Publié le 12 février 2020

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Le Crédit Suisse perd son dirigeant emblématique sur fond d’espionnage et de crise climatique

Tidjane Thiam, directeur général de Crédit Suisse, vient d'annoncer sa démission. Malgré des résultats historiques, les affaires d'espionnage auprès d'anciens membres de la banque et de l'ONG Greenpeace, ont poussé le polytechnicien franco-sénégalais vers la sortie. Les ONG environnementales comptent maintenir la pression sur son successeur, Thomas Gottstein. 

Tidjane Thiam Credit Suisse Michael Buholzer AFP
Tidjane Thiam quittera la banque le 14 février.
Michael Buholzer / AFP

Tidjane Thiam est l’autre patron emblématique débarqué la semaine dernière mais pour des raisons différentes d’Isabelle Kocher, la directrice générale d’Engie. Le polytechnicien franco-ivoirien recruté par le conseil d’administration du Crédit Suisse pour redresser la situation financière de la Banque il y a cinq ans, a été contraint à la démission, le 7 février, à cause de la multiplication de scandales d’espionnage, le dernier en date concernant Greenpeace Suisse.

"Espionner des organisations et des personnes qui émettent des critiques est particulièrement condamnable. Nous appelons Crédit Suisse à assumer ses responsabilités en matière de climat au lieu de s'opposer au mouvement climatique. Pour cela, la banque doit établir des stratégies contraignantes afin de rendre ses flux financiers climatiquement neutres d'ici 2030 au plus tard". Le communiqué, publié le 6 février par Greenpeace Suisse, est laconique mais ferme. Iris Menn, sa Directrice générale, profitait de l’émoi causé par les nouvelles révélations sur le scandale d’espionnage au Crédit Suisse pour rappeler la Banque à ses devoirs climatiques en lui demandant de "mettre un terme immédiat à ses liens d'affaires avec des entreprises dont l'activité est liée au charbon, aux sables bitumineux et aux autres formes d'hydrocarbures non-conventionnels".

Affaires d'espionnage

Le lendemain 7 février, c’est en fait le Directeur Général Tidjane Thiam qui a dû mettre un terme à son mandat, le conseil d’administration estimant qu’il fallait ainsi répondre aux scandales d’espionnage qui défraient la chronique helvète. Il va quitter officiellement ses fonctions lors de la présentation des résultats le 14 février alors que ce seront les meilleurs affichés par la banque depuis 2015. Pour l’éditorialiste du journal Le Temps : "Le Franco-Ivoirien, époustouflant dans ses capacités d'analyse, quitte pourtant Crédit Suisse, viré par le clan suisse alors qu'il avait le soutien des financiers anglo-saxons". 

La démission de Tidjane Thiam est l’épilogue d’une affaire qui a démarré en septembre 2019 quand sa garde rapprochée a été mise en cause pour avoir espionné Iqbal Kahn, ancien responsable de la gestion de fortune parti dans la Banque rivale UBS. L’affaire relancée en décembre, s’est accélérée avec les révélations, le 2 février, du journal du Dimanche suisse Sonntagszeitung qui affirmait que le Crédit Suisse avait aussi espionné Greenpeace pour découvrir quelles actions fomentait l’organisation environnementale contre la banque après avoir envahi son Assemblée Générale en 2017. Sans que des preuves du rôle actif joué par Tidjane Thiam dans la mise en place de cet espionnage aient été rendues publiques, ce contexte a permis au président de la banque Urs Rohner avec qui les tensions étaient très fortes, d’obtenir son départ. 

La banque mise sous pression par les ONG environnementales

Le Crédit Suisse a donc défrayé la chronique et lavé son linge sale sur la place publique dans un contexte où la banque est effectivement la cible d’attaques d’ONG environnementales qui voudraient qu’elle adopte une stratégie climat ambitieuse. En janvier, des activistes sont ainsi venus mimer une partie de tennis au siège de la banque pour interpeller le champion de tennis Roger Federer sur son partenariat avec Crédit Suisse. Poursuivie en justice, les activistes ont été acquittés, le juge estimant que leur action de désobéissance civile n’était pas condamnable compte tenu de l’urgence climatique.

Un nouvel épisode se dessine avec le procès, le 18 février, d’un autre militant qui a posé une main rouge sur les vitres de la banque pour les mêmes raisons. Les soutiens de la campagne Discredit Suisse ont d’ores et déjà prévu de manifester et de transmettre le rapport du GIEC pour sensibiliser, le successeur de Tidjane Thiam, le banquier suisse Thomas Gottstein, à la crise climatique. Le bras de fer continue !

Anne-Catherine Husson-Traore, @AC_HT, Directrice générale de Novethic


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