Publié le 05 février 2020

INFOGRAPHIES & VIDÉOS

[La vidéo des solutions] Avec Kabubu, les réfugiés contre-attaquent les préjugés par le sport

Un terrain, deux paniers, un ballon, des personnes bienveillantes... Voilà la recette de l'association Kabubu qui mise sur l'intégration des réfugiés par le sport. Tous les lundis, l'association propose des entraînements et matchs de basket entre personnes locales et réfugiées pour créer du lien et sortir de l'isolement. Un moment de partage où le sport devient un langage universel.

Kabubu sport refugie
C’est aussi pour l’amour du sport que ces amateurs se retrouvent.
Marina Fabre

Il pleut des cordes ce lundi 3 février devant l’Église américaine de Paris. L’édifice gothique sert de refuge aux passants trempés, mais pas seulement. Quelques mètres sous le hall se cache une salle de sport que l’Église met à disposition, chaque lundi, à Kabubu. Cette association organise ici des entraînements de basket entre personnes locales et réfugiées. Un moyen de créer du lien social et de sortir de l’isolement. À 20h40, une vingtaine de personnes est déjà présente.

"Quand je suis arrivé, je ne connaissais personne mais grâce à des associations comme Kabubu, j'ai pu rencontrer des gens, rigoler… cela m'a permis d’oublier beaucoup de choses", raconte Daye, arrivé du Mali en 2016. "Ici il y a des Africains, des Européens, des Américains… dès que tu es à Kabubu, tu sais que tu es chez toi, il n’y a pas de discrimination", témoigne celui qui veut devenir plombier. "Sur le terrain, il n’y a pas de différence, on joue ensemble, sans préjugé", abonde Mohammed, arrivé il y a presque quatre ans du Soudan.

Objectif : faire venir des femmes réfugiées

À 20h45 pétantes, c’est l’heure de l’entraînement. Le sifflet résonne dans la petite salle, tour à tour les participants montent au panier, s'exercent au dribble, avant d’entamer des matchs d’un quart d’heure. Si la majorité des joueurs sont des hommes, quelques filles sont présentes. "L’enjeu pour les prochaines années c’est d’arriver à faire venir davantage de femmes réfugiées", glisse Ingrid, bénévole en charge du cours.

Pour l’instant, c’est grâce au bouche-à-oreille que Kabubu, qui signifie l'amitié par le sport en swahili, se fait connaître. Elle compte 400 participants et une vingtaine de bénévoles. "On essaye de construire une communauté, on se voit en dehors pour tisser et solidifier les liens", témoigne Ingrid. L’association organise des goûters et propose du football, de la boxe, du yoga... l'offre est diverse. "Cela ne s’arrête pas au terrain", avance Mohammed. "Quand je suis arrivé j’avais un obstacle linguistique qui m’empêchait de créer des liens et d’élargir mon réseau. À l’école on apprend les règles de grammaire mais ce n’est pas pareil, ici on peut pratiquer la langue sans pression", souligne-t-il.

Mais c’est aussi pour l’amour du sport que ces amateurs se retrouvent. "Le sport ça apporte de la rigueur et un esprit d’équipe", croit Ingrid. Malgré la bonne entente et l’enthousiasme de tous, pas question de laisser gagner l’adversaire. Quelques dribbles, une remontée de terrain en contre-attaque, deux petits pas, un panier, et une tape dans la main. Un langage universel qui libère l’esprit et permet d’extérioriser. À 22 heures, trois coups de sifflet retentissent. C’est la fin du match. Chacun regagne les vestiaires pour laisser place aux SDF qui ont déjà étalé leur matelas sur le terrain. Ils passeront la nuit ici. 

Marina Fabre, @fabre_marina


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