Publié le 27 mars 2020

FINANCE DURABLE

Crise du Coronavirus : vers un confinement des dividendes versés aux actionnaires

De plus en plus de voix s’élèvent alertant sur les politiques de dividende des entreprises. Les plans massifs d’aides publiques, pour soutenir les sociétés confrontées à la crise du coronavirus, ne doivent pas se retrouver dans la poche des actionnaires. Certains grands groupes ont déjà annoncé qu’ils suspendaient toute politique de dividendes cette année pour se concentrer sur le redressement de leur activité. D’autres, par crainte de repousser les investisseurs, se montrent plus hésitants.

Assemblee generale AIrbus 2019 Airbus
Airbus, très affecté par la crise en cours, a annoncé qu'elle ne verserait pas de dividendes en 2020.
@Airbus

[Mise à jour le 27 mars] Ils vont être regardés de très près. Alors que les entreprises souffrent massivement de la pandémie du coronavirus et que les États viennent à leur rescousse, l’épineuse question des dividendes refait surface. Il ne faudrait pas que l’argent public largement dépensé pour soutenir l’économie ne vienne simplement rémunérer les actionnaires. Mais il ne faudrait pas non plus que des coupes pures et simples ne chassent les investisseurs. Aussi, les entreprises avancent sur le sujet en ordre dispersé.

À l’instar de nombreux gouvernements dans le monde, le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, a demandé à "toutes les entreprises, notamment les plus grandes, de faire preuve de la plus grande modération" sur les dividendes. Il ajoute : "C'est un moment où tout l'argent doit être employé pour faire tourner les entreprises". Interrogé sur BFMTV, il précise : "Les entreprises qui demandent l'aide de l'État avec le report de leurs charges fiscales et sociales et qui verseront des dividendes devront rembourser ces aides et elles auront des pénalités".

Il explique aussi que les entreprises qui veulent bénéficier de la garantie de l'Etat pour obtenir un prêt se verront refuser toute aide en cas de versement de dividendes. "C'est une question de responsabilité et de justice", précise-t-il. En revanche, le recours au chômage partiel n'est pas concerné par cette restriction. L’État a provisionné 45 milliards d’euros d’aides pour les entreprises que ce soit sous la forme de report de taxes ou d’aides directes. Cette position de l’État l’engage puisque lui-même est actionnaire de nombreux grands groupes (EDF, Engie, ADP…) dont les dividendes en 2019 lui ont rapporté 2,4 milliards d’euros.

"Il faut conditionner les aides de l'État pour qu’elles aillent en priorité aux plus vulnérables, qu’elles assurent le paiement des salariés et des fournisseurs et qu’elles maintiennent les activités économiques essentielles. Il serait incompréhensible et inacceptable qu'un seul euro d'aide publique aille dans le versement de dividendes ou de rachats d'actions aux actionnaires ou dans des bonus aux PDG", appuie l’ONG Oxfam France, par la voix de son responsable de plaidoyer Justice fiscale et Inégalités Quentin Parrinello.

Une suspension pure et simple

La CFDT, première organisation syndicale en France, va plus loin. Elle demande purement et simplement la suspension totale des versements de dividendes aux actionnaires pour l'année 2020.  "De nombreux salariés, pour assurer une continuité de service, doivent s’adapter dans des conditions parfois difficiles, il serait incompréhensible que les actionnaires ne fassent pas eux aussi un effort", explique Philippe Portier, secrétaire national de la CFDT.

Au final, la décision va revenir aux entreprises. Airbus a déjà annoncé qu’elle ne verserait pas de dividendes en 2020, soit 1,4 milliard d’euros selon ce qui avait été annoncé aux résultats. "Nous sécurisons (…) nos activités afin de préserver l'avenir d'Airbus et de reprendre efficacement nos opérations après la crise", justifie Guillaume Faury, président exécutif d'Airbus.

Dans la foulée, d’autres entreprises de l’aéronautique ont embrayé, comme Boeing et Lufhtansa. Une position qui fait tache d’huile dans de nombreux autres secteurs : Ford, H&M, Inditex (mode), Electrolux, les hôtels Intercontinental… Des annonces lourdes de conséquences pour les investisseurs qui s’attendaient à de belles sommes. 2019 avait affiché un montant record avec 1 430 milliards de dollars de dividendes dans le monde, dont 49,2 milliards pour le CAC40, et l’année 2020 s’annonçait encore meilleure.

Encore des hésitations

Le secteur pétrolier ne sait pas encore sur quel pied danser. Surexposé à la crise, il est pris en étau entre la paralysie de l’économie et la chute vertigineuse des cours du baril à moins de 30 dollars. Tous les groupes ont annoncé des plans d’économies et des baisses d’investissement. En revanche, les majors comme Total ou Shell assurent que les dividendes seront maintenus. Il faut dire que les généreux dividendes sont désormais le principal facteur d’attractivité des pétroliers, alors que le secteur est de plus en plus ciblé par des réglementations sur le risque climat.

Les banques elles-aussi semblent hésitantes. C’est pourquoi la Banque centrale européenne (BCE) qui a lancé un plan d’urgence de 750 milliards de dollars, gronde : "les banques européennes ont besoin de mobiliser leurs fonds propres. Le répit obtenu par les banques grâce aux mesures adoptées doit être utilisé pour financer l’économie, pas pour augmenter les rémunérations ou la distribution de dividendes".

L’espagnole Santander a entendu le message et a d’ores et déjà annoncé que les versements de dividendes prévus pour 2020 seraient reportés à 2021. En France, on semble moins allant. Chez BNP Paribas, le versement de 3,87 milliards d’euros est toujours à l’ordre du jour. Tout comme les 1,88 milliard d’euros de la Société générale. Toutefois, la Fédération des Banques européennes (FBF) est en train d’interroger ses membres sur ce sujet et pourrait prochainement recommander de suspendre le versement des dividendes pour 2020.

Arnaud Dumas, @ADumas5 et Ludovic Dupin @LudovicDupin


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