Publié le 18 janvier 2022

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Larry Fink, PDG de Blackrock, défend un nouveau capitalisme "des parties prenantes"

Dans sa traditionnelle lettre annuelle aux dirigeants d'entreprises, le patron du premier gestionnaire d'actifs au monde les incite à "s'engager auprès de leurs principales parties prenantes pour répondre à leurs attentes". Pour le "roi de Wall Street", seules les entreprises qui sauront s'adapter à ces nouveaux enjeux pourront continuer d'attirer les talents et les investisseurs, et générer de la valeur à long terme. Sa position n'a rien de politiquement correcte, affirme Larry Fink qui se veut pragmatique sur l'état de l'économie.

Larry Fink PDG BlackRock oBlackRock

@BlackRock

Des vœux très attendus par le monde de la finance. Comme chaque début année, l’influent dirigeant de BlackRock, Larry Fink, a publié sa lettre annuelle aux dirigeants d'entreprises. Si depuis deux ans, le puissant patron a engagé un virage plus vert et responsable, cette année, il expose le bréviaire d’un nouveau capitalisme "reposant sur des relations mutuellement bénéfiques entre vous et vos salariés, clients, fournisseurs et les communautés dont dépendent votre entreprise pour prospérer".

Concrètement, "une entreprise se doit de prendre en compte l'ensemble de ses parties prenantes - et d’être appréciée par ces dernières - afin de générer de la valeur à long terme pour ses actionnaires", plaide le pilote du monstre financier. Il estime en outre que "les marchés restent animés par la recherche de profit équitable, et la rentabilité à long terme". Il se défend toutefois de faire du "wokisme" ! Le capitalisme des parties prenantes qu’il défend "ne relève pas de la politique. Il ne s'agit pas d'un programme social ou idéologique". Ce n'est pas un capitalisme "politiquement correct", martèle-t-il.

La pandémie rebat les cartes

Cette nouvelle organisation est en mesure de répondre aux nouveaux enjeux nés de la pandémie où les entreprises innovantes soucieuses de s'adapter à cet environnement peuvent "accéder plus facilement que jamais aux capitaux. Jamais auparavant autant d'argent n'a été disponible pour que des idées nouvelles deviennent réalité", avance-t-il.

Dans ce contexte mouvementé, il recommande de "placer la raison d’être de votre entreprise au cœur de vos relations avec vos parties prenantes". Elle doit guider les décisions des entreprises et définir leurs relations avec les parties prenantes. Un moyen, aux yeux de Larry Fink, de fédérer aussi les collaborateurs. "Les salariés du monde entier attendent davantage de leur employeur, notamment une plus grande flexibilité et un métier qui a du sens". Les entreprises font face à des changements inédits, il cite le mouvement de la grande démission aux États-Unis qui force le capitalisme à évoluer. Selon lui, "les entreprises qui ne s'adaptent pas à cette nouvelle réalité et ne répondent pas aux demandes de leurs employés prennent des risques considérables". Le géant de la gestion d’actifs constate d'ailleurs que les entreprises innovantes en termes de condition de travail affichent des productivités plus élevées.

"Une position opportuniste", critiquée par les ONG

Critiqué les années précédentes sur le décalage entre ses déclarations et la réalité des investissements de BlackRock, le patron se dit réaliste. Ainsi, alors que le groupe plaide pour une transition vers un monde à zéro émission nette, il affirme que cette évolution prendra du temps. Il défend ainsi les investissements de BlackRock dans les énergies fossiles pour "passer des nuances de brun aux nuances de vert" et justifie ainsi que "BlackRock n’applique pas une politique systématique de désinvestissement des sociétés pétrolières et gazières". Mais ces déclarations suscitent la colère des ONG. "Sa position opportuniste de soutien au gaz fossile dans le cadre de la transition verte est contredite par la science climatique et par l’AIE qui défend la fin des nouveaux projets de production d’énergies fossiles", rétorque Lara Cuvelier, chargée de campagne à Reclaim Finance. "Fink fournit ainsi une couverture pour la construction de dizaines de nouvelles centrales à gaz, qui nous enfermeraient dans les énergies fossiles pour les années à venir", craint-elle.

Il faut dire qu’avec plus de 10.000 milliards de dollars d'actifs sous gestion à fin décembre 2021, les déclarations du dirigeant de la puissante société de gestion sont scrupuleusement étudiées. "Il y a deux ans, j'ai écrit que le risque climatique constituait un risque d'investissement. Et durant cette courte période, nous avons assisté à un mouvement tectonique", fanfaronne-t-il. Reste à savoir comment ces déclarations seront accueillies par les entreprises et les investisseurs.

Mathilde Golla @Mathgolla


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