Publié le 13 juin 2019

FINANCE DURABLE

Sortie des fossiles : Le fonds norvégien obtient le feu vert du parlement pour verdir ses investissements

Le fonds souverain norvégien va pouvoir renforcer sa stratégie d’exclusion des énergies fossiles. Le parlement a voté les propositions faites par le ministère des Finances d’exclure les entreprises productrices de pétrole et gaz et de durcir les seuils d’exclusion du charbon. Annoncées au début de l’année, ces mesures vont donc commencer à prendre effet et modifier le profil de l’un des plus grands fonds souverains mondiaux.

Norvege petrole 2
Le fonds souverain de Norvège, qui tire sa richesse de l'exploitation pétrolière en mer du Nord, va réduire son exposition aux énergies fossiles.
@Pixabay

Le parlement norvégien a donné le feu vert au fonds souverain de la Norvège pour continuer à se désengager des énergies fossiles. Le vote des députés, intervenu le 12 juin, entérine deux propositions faites en mars et avril par le ministère des Finances, la tutelle du Government Pension Fund Global.

La première consistait à sortir progressivement du capital des entreprises exportatrices et productrices de pétrole et gaz. Cette mesure concerne 134 entreprises de la liste du secteur énergie établie par le fournisseur d’indices boursiers FTSE Russel. Le fonds norvégien ne pourra plus investir dans des groupes comme l'américain Chesapeake, le chinois CNOOC ou le français Maurel et Prom, mais épargner les majors parce que celles-ci ont généralement d'autres activités, notamment dans les énergies renouvelables.

Limiter son exposition au secteur du pétrole

Cette mesure répond à des considérations strictement financières : plus gros producteur d'hydrocarbures d'Europe de l'ouest, la Norvège cherche à limiter l'exposition de ses finances publiques à un secteur de plus en plus remis en cause, y compris chez les investisseurs, par la lutte contre le changement climatique. Elle devrait cependant avoir un fort retentissement dans la communauté financière, les avis du fonds norvégien, l’un des plus gros au monde avec près de 1000 milliards de dollars d’actifs sous gestion, étant très suivis.

La seconde proposition du gouvernement visait à renforcer les critères d’exclusion du charbon. Le fonds était jusqu'alors censé se tenir à l'écart des compagnies minières ou producteurs d'énergie dont plus de 30% de l'activité est liée au charbon, mais de gros acteurs du secteur passaient à travers les mailles du filet parce qu'ils disposent d'autres activités importantes. Désormais, le fonds devra cesser d'investir dans les entreprises produisant plus de 20 millions de tonnes de charbon par an ou plus de 10 000 MW d'électricité à partir de cette énergie fossile.

Le fonds va probablement devoir se désinvestir de géants miniers fortement présents dans le charbon comme le suisse Glencore, l'australien BHP Billiton et l'américain Anglo American. Mais aussi d'énergéticiens ayant largement recours à cette énergie fossile comme l'allemand RWE et l'italien Enel. Selon plusieurs groupes de défense de l'environnement, cette décision devrait l'obliger à vendre ses parts, d'une valeur de près de 5,2 milliards d'euros fin 2018, dans huit entreprises.

Investir dans les énergies renouvelables

"C'est bien de voir que la Norvège se désinvestit de certains des plus gros ennemis de l'Accord de Paris sur le climat", a commenté la cheffe de l'ONG Urgewald, Heffa Schuecking. Elle regrette toutefois que cette mesure ne s'applique pas aux entreprises projetant la construction de nouvelles centrales à charbon.

Le texte adopté par le Storting, le parlement norvégien, donne aussi plus de latitude au fonds pour investir dans des projets d'énergies renouvelables, tels que des parcs éoliens ou des fermes solaires, avant même que ceux-ci ne soient cotés en Bourse. "La grande question économique liée à l'énergie dans la décennie à venir sera la prise d'assaut des bastions de combustibles fossiles par des sources d'énergie renouvelable moins chères à construire et à exploiter, nettement plus propres et aussi beaucoup plus faciles et rapides à déployer", a noté Mark Lewis, responsable de la recherche sur le changement climatique chez BNP Paribas.

Arnaud Dumas avec AFP


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