Publié le 09 avril 2019

FINANCE DURABLE

Après l’exclusion du pétrole, le fonds norvégien veut maintenant investir dans les énergies renouvelables non cotées

Le gouvernement norvégien autorise son fonds souverain à investir dans des infrastructures d’énergies renouvelables non cotées. Une stratégie d’investissement nouvelle pour ce fonds aux 1 000 milliards de dollars d’actifs, plus habitué à l’univers coté. Cette décision démontre une fois de plus l’intérêt croissant du fonds, qui tire ses ressources de l’industrie pétrolière nationale, pour des énergies plus vertes.

Eoliennes pixabay
Dans le cadre de sa gestion active, le fonds souverain norvégien va désormais pouvoir investir dans des infrastructures d'énergies renouvelables non cotées.
@Pixabay

Le fonds souverain norvégien continue de repositionner son portefeuille vers des investissements plus durables. Le ministère des Finances a annoncé, vendredi 5 avril, qu’il donnait l’autorisation au gestionnaire du Government Pension Fund Global (GPFG) d’investir dans des infrastructures d’énergies renouvelables non cotées. Une typologie d’investissement peu habituelle pour ce géant financier aux 1 000 milliards de dollars d’actifs sous gestion, placés à près de 70 % dans des actions d’entreprises cotées, près de 30 % en obligations et un peu moins de 3 % en immobilier.

Pour mettre en place cette nouvelle stratégie, la banque centrale norvégienne (Norges Bank), gestionnaire du fonds, devra utiliser une enveloppe spéciale, dédiée à l’investissement dans l’environnement. Son montant va doubler pour l’occasion, et passer de 60 à 120 milliards de couronnes norvégiennes (12,4 milliards d’euros). Le gouvernement norvégien fixe toutefois une limite, le total des placements en infrastructures non cotées ne devra pas dépasser 2 % de la taille du fonds.

Une pure stratégie d’investissement

Cette nouvelle stratégie du GPFG doit lui permettre d’investir, dans le cadre de sa gestion active, dans des projets d’énergies renouvelables, comme des parcs éoliens ou solaires, à des stades plus précoces qu’il ne le fait normalement. Et de bénéficier d’un meilleur rendement, le ministère insistant sur le fait que sa décision ne repose pas sur une "politique liée au climat", mais sur une pure stratégie d’investissement.

Ces investissements non cotés devront donc respecter les mêmes prérequis de rentabilité et de transparence que pour le reste de la gestion du GPFG. Le fonds norvégien veut se positionner dans un secteur en pleine croissance, où une grande partie des opportunités se trouvent dans le non coté. "Cette proposition de réglementation permettra à Norges Bank d’adopter une approche graduelle dans un marché relativement petit et d’investir de manière rentable", déclare Siv Jensen, la ministre des Finances.

Exclusion du pétrole

Cette annonce suit de seulement quelques semaines une autre ayant eu un effet retentissant. Début mars, la ministre de Finances norvégienne avait décidé d’exclure du portefeuille du fonds les entreprises d’exploration et de production de pétrole, soit 134 entreprises représentant 7 milliards d’euros d’actifs. Là encore, l’objectif du gouvernement consistait à réduire son exposition à la baisse du prix du baril, non à adopter une stratégie en faveur du climat.

Mais la taille colossale du fonds souverain, et son influence sur la communauté financière, donne un poids tout particulier à sa stratégie. Après avoir été l’un des premiers à sortir partiellement du charbon, puis à exclure certaines entreprises du secteur pétrolier (alors qu’il tire lui-même ses ressources de ce secteur), et en investissant désormais dans les énergies renouvelables non cotées, le fonds norvégien émet encore une fois un signal fort en direction d’une énergie décarbonée.

Arnaud Dumas @ADumas5


© 2019 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

Pour aller plus loin

Le jour où le fonds norvégien ébranla la forteresse financière qu’est encore le pétrole

L’histoire se souviendra peut-être du 8 mars 2019 comme celui où l’un des plus gros actionnaires du monde, le fonds norvégien, a annoncé qu’il cessait d’investir dans les "compagnies d'exploration et de production" pétrolières pour des raisons financières !

En excluant le pétrole, le fonds norvégien entérine le principe du risque climatique pesant sur les marchés financiers

Quelque 134 entreprises du secteur de l’exploration et de la production de pétrole et gaz seront persona non grata dans le fonds souverain norvégien. Le ministère des Finances, sa tutelle, vient de prendre la décision d’une exclusion progressive de ce secteur du portefeuille du fonds. Et...

Le fonds souverain norvégien attaqué sur sa stratégie d’investissement éthique

Le fonds souverain aux 1000 milliards de dollars d’actifs sous gestion se retrouve sous le feu des critiques des conservateurs norvégiens. La nouvelle coalition conservatrice au pouvoir s’alarme notamment du nombre de secteurs exclus du champ d’intervention du fonds, trop nombreux à son...

Le fonds souverain d’Irlande désinvestit des énergies fossiles… un symbole avant que la Norvège ne suive cet exemple

Une première mondiale, le fonds souverain irlandais va désinvestir entièrement des énergies fossiles. Pour le pays, il s’agit de participer à "éviter un changement climatique catastrophique". Toutefois, à lui seul ce pays non pétrolier ne changera pas la donne mondiale. En revanche, il...

FINANCE DURABLE

Finance durable

La finance durable est un pan de la finance qui s’attache à prendre en compte des critères ESG, c’est-à-dire liés à l’environnement, au social et à la gouvernance. La finance durable regroupe l’ISR (investissement socialement responsable), la finance solidaire, la finance verte et plus généralement de l’investissement responsable.

Bernard Arnault WikimediaCommons taillee

Club des 100 milliards de dollars : Bernard Arnault, Bill Gates et Jeff Bezos sont-ils des investisseurs responsables ?

Ils ne sont que trois dans le monde dont le patrimoine a dépassé la barre des 100 milliards de dollars. Le Français Bernard Arnault, président de LVMH, vient juste de rejoindre les Américains Bill Gates, fondateur de Microsoft, et Jeff Bezos, PDG d’Amazon. Ces multimilliardaires, à la fortune...

Phenix aeroville gaspillage alimentaire

Baromètre de la finance solidaire : les participations directes dans les entreprises en forte hausse

Après une croissance record en 2017, la finance solidaire continue de séduire en 2018, avec une progression de 8,7 % du volume des encours de l’épargne. Si le gros de la collecte reste tiré par l’épargne salariale, la surprise vient du bond des investissements directs dans les entreprises de...

Taxonomy technocal report union europeenne UE

La grande bataille de la taxonomie européenne des activités durables commence

Les membres du groupe d’experts techniques créé par la Commission Européenne, dévoilent le fruit d’un an de travail intense : une proposition de référentiel d’activités durables pour l’Europe. Colonne vertébrale du plan d’action pour la finance durable, elle doit permettre de créer un langage commun...

Construction d un oleoduc deforestation Ricpe

700 grandes entreprises mises en demeure par les investisseurs d’être plus transparentes sur leur rôle environnemental

Ce n’est pas du Name and Shame (nommer et dénoncer), mais cela y ressemble. 88 grands investisseurs mondiaux publient une liste de 707 entreprises accusées de ne pas donner assez d’informations sur leurs rôles en matière de climat, de préservation de l’eau et de déforestation. Si la majorité des...