGMEA. Le lendemain, elle bloquait les ouvriers ainsi que les leaders syndicaux, activistes, personnalités politiques et académiques venus les soutenir dans l'une des cinq usines du groupe, dans le quartier industriel de Badda, dans la banlieue de Dacca.

Certains ont été arrêtés. Les syndicats et organisations non gouvernementales internationaux, comme la Clean Clothes Campaign, ont alors appelé à l’arrêt des violences et au paiement intégral des travailleurs. Le 8 août, la police a délogé les protestataires des usines à coup de canons à eau et de gaz lacrymogènes.

 

Un groupe aux pratiques discutables

 

Tuba Group est déjà impliqué dans le drame de l’incendie de l’usine de Tazreen qui avait fait plus de 110 morts en 2012. Le directeur du groupe, Delwar Hossain, était d’ailleurs en prison depuis février 2014. Il a été relâché sur caution le 5 août. Ce qui a eu pour effer de renforcer le mouvement de protestation des ouvriers.

Le ministre bangladais du Travail a exigé que Tuba Group paie tous les salaires, faute de quoi l’Etat engagerait des poursuites.

Béatrice Héraud
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