Publié le 03 avril 2020

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Coronavirus : ces grands dirigeants qui réduisent leur salaire "par solidarité" avec leurs salariés

La crise du Coronavirus ne ressemble pas aux autres. Pour la première fois, nous assistons à un mouvement massif de baisse volontaire des salaires des grands dirigeants d’entreprises par solidarité avec leurs salariés, que leur société ait bénéficié ou non des aides d’État. Même au pire de la crise financière de 2008, de telles mesures n’avaient pas eu cours. Parmi les grands noms à faire ces annonces, on trouve Sodexo, Fiat, Disney ou encore Boeing.

Sophie Bellon Presidente de Sodexo Sodexo
La Présidente de Sodexo, Sophie Bellon, a annoncé une baisse de son salaire et la création d'un fonds de solidarité avec les salariés.
@Sodexo

L’arrêt brutal de l’économie mondiale met à mal les entreprises qui voient leur chiffre d’affaires chuter. Elles sont obligées de prendre des mesures drastiques en fermant leur usine et demandent à leurs salariés de rester chez eux. En France, il ne reste que 25 % d’activité industrielle et plus de 300 000 entreprises ont recours au chômage partiel, ce qui concerne 4 millions d’actifs. Du côté des investisseurs, des efforts sont aussi demandés puisque de plus en plus d’entreprises renoncent à leur verser des dividendes en 2020.

Ainsi l’Association française des entreprises privées (AFEP) recommande à ses membres que le salaire des dirigeants soit réduit de 25 % durant le temps où l’entreprise aurait recours au chômage partiel. Pour le regroupement des grandes entreprises françaises, il s’agit de faire preuve de solidarité avec les salariés qui ne toucheront que 84 % de leur revenu. L’incitation a été reprise en l’état par le gouvernement.

Lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, la secrétaire d'État française auprès du ministre de l'Économie, Agnès Pannier-Runacher a explique : "Il y a un engagement de ne pas verser de dividendes pour les entreprises qui auraient recours aux dispositifs d'État, de ne pas procéder à des rachats d'actions et de diminuer de 25% la rémunération globale des dirigeants". Si aucune sanction n’est prévue sur la partie salariale, l’incitation de l’exécutif est très forte.

Fonds de solidarité chez Sodexo

Parmi les premiers à réagir, les dirigeants de l'équipementier automobile français Plastic Omnium ont décidé d'abaisser leurs rémunérations pour "contribuer à l'effort du groupe (...) pendant le temps d'arrêt de l'activité". Elles seront diminuées dans la même ampleur que les pertes de revenus subies par les salariés touchés par les mesures de chômage partiel dans les usines européennes et américaines, a expliqué un porte-parole à l'AFP.

Même initiative du côté du géant français de la restauration collective Sodexo. Ses dirigeants ont renoncé à une part de leur rémunération pour financer un fonds d'aide de 30 millions d'euros destiné aux employés ayant perdu leur emploi. Ce fonds sera "financé par les contributions des principaux dirigeants du groupe et par l'entreprise", précise la société dans un communiqué. La présidente du Conseil d'administration, Sophie Bellon, et le directeur général, Denis Machuel, renoncent à la moitié de leur rémunération dans les six prochains mois. Les 200 principaux dirigeants de l'entreprise renoncent de leur côté à leur rémunération variable annuelle.

Michelin s 'est joué au mouvement. "En manifestation de solidarité avec toute la communauté des salariés, les gérants, le comité exécutif et le conseil de surveillance du groupe Michelin revoient à la baisse leur rémunération", a annoncé le groupe dans un communiqué. Florent Menegaux et Yves Chapot, gérants du groupe Michelin, "ont choisi de diminuer d'environ 25% leur rémunération pour les mois d'avril et de mai", a détaillé Michelin.

 

Salaire supprimé pour l’aéronautique

Cet engagement se retrouve aussi hors de France. Les patrons de Disney, souvent pointé du doigt pour leur rémunération "insensée", ont décidé de montrer l’exemple. Le PDG, Bob Chapek, a annoncé qu’il renonçait à 50 % de son salaire jusqu’à ce que l’industrie soit remise des conséquences de la pandémie. "Alors que nous naviguons dans ces eaux troublées, nous vous demandons beaucoup et comme toujours, vous êtes à la hauteur des défis (…) À partir du 5 avril, les Vice-Présidents verront une réduction de salaire de 20 %, les Vice-Présidents Seniors et Vice-Présidents Exécutifs verront respectivement une réduction de salaire de 25 et 30 %", écrit-il dans un courrier adressé aux salariés.

Mike Manley, patron du géant de l’automobile Fiat Chrysler, l’un des secteurs les plus touchés par la crise, divise aussi sa rémunération par deux. Les membres du conseil exécutif du groupe réduiront leurs salaires de 30 % pendant la même période. "Protéger la santé financière de l'entreprise est la responsabilité de tous, à commencer naturellement par moi et l'équipe dirigeante", écrit Mike Manley, en précisant que l'objectif est notamment d'"éviter une réduction du personnel au deuxième trimestre". La rémunération totale de ce dernier s'est élevée l'an passé à 13,28 millions de dollars, dont un salaire de base de 1,43 million de dollars, selon le rapport annuel du groupe.

Dans l’aéronautique, autre secteur mis à genoux par le Coronavirus, on va même plus loin. Chez Boeing, qui a déjà engagé un massif plan de départs volontaires auprès de ses 150 000 salariés, le directeur général David Calhoun et le président du conseil d'administration Larry Kellner renoncent à l’intégralité de leur rémunération pour toute l’année 2020. Même initiative chez Air Canada, dont le Président et le directeur financier à la totalité de leurs revenus.

Ludovic Dupin @LudovicDupin


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