Publié le 01 avril 2020

POLITIQUE

Coronavirus : l'étau se resserre sur le versement des dividendes des grandes entreprises

Le ministre de l’Économie recommande aux entreprises de ne pas verser de dividendes lorsqu’elles ont recours au chômage partiel. Une préconisation un peu plus forte que celle qu’il avait formulée quelques jours plus tôt. De son côté, l’association des grandes entreprises demande à ses adhérents de réduire les dividendes de 20 % cette année. La pression monte progressivement sur les politiques de dividendes.

Bruno Le Maire Coronavirus EricPiermont AFP
Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, veut limiter les dividendes pour les entreprises bénéficiant du soutien public.
@EricPiermont AFP

Les actionnaires vont devoir faire un effort cette année. Lundi 30 mars sur BFMTV, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des finances, a redit vouloir refuser toute aide financière publique aux entreprises versant des dividendes à leurs actionnaires. Pour celles ayant recours au chômage partiel, alors que le ministre ne faisait que les appeler à la modération vendredi soir, il va un cran plus loin lundi matin. "Soyez exemplaire : si vous utilisez le chômage partiel, ne versez pas de dividendes", les exhorte-t-il.

La pression du gouvernement monte donc petit à petit sur les entreprises, alors que s’ouvre la saison des assemblées générales, pendant lesquelles la politique de dividendes est votée par les actionnaires. Il y a encore une semaine, le gouvernement ne faisait qu’appeler les entreprises cotées à la mesure pour la rémunération de leurs actionnaires. Vendredi, Bruno Le Maire a franchi un pas en conditionnant l’octroi des aides publiques (prêts garantis, délai pour les charges sociales et fiscales, etc.) au non-versement de dividendes. Lundi, sans étendre la mesure tout à fait au chômage partiel, il en fait néanmoins une recommandation.

Les représentants des entreprises semblent entendre la menace du gouvernement. Dimanche 29 mars, l’Association française des entreprises privées (Afep) qui regroupe les 110 plus grandes entreprises françaises, a pris acte du discours du ministre de l’Économie en actant l’interdiction des dividendes en cas d’aide publique.

L’Afep prend position

Pour le chômage partiel, l’Afep ne va toutefois pas aussi loin. Elle chiffre le manque à gagner pour les salariés privés d’activité à 16 % de leur salaire net. L’organisation patronale demande donc une réduction pour les actionnaires du même ordre de grandeur. Elle demande à ses adhérents ayant recours au chômage partiel d’inscrire à leur prochaine assemblée générale une résolution prévoyant une réduction de 20 % des dividendes pour 2020, par rapport à 2019. Même chose pour les rémunérations des dirigeants mandataires sociaux, pour lesquels elle demande une réduction de 25 % de la rémunération perçue pendant la durée du chômage partiel.

L’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR), qui réglemente les banques et assurances, a de son côté relayé un appel de la Banque Centrale Européenne. Le 30 mars, elle a demandé aux banques françaises de ne pas verser de dividendes avant le mois d’octobre prochain. Celles-ci "doivent continuer à remplir leur rôle de financement des ménages et des entreprises", dit l’ACPR dans un communiqué. Et pour cela, il faut qu’elles gardent suffisamment de fonds propres pour "maintenir leur capacité à soutenir l'économie dans un contexte d'incertitude accrue causée par cette pandémie".

L’autorité de réglementation demande donc aux établissements financiers de ne pas verser de dividendes au moins jusqu’au 1er octobre 2020. Elle ajoute que les banques qui estiment devoir néanmoins le faire pour des raisons légales, devront lui expliquer les raisons rapidement. Pour l’instant, seule Natixis parmi les banques françaises a réagi aux recommandations de la BCE et de l’ACPR. Le conseil d’administration de la banque d’investissement, filiale du groupe BPCE, a décidé de suivre ces recommandations. Elle va retirer de son projet de résolution pour son assemblée générale du 20 mai le projet de versement de dividende. La somme déjà provisionnée dans les comptes de la banque va donc être réintégrée dans son bilan, ce qui aura pour effet immédiat d’améliorer sa solvabilité. 

Arnaud Dumas, @ADumas5


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