Publié le 06 février 2019

FINANCE DURABLE

Green Bonds, la croissance ralentit mais le marché reste solide

Les green bonds n’ont crû que de de 3 % en 2018 après 84 % en 2017, selon les chiffres du Climate bonds initiative. Ces outils de crédit dédié à des projets verts continuent néanmoins d’attirer émetteurs et investisseurs qui doivent financer la transition vers une économie plus verte. L’année 2019 devrait confirmer la solidité de ce marché.


Le marché mondial des green bonds devrait croître de 9 % en 2019.

Le marché des green bonds a continué à progresser en 2018. Mais à un rythme bien moins élevé que les années précédentes. Ces obligations d'un type un peu particulier, obligent l'émetteur à utiliser l'argent levé auprès des investisseurs uniquement vers des projets verts, la plupart tournés vers la lutte contre le changement climatique. Près de 167 milliards de dollars d’obligations vertes ont été émises l’année dernière, selon les chiffres de Climate bond initiative repris par une note de Standard & Poor’s, soit une petite progression de 3 % par rapport à 2017 (163 milliards de dollars).

Une performance relativement faible, quand en 2017 le marché avait progressé de 84 %. L’agence de notation avait même anticipé, au début de l’année 2018, que le marché atteindrait le seuil des 200 milliards de dollars. Ces chiffres a priori décevants ne sont pourtant pas si dramatiques. Les green bonds réussissent à progresser là où le reste du marché décline.

Les green bonds résistent

"Faisant partie du marché global des titres à revenu fixe, les green bonds ne sont pas immunisés contre les changements dans les conditions de crédit", expliquent les auteurs de la note de Standard & Poor’s. Des événements macro-économiques comme le début du resserrement des politiques monétaires aux Etats-Unis et en Europe, mais aussi le Brexit et les tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis se sont traduits par un déclin de 3 à 4 % du marché global des titres à revenu fixe. Le seul marché des émissions obligataires a, quant à lui, chuté de plus de 7 % en 2018 selon Standard & Poor’s et devrait encore baisser de 0,6 % cette année.

Dans ce contexte de crédit morose, les obligations vertes devraient continuer à remporter les suffrages en 2019. Standard & Poor’s prévoit une nouvelle accélération de la croissance du marché, qui devrait atteindre les 180 milliards de dollars (+9 %) cette année. Moody’s parie de son côté pour un marché à 200 milliards de dollars, tandis que, plus prudentes, les équipes de recherche de la banque HSBC tablent sur un montant global d’émissions d’obligations vertes compris entre 140 et 180 milliards de dollars.

Les États, moteurs du marché

Les institutions publiques devraient encore constituer un puissant moteur des financements verts selon Standard & Poor’s. Les émissions d’obligations vertes par les États ont progressé de 60 % sur les deux dernières années, la France demeurant le plus gros émetteur avec presque 15 milliards d’euros d’obligations vertes.

Les politiques publiques auront surtout pour effet de rendre le marché plus fluide. En Europe, le plan d’action pour une économie plus verte prévoit d’orienter le secteur financier vers une finance durable. Dans le courant de l’année, la Commission devrait proposer des labels communs sur les produits financiers et avancer sur le projet de classification commune des investissements durables.

Cette initiative reçoit un écho dans la sphère privée. Les principales entreprises européennes émettrices de green bonds se sont réunies au sein du "Corporate forum on sustainable finance" pour développer le marché de la finance verte. Parmi les 16 membres de ce forum, Engie vient justement d’émettre un nouveau green bond d’1 milliard d’euros au mois de janvier.

Des entreprises se mobilisent

Si les entreprises se saisissent de cet outil récent de financement, c’est parce qu’elles doivent de plus en plus s’adapter à une économie bas carbone. "La réglementation et la politique ne sont plus les seuls moteurs du financement vert, estime Standard & Poor’s. La prise de conscience grandissante du risque de changement climatique, de tension sur l’eau et de perte de biodiversité pousse les entités à considérer ces nouvelles menaces dans leurs décisions stratégiques."

Le marché demeure toutefois encore jeune. La banque HSBC alerte sur le fait que sa croissance n’est pas totalement garantie. L’avènement des "social bonds", qui financent des actions sociales, et des "sustainable bonds", qui mêlent les critères environnementaux et sociaux, pourraient prendre une part du marché des obligations vertes, axées uniquement sur la transition climatique.

La réglementation excessive pourrait également détourner des acteurs du marché. Enfin, le risque de "green washing" demeure présent, un scandale sur un "faux" green bond pourrait décrédibiliser le marché. D’où l’importance de développer des critères communs sur ce que les Green bonds peuvent financer et améliorer la transparence sur les projets verts financés.

Arnaud Dumas @ADumas5


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