Publié le 20 mars 2018

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Quel prix paiera Facebook pour le piratage des esprits ?

Une faille de sécurité dans le premier réseau social de la planète, Facebook, a permis à une entreprise d’influencer le vote de 50 millions d’utilisateurs. Dès cette révélation faite, le cours de bourse de l’entreprise de Mark Zuckerberg a chuté. Preuve que la protection des données devient un risque financier, juridique et réputationnel bien réel.

Mark zuckerberg Facebook
Mark Zuckerberg, fondateur et PDG de Facebook.
@Facebook

Facebook, accusé d’avoir joué un rôle clef dans la diffusion de fake news ayant facilité l’élection de l’actuel président américain, est cette fois déstabilisé par un scandale factuel. Le lanceur d’alerte Christopher Wylie a révélé le 18 mars que Cambridge Analytica, entreprise ayant collaboré à la stratégie numérique du candidat Trump en 2016, a utilisé les données personnelles de 50 millions d'utilisateurs du réseau social pour élaborer un logiciel permettant de prédire et d'influencer le vote des électeurs.

Cette manipulation de données personnelles à des fins électorales a d’ores et déjà fait perdre à la compagnie Facebook 5 % de sa valeur boursière soit 37 milliards de dollars. Depuis cette crise, la protection des données personnelles n’est donc plus seulement un risque ESG (critères environnementaux, Sociaux et de Gouvernance) émergent pour les géants du numérique. C’est devenu un risque financier et juridique bien réel dont il est un peu tôt pour évaluer le coût global sur un plan matériel et immatériel pour ce qui est de la réputation.

Des actionnaires sans pouvoir

Déjà dans le viseur de nombreux investisseurs responsables pour leurs pratiques fiscales, les géants du net le sont aussi pour leurs pratiques de gouvernance qui laissent peu de place aux contre-pouvoirs de leurs actionnaires. Facebook, encore lui, a par exemple été attaqué en justice par le fonds de pension suédois AP 7 pour sa politique d’émissions massives d’actions sans droit de vote. Cela aurait permis à Marck Zuckerberg de garder un contrôle personnel très important sur sa compagnie, tout en vendant la quasi-totalité de ses parts.

Lors du procès qui s’est déroulé en 2017 devant un tribunal du Delaware, l’audition du fondateur de Facebook et des membres du comité chargé de contrôler la gouvernance de l’entreprise, montrait des failles béantes. Selon les témoignages sous serment, Facebook semblait être une entreprise dans les mains d’un seul homme soucieux de jouer sur deux tableaux. D’une part, diriger son entreprise et, d’autre part, vaquer à des missions d’intérêt général ou caritatives. Et ce, sans renoncer à l’un ou à l’autre comme l’a fait Bill Gates, le fondateur de Microsoft.

Sous la pression, Mark Zuckerberg a renoncé à son opération boursière. Cependant, Facebook demeure l’un de ces grands dominants planétaires dont personne ne sait vraiment quel intérêt principal est le moteur de son développement. Depuis la crise "Cambridge Analytica", on sait au moins qui peut utiliser les failles de ces entreprises pour des fins électorales. Failles dont le prix sera payé par toute la planète.

Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic


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