Publié le 11 avril 2017

EMPREINTE SOCIALE

Fake news et contenus haineux : Google et Facebook sous pression

Boycott des annonceurs, inquiétude des investisseurs, lourde sanction prévue par une nouvelle loi allemande… les géants d’internet, visés de toutes parts pour leur manque de modération sur leur plateforme, tentent de redresser la barre. Google et Facebook ont ainsi annoncé une série de mesures visant à lutter contre les fake news et les contenus haineux. Malgré ces bonnes résolutions, les GAFA rechignent toujours à reconnaître leur responsabilité.

Image d'illustration
Pixabay

Les géants du net sous pression. Youtube, Google, Facebook ou Twitter sont régulièrement critiqués pour leur manque de modération de contenus. Menaces de viol, propagande terroriste, fake news… face à l’étendu des dérives, les sanctions tombent. Et commencent à peser sur le chiffre d’affaires des GAFA.   

C’est ce que l’on observe en Allemagne. Le 5 avril, le conseil des ministres a adopté un projet de loi qui rend responsables les réseaux sociaux du contenu des publications diffusées sur leur plateforme. Concrètement,  le texte les oblige à supprimer, en moins de 24h, les messages haineux manifestement illégaux et, en moins d’une semaine, ceux dont la légalité est discutable telles que les "fausses informations délictueuses", les fake news. En cas de manquement une amende de 50 millions d’euros est prévue.

Une somme non négligeable qui constitue une réponse à la prolifération des propos racistes en Allemagne, pays d’Europe de l’Ouest qui accueille le plus grand nombre de réfugiés. En toile de fond également : l’élection présidentielle américaine. Facebook a ainsi été accusé d’avoir participé à la victoire de Donald Trump en n’ayant pas empêché la propagation de fake news. À l’instar de cet article, partagé plus d’un million de fois, affirmant que le Pape soutenait Donald Trump.

 

Investisseurs et annonceurs inquiets

 

Les États ne sont pas les seuls à intervenir. Face au risque de réputation, les investisseurs et annonceurs se mobilisent également. Ainsi, en février, Arjuna Capital et Baldwin Brothers, deux sociétés de gestion américaines représentant 1 milliard de dollars d’actifs, ont demandé à Google et Facebook de publier des informations sur leur gestion des risques associés aux fake news.

"En tant qu’investisseurs, nous craignons que Facebook et Google ne deviennent synonymes de fake news", explique Natasha Lamb, directrice associée chez Arjuna Capital. "La confiance est une relation si délicate que les fake news pourraient la perturber et affecter les résultats financiers de l’entreprise", ajoute, dans une interview à Bloomberg, Pat Miguel Tomaino, directeur associé de l’ISR à Zevin Asset Managment, actionnaire de Facebook et Google.

Un risque financier dont Youtube a fait les frais. Des centaines d’annonceurs ont décidé, fin mars, de boycotter la filiale de Google au Royaume-Uni. En cause : des bannières publicitaires de L’Oréal ou du journal britannique The Guardian affichés dans des vidéos extrémistes, notamment des vidéos de propagande de l’État islamique. Face à la pression, Google a annoncé durcir ses règles publicitaires. Coût du boycott pour Youtube? 775 millions de dollars, selon le cabinet Nomura Instinet. Soit un manque à gagner de 7,5% en termes de chiffre d’affaires pour 2017. 

 

Multiplication des mesures de Google et Facebook

 

Face à la pression, les géants du Net tentent de redresser la barre. Facebook a lancé, début février, un partenariat avec 8 médias français dont Le Monde, BFM TV, l’AFP ou encore France Télévisions. Le but ? Vérifier des contenus contestés et signalés par des internautes. Si au moins deux médias jugent ces contenus trompeurs, Facebook s’engage à prévenir les internautes mais ne supprimera pas le contenu en question au nom de la liberté d’expression.

Autre mesure : la création du News Integrity Initiative par Facebook, Mozilla ou encore Craiglist. Le but de ce fonds de 14 millions de dollars dédié à la lutte contre les fake news reste flou. "L’initiative abordera les problèmes de fausses informations, de désinformations, et des opportunités offertes par internet pour s’informer de nouvelles façons", explique Facebook dans un communiqué.  

Parallèlement, Google a lui aussi lancé son outil de fact-checking. Un label de vérification des faits va être apposé dans Google Actualités, auprès des articles considérés comme fiables. Trois degrés sont établis : vrai, faux et partiellement vrai. Et l’entreprise de préciser : "ces contrôles ne sont pas réalisés par Google et sont présentés afin que les gens puissent être mieux éclairés".

 

Une responsabilité à moitié reconnue

 

Car Facebook et Google, malgré la multiplication de mesures visant à rassurer les investisseurs et annonceurs, rechignent toujours à assumer leurs responsabilités dans la publication des contenus diffusés sur leur plateforme. Ainsi, la vérification des faits est pour l’instant déléguée à d’autres organismes spécialisés. Souvent de manière gratuite.

"L’industrie des médias vit actuellement une phase de transformation. Facebook n’est pas un média mais il joue un rôle important dans l’écosystème du secteur", tente ainsi d’expliquer Campbell Brown, responsable des partenariats avec les médias chez Facebook. "Ce n’est pas notre rôle d’être les arbitres de la vérité", insiste-t-elle.

Un premier pas a toutefois été réalisé le jeudi 6 avril. Dans une interview au Financial Times, Adam Mosseri, l’un des vice-présidents de Facebook a indiqué que le groupe était "en train de réfléchir à une relation commerciale (…). Si une coopération responsable implique un engagement financier, nous y sommes ouverts".

Marina Fabre
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